#17 – LIFE IN TECHNICOLOR

Wesh ma petite palette de gouaches et aquarelles,

Aujourd’hui dans D&CO, on va vous parler camaïeu, couleurs complémentaires et stickers muraux.

AHA JE VOUS AI EU !! en vrai, on va parler racisme. OUAAAAAAAAAIIS mon sujet préféré ❤

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Hier matin j’ai lu un article intéressant sur TETU, où on nous dit que « Le racisme serait endémique chez les gays » (cliquez sur le lien pour accéder à l’article). Ceci est appuyé par une enquête menée par le magazine en ligne The Fact Site, et qui arrive à la conclusion que noirs, asiatiques, arabes et latinos, sont très souvent victimes de racisme dans la communauté gay.

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Jusque là… rien de surprenant. Je parlais déjà il y a quelques temps ici sur les problématiques liées à des profils oppressifs sur les applications de rencontre gay, avec les fameux « no fat no fem no asian » et les « no black » qui vont avec.

Ce qui m’a SHOOK dans cet article, ce sont en fait les chiffres annoncés.
D’une part on a seulement 30% des latinos qui ont répondu à l’enquête qui affirment avoir été victimes du racisme, contre 86% de mecs d’asie du sud, ou 70% de noirs par exemple.

Là, en tant que membre de la communauté latinX, je me suis dit que ce chiffre était bien plus bas que ce que je pensais. Ou en tout cas pas représentatif de ce que je vis au quotidien.

Ensuite, et c’est là le plus choquant, on apprend que 49% des hommes gays blancs, ne pensent pas que le racisme soit un problème. (Je suppose ici que 100% des mecs ont admis que le racisme existe bien mais que c’est pas problématique).

Et là en tant que membre de la communauté « êtres humains », je me suis dit que le chiffre était beaucoup trop haut.

Maintenant, allumez grindr, et dites vous que sur la grille de mecs proposés, la moitié pense de cette façon. Et manque de pot, c’est la moitié qui vous intéressait…

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En allant faire un tour sur la section commentaires de l’article proposé sur têtu, on peut lire sans complexe des trucs comme ça:

Je dois dire avec beaucoup de rage que je n’ai pas du tout galéré à trouver ces commentaires, certains font limite partie des commentaires mis en avant par fb car plus likés ou sous-commentés. Et je n’ai pas fait le calcul, mais je pense qu’on n’est pas loin du 1/2…

Ma question est POURQUOI GOD DAMMIT?

Pourquoi seulement 30% de latinos disent être victimes du racisme, alors que j’ai l’impression moi, que le racisme est tout le temps accroché  à mon dos? et pourquoi ces mecs cis blancs continuent à affirmer que ce qu’ils font et disent ce n’est pas raciste, et ce n’est donc pas vraiment un problème? Qu’est ce qu’il s’est passé dans vos vies ?! SECURITE !

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La seule réponse que je trouve à ça, c’est qu’en fait les gens, ne savent pas ce que c’est le racisme. Tout simplement. Dans ce cas, on peut comprendre facilement que des phrases du style « tu m’intéresses pas t’es noir » ou « t’es trop sexy comme tous les latinos », ne soient pas perçues de la même façon par les gens qui les disent et celles/ceux qui les perçoivent, alors qu’elles partagent toutes les deux un fond profondément raciste.

Je vais donc invoquer la classe de Julie Andrews pour essayer de vous expliquer ce qu’est le racisme très rapidement. Et vous faire part de mes réflexions sur le cas particulier des latinX. Et franchement, ceux qui sont pas contents ou ceux qui ont cette passion de lire de travers ou mal comprendre, vous pouvez aller manger des cailloux.

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I. MOI RACISTE? JAMAIS

Pour commencer, ce qu’il faut savoir c’est que la race est une construction sociale. Mathilde LARRERE explique très bien dans l’émission Arrêtsurimages du 18/02/2017, que le racisme a été monté de toutes parts, pour justifier les violences et atrocités qui ont été commises dans le passé sur des peuples qui ont été esclavagés et massacrés. Notamment les indigènes pendant l’époque de la colonisation de l’Amérique et les noirs de façon extrême après que ces premiers aient été décimés.

L’idée était alors de montrer que noirs et indigènes étaient des « esclaves nés », qu’ils était démunis de morale, et inférieurs en tout point au colon occidental. Et donc, après avoir utilisé le christianisme comme source de vérité absolue (échec), on s’est servis de la « science », pour essayer de tenter de prouver qu’il existait plusieurs races humaines, et que la race blanche était au sommet de l’échelle naturelle.

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Or, il s’avère que ces justifications biologiques ne sont plus du tout mobilisables, en effet, après la chute du nazisme, l’UNESCO a publié une étude rassemblant un grand nombre de savants et penseurs, qui récuse la notion de race humaine parce qu’elle a perdu tout intérêt scientifique et toute validité anthropologique. Aujourd’hui TOUT le monde scientifique s’accorde à dire, que biologiquement il n’existe pas de race différente. A savoir qu’un blanc et un noir n’ont pas plus de différences génomiques qu’un asiatique et un latino.

Mais que le race biologique n’existe pas, ne veut pas dire que le concept de race lui est complètement caduc. Au contraire. Ce qui reste est une construction sociale de la race et donc un racisme systémique et latent. Construction qui s’est faite autour d’un référent neutre: l’homme blanc. L’exemple le plus parlant: le fait qu’on prenne souvent des acteurs blancs pour jouer TOUTES les ethnies possibles et imaginables sur cette terre, alors que le contraire n’arrive jamais.

Ensuite, ce qu’il faut comprendre et intégrer (SOS racisme je vous vois),  c’est que le racisme ce n’est pas une question de sentiments individuels, de ressentis, de couleur de peau, d’opinions, ou d’affect. NON. En tout cas, c’est très insuffisant de penser comme ça.

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Big news: Le racisme est un système.  Pas un système de préjugés, mais un système de PRI-VI-LEGES. Un système qui permet de maintenir une domination de certains, sur tous les autres.

Pierre TEVANIAN (coucou Pierre) écrit sur le sujet dans La Mécanique Raciste (avril 2017) :

« Prendre le racisme au sérieux, c’est aussi considérer ce que l’antiracisme dans ses formes les plus convenues est trop enclin à nier ou minimiser : sa dimension politique et socio-économique. Loin d’être une simple pathologie, circonscrite à quelques extrémistes, et n’appelant donc que l’expertise psychologique ou le sermon moral, le racisme est une idéologie et un système politique, intimement lié à des forces sociales et des institutions, y compris étatiques – et à l’usage de la violence, notamment économique et policière. Le racisme est, en un mot, un système de domination »

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Thomas COUTROT rappelle aussi sur Médiapart :

Le racisme est « Un système à la fois informel et institutionnel de discrimination et d’exploitation, un système à contester et à renverser »

La racisme donc, c’est, au delà d’une question de discrimination, une question de pouvoir. Un pouvoir qui est réservé et qui bénéficie à un certain groupe de personnes, au détriment des autres. Je ne vous apprends rien je pense (j’espère), en rappelant que c’est ce système qui crée des inégalités entre blancs et racisés lorsqu’il s’agit d’avoir accès à un emploi par exemple, face à la police lors d’un simple contrôle d’identité supposé aléatoire, face aux violences et agressions au quotidien, dans l’accès et le traitement aux soins hospitaliers, dans l’éducation, lorsqu’il s’agit de trouver un appartement décent, etc etc etc etc.

Donc NON le racisme dans la communauté LGBT vient pas des noirs et des arabes comme on peut le voir sur la fachosphère, mais bien des dominants qui font TOUT pour maintenir ce système qui leur profite à eux et uniquement à eux.

Evidemment, le racisme est alimenté par les préjugés, les stéréotypes (positifs ou négatifs!!), les hostilités, et en réalité par beaucoup d’imaginaire créé par les politiques menées sur l’existence de l’autre. Mais il faut garder à l’esprit, que puisque le racisme est encore une fois, un système de pouvoir et de privilèges, que traiter quelqu’un de sale noir, ou quelqu’un de sale blanc, n’ont pas du tout les mêmes impacts. Evidemment c’est blessant, sauf que dans un cas l’un n’aura pas de conséquences dans sa vie au quotidien, l’autre si.

II. EXOTISATION ET RACISME

Si seulement 30% des gays latino qui ont répondu à cette enquête considèrent qu’ils sont victimes de racisme, c’est je pense, lié à ce phénomène dont j’ai déjà parlé ici qu’est l’exotisation. En tant que latinX, je peux affirmer qu’à la différence de mes copains copines noires par exemple, je ne suis pas du tout sujet de remarques « désobligeantes » ou dégradantes vis à vis de ma culture ou mes origines. En tout cas, d’après ce que les gens s’imaginent sur ma culture et mes origines.

Surtout sur les app de rencontre type grindr, je suis perçu comme quelque chose de sensuel, d’exotique, de « chaleureux », etc. Bref, je suis très souvent érotisé, convoité et considéré dans certains cas comme un produit disponible à la consommation. C’est tout simplement déshumanisant. Et même si en apparence ça peut être flatteur, en réalité ça ne l’est pas du tout.

L’exotisation (de même que les formes de discrimination hostiles) est un outil très efficace du racisme, et dangereux car difficile à concevoir (autant du côté du racisé comme du dominant). L’exotisation permet en effet au dominant de ramener l’exotisé à sa condition d’objet, et de maintenir sa position dans la société, via la perpétration de stéréotypes coloniaux et post coloniaux supposés positifs. En tant que latinX, je n’ai pas vraiment le choix d’être considéré de telle ou telle façon, ni le pouvoir de faire quoi que ce soit par rapport à ça.

Du coup… je peux comprendre que d’autres mecs latinX ou assimilés latinX, face à ce type de remarque, qui en soit ne se veulent pas hostiles, n’aient pas l’impression de faire face à du racisme. Alors qu’en vérité, il est là en permanence sur les sites de rencontre gay, mais également dans les bars, saunas, et tout lieu gay propice aux rencontres. Il se présente juste différemment sous une forme plus flatteuse.

De plus, je pense que si les latinos ne se sentent pas concernés par le racisme, c’est qu’en dehors du fait qu’ils méconnaissent ses mécanismes et sa logique, ils sont eux mêmes enclins à adopter des attitudes et comportements racistes.

L’autre jour je suis tombé sur un article très intéressant de El Estimulo (désolé l’article est en espagnol), où l’on apprend que le Venezuela (mon pays d’origine) a été considéré le pays le plus raciste de l’Amérique en 2013, suite à une étude publiée par le Washington Post. Cette étude montrait que le pays maintient encore aujourd’hui des pratiques discriminantes héritées de l’époque de la conquête espagnole.

Pour l’histoire, à cette époque, les pardos, c’est à dire les gens issus du métissage entre natifs, blancs et noirs, essayaient de se mélanger aux blancs dans le but d’améliorer leur statut social. Chose qui est restée très ancrée dans la conscience collective du pays et qui se maintient encore au XXIe siècle. Plus ta peau est sombre, et plus tu es stigmatisé comme pauvre, illettré,  ou incivilisé. Au contraire, plus ta peau est claire et plus tes traits sont européens occidentaux, plus tu as de chances d’être favorisé dans un contexte social de plus en plus contraignant dangereux et traumatisé par des crises économiques sans fin. C’est ce que l’on appelle colorisme (préférer les peaux plus claires) et l’assimilation, et c’est vrai que beaucoup de latinos que j’ai eu l’occasion de rencontrer, ont cette tendance à se considérer comme blancs… (papa maman je vous vois).

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III. OUI LE NOIR EST UNE COULEUR

Récemment, la ville de Philadelphie aux USA, a eu l’excellente initiative d’inclure au drapeau créé par Gilbert Baker en 78 (j’en parlais ici), une bande noire et marron pour rappeler que la communauté LGBT+, n’est pas et ne doit pas, être représentée uniquement par des personnes blanches, et ouvrir le débat sur les questions de race et d’inclusion réelle.

Ceci a été fait dans le cadre de la campagne More Color More Pride pour le mois des fiertés 2017 aux USA.

Etonnamment, cette initiative que j’ai trouvé excellente, a énormément divisé la communauté… enfin… surtout certains blancs qui tout de suite se sont sentis attaqués. Défendant que le drapeau représente déjà l’unité face à l’oppression du système hétéronormé, et criant sans complexe qu’il serait raciste car il n’inclut pas de bande blanche pour eux…

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Alors, le drapeau n’est pas un drapeau officiel et ne remplacera pas celui de Baker. Le bonhomme est décédé cette année et le nouveau modèle n’a pas été discuté avec lui. Mais l’intention derrière est néanmoins plus que nécessaire, vu le contexte actuel et les alarmants chiffres que l’article de TETU nous rapporte. Les discussions sur la race sont très importantes et nécessaires pour pouvoir déconstruire le système, et il est nécessaire de comprendre le fonctionnement pour surpasser le malaise.

Le problème est bien réel, et les discriminations raciales au sein de la communauté LGBT+ sont bien quantifiables. Donc on applaudit ce genre d’initiative et on reste à l’écoute pour attaquer le racisme et démanteler ses logiques. Pour les ouin ouins qui ne sont pas contents, et qui ne veulent pas participer au débat, je n’ai qu’une chose à dire:

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Racisme en 10 bandes dessinées

Campagne SOS racisme

#TousUnisContreLaHaine

La construction du Racisme – Actuel Marx

Le racisme comme système

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