#18 RENCONTRES DU TROISIEME GENRE

Wesh mes petites Fridas Kahlo,

Je me suis encore perdu sur internet et voilà que j’ai encore appris l’existence d’un truc trop beau que je veux partager avec vous.

Je reviens un peu aux fondements de ce blog qui étaient, non pas de râler sur des sujets qui me donnent de l’urticaire, mais de partager un peu de culture queer LGBT+ auprès de mes proches, surtout hétéro car je sais qu’ils adorent ça :).

Aujourd’hui on va parler du genre, le RE-définir, et voir qu’il existe tout un prisme d’identités possibles et valides entre l’éternel fille vs garçon. On va faire un tour en Amérique du nord chez nos amis les Muxes et, si on a le temps, on fera un petit tour du monde express d’autres communautés, où la notion de genre est beaucoup plus comprise qu’ici en France, et où un troisième genre est accepté socialement, voire légalement.

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I. Mais genre c’est quoi le genre?

J’avais déjà fait un post fut un temps où je voulais expliquer aux copains la notion de genre, de transgendérisme, transexualité, etc. Je vous remets le lien ici. Ca vaut ce que ça vaut, et ça mérite certainement des précisions.

Pour ceux qui ont la flemme de lire, on va se contenter de rappeler que si « Le sexe est biologique, le genre est social. »

Ce qu’il faut entendre par là, c’est que tous les stéréotypes qu’on assigne aux sexes biologiques (assignés à la naissance selon l’expression de vos attributs sexuels), relèvent d’une construction sociale. Les stéréotypes sont ces idées, implicitement véhiculées par la société, de ce qui est attendu d’un homme et d’une femme (un homme est censé être robuste, responsable, logique et aventurier, tandis qu’une femme sera douce, sensible, pleurnicheuse ou sentimentale). Vous êtes bien éduqués et donc pas sans savoir que ces mêmes stéréotypes, ont des conséquences désastreuses dans la construction d’un enfant, et dans sa vie d’adulte. Et ils expliquent en partie l’importante domination des hommes sur les femmes dans à peu près TOUS les domaines.

Une fois qu’on a compris cela, il paraît beaucoup plus simple de s’en affranchir sans être jugé anormal.

Sauf si vous faites partie de ces gens là (on ne citera pas de nom) qui pensent que maintenir le patriarcat c’est cool et trop stylé. Auquel cas, qu’est ce que vous faites sur ce blog??

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Enfin, il faut noter la différence entre identité de genre et l’expression du genre, l’un étant la façon dont vous vous identifiez: est ce que vous êtes plutôt un homme ou une femme, et l’autre est la façon dont vous l’exprimez. Les deux pouvant être dissociés bien évidemment. (ex: un mec « biologique » qui s’identifie comme un mec (cisgenre) mais qui aime porter des jupes au quotidien par exemple et se maquiller, pourrait avoir une expression de genre féminine puisque la jupe est considérée comme un vêtement féminin et que les garçons ont pas le droit de se maquiller). Bon c’est très caricaturé mais vous voyez l’idée.

II. Le cul entre deux genres

Donc, socialement il est admis qu’il existe en fait deux genres, masculin et féminin. Un zizi une zezette ou chacun dans son rôle. Sauf qu’en fait on a vu précédemment, qu’étant une construction sociale, et bien on peut remettre en question toute cette organisation autour du mâle dominant et commencer à envisager que ouais, une nana ça peut avoir un côté masculin, et ouais, un mec aussi peut avoir un côté féminin. Et… c’est très bien comme ça.

Dans la tête de certains c’est encore un peu compliqué n’est ce pas… et bien ça ne risque pas de s’arranger avec ce que je vais vous raconter.

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Que faire en effet lorsqu’une personne ne s’identifie ni à l’un ni à l’autre? ou qu’elle s’identifie à 50-50 entre les deux? Que se passe-t-il si biologiquement cette personne n’est en plus ni femme ni homme? Si en fait le sexe n’est ni homme ni femme ?? OH MON DIEU !!! EST CE QUE C’EST POSSIBLE ? ON VA TOUS MOURIR ?!

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Du calme. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il existe en réalité, une multitude incroyable de genres et d’expressions du genre, comme il existe autant de personnalités diverses et variées et presqu’autant de schémas et diagrammes qui trainent sur internet pour les représenter. Saviez vous par exemple que Facebook permet aujourd’hui de choisir son genre dans une liste composée de pas moins de 52 propositions ?? (j’ai appris ça en rédigeant cet article).

Parmi ces propositions on retrouve les termes de transgenre, transexuel, cisgenre, mais aussi genderfluid, genderqueer, agenre, pangenre, non binaire, et même two spirits, terme un peu chapeau qui englobe toutes les variantes de genre dans les communautés amérindiennes.

Ci dessous, un ourson mignon (JPP) pour illustrer ce qu’on vient d’apprendre qui vient du word press Justice for Sisters.

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On voit bien que l’identité de genre, l’orientation sexuelle, le sexe et l’expression du genre, sont des choses qui peuvent être tout à fait dissociées 🙂 et que oui, il en existe de toutes sortes !!

III. MUCHO MACHO MUXES

Bon… vous imaginez bien que dans la société dans laquelle on vit, avoir une expression ou une identité de genre différente de son genre « biologique », c’est encore très très très très très incompris, mal vu et peu toléré. Ouais en France aussi.

Par contre, il existe dans le monde des communautés où la notion de troisième genre est beaucoup plus acceptée (et tant mieux).

C’est le cas de Juchitan à Oaxaca, dans le sud du Mexique, où les Muxes vivent, travaillent et peuvent exprimer leur identité de genre librement.

Le terme Muxe, vient du dialecte Zapotèque (civilisation amérindienne pré colombienne de Oaxaca), qui signifie à la fois efféminé et peur. Il est utilisé par les non muxe pour désigner un homme (désigné comme tel à la naissance) homosexuel, qui sort en général avec des hommes « hétérosexuels » (ou se définissant comme tel), et qui exprime son genre à travers des vêtements typiquement féminins. Point culture, dans le dialecte zapothèque, les notions de lui ou elle n’existent pas, ces termes de langage ont été introduits par qui? les colons. Cimer.

 

Je vous invite à regarder le travail de Nicola Okin Frioli via le lien suivant pour admirer toute la beauté de ces personnes à travers des superbes photographies. Ainsi que le tout petit documentaire de Ivan Olita, qui est magnifique et m’a fait connaître cette communauté.

Alors c’est difficile de rattacher les Muxes aux mouvements trans occidentaux, voire, à la communauté LGBT+, tellement leurs traditions et coutumes sont locales, et ancrées dans un passé « indigène ». Mais elles restent néanmoins un super bel exemple que la binarité du genre est en fait séparée par un énorme spectre, et nous amène à nous questionner sur nos propres définitions: La majorité de personnes muxes vivent leurs vies comme des femmes (assumant entièrement le rôle social construit pour le genre féminin), mais ne s’identifient pas comme telles pour autant. Elles sont MUXES point.

Les muxes, font partie intégrante de la vie à Juchitan, que ce soit au quotidien où elles exercent leurs professions librement mêlées aux autres femmes cis genre (en tant qu’infirmières, enseignantes, couturières, etc), ou lors de nombreux événements festifs de la région où elles sont bienvenues et très appréciées. En fait, les notions de genre sont tellement différentes à Juchitan, que vue de l’extérieur la région est considérée comme une zone matriarcale, où ce sont en fait les femmes qui gèrent presque tout, et les muxes jouent un rôle important dans ce système social avec l’appui et le soutien des femmes cis genre.

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Pas besoin de mecs pour s’éclater wesh

C’est TROP BEAU.

IV. VOYAGE VOYAGE

Les Muxes au mexique ne sont pas une exception. Dans le monde il existe, et ont existé, de nombreuses communautés où la notion de troisième genre est (ou était), beaucoup plus intégrée et normalisée et fluide qu’ici en France, ou dans beaucoup d’autres sociétés occidentales en général.

C’est le cas en Inde par exemple, où le terme HIJRA est utilisé pour désigner une personne dont le genre n’est ni homme ni femme. Historiquement dans la culture Hindou, les Hijra étaient représentés comme des demi dieux, et avaient des rôles importants de conseillers dans les palais. Cependant, avec l’arrivée de nos amis les colons (encore eux), les expressions du troisième genre sont devenues illégales, et donc ont forcé les hijra à devenir underground.

Elles se sont donc créé des familles, un peu comme dans le système des houses de voguing si on peut faire un rapprochement, où les enfants 3 genre, étaient protégés des discriminations et violences, nourris, chéris par une sorte de Guru (mother) lui/elle aussi Hijra.

 

Les violences et discriminations envers les Hijra sont encore aujourd’hui très fréquentes. Néanmoins, depuis les dernières années on observe beaucoup de progrès sociaux. En 2014 notamment, suite au mouvement lancé par l’activiste Laxmi Narayan Tripathi, la court suprême de l’Inde a reconnu le troisième genre  pour permettre aux personnes trans d’avoir les mêmes opportunités que les personnes cis genre.

Au japon, il y a quatre siècles de cela, de jeunes adolescents appelés wakashu formaient également un troisième genre. Ces garçons, mâles de naissance, éveillaient le désir des hommes et des femmes par leur immense beauté pendant la période Edo de 1603 à 1868. Les peintures de l’époque montrent avec beaucoup de clarté, que la notion de genre n’est encore une fois par si binaire que les sociétés occidentales ont voulu l’imposer. Les hommes et femmes traversaient en effet le spectre avec beaucoup plus de fluidité.

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Images tirées de l’expoisiton A Third Gender: Beautiful Youths in Japanese Prints

Autre exemple, et après on termine car cet article se fait plus long que prévu, les Fa’afafines, dans les îles Samoa en polynésie. Où le terme veut dire litteralement, « à la manière d’une femme ».  Les fa’afafines sont acceptés aux Samoa depuis très longtemps, avant que les colons débarquent avec le christianisme. La communauté Samoa conçoit en effet, que chaque individu a un rôle à jouer dans la société. Qu’il soit homme, femme, ou entre les deux. Comme dans le cas des Muxe, il est difficile de les rapprocher des notions de transgendérisme occidentales, puisque les fa’afafines se considèrent comme un genre à part entière, hors notions donc de homme ou femme.

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Werk that puss henny

La notion de genre n’est au final pas quelque chose de difficile à concevoir, ni de déconstruire à titre personnel. Pas mal de communautés le font déjà à travers le monde et l’ont déjà fait par le passé. Ma question est donc, pourquoi venir embêter aujourd’hui nos copains et copines trans en leur interdisant d’aller aux chiottes qu’ils/elles veulent? Au delà de ça, qu’est ce qui bloque pour la reconnaissance de leurs droits ? Macron tu entends? Allo?

Meet The Muxes

Muxe Wikipedia

Identités de genre non binaires

Les hijras un corps d’homme dans une ame de femme

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