#16 WHAT’S YOURS IS MINE

Wesh mes petits makis nutella banane,

Aujourd’hui je vais vous parler d’un sujet (très très difficile) sur lequel je suis en train d’apprendre pas mal de choses et qui, commence à résonner un peu partout dans cette source inépuisable d’informations qu’est internet. Pour info, j’ai commencé à écrire cet article il y a bien 5 mois, sans avoir le temps d’en venir à bout… cependant, vu les derniers incidents (accidents?) médiatiques dans la pop culture… je me suis senti obligé d’intervenir… (et parce que j’ai du temps à tuer également).

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OUI KATY PERRY C’EST DE TOI QUE JE PARLE
Sans plus tarder, et sans tourner autour du pot de nutella, je vous présent notre invitée pour cet épisode: L’appropriation culturelle.

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Certains d’entre vous m’ont déjà vu poster des articles et des vidéos sur ce sujet dans les réseaux sociaux, pas toujours de manière avenante sans doute, puisque c’est un sujet sur lequel je tends à être assez vigilant (relou).

Pourquoi en parler sur ce blog dont le but principal est de partager et discuter de thématiques liées à la culture LGBT+? Et bien parce que plusieurs questions peuvent se poser sur le sujet. Est il légitime de penser par exemple que le milieu LGBT+ serait / pourrait être victime d’appropriation culturelle par le milieu hétérosexuel? Il y a t il, même au sein des LGBT+, des cas d’appropriation culturelle récurrents? Peut on encore dire qu’une sous culture LGBT+ peut être comparée à la culture d’un pays ou ethnique?

En tant que communauté LGBT+, il est évident nous avons développé notre propre culture et (sous cultures) qui nous caractérisent et nous démarquent (icônes, littérature, musique, ciné, spectacles, pratiques sexuelles, langage, codes, etc). Certes, différenciées selon les sigles du terme LGBT+ (les lesbiennes, les gays et les trans n’ont pas les mêmes vécus dans toutes les situations, voire les mêmes combats), mais on partage tout de même pas mal de références à mon avis. Il est évident également, que beaucoup de ces éléments culturels se sont retrouvés aujourd’hui dans le monde « mainstream », accessible à tous, sans savoir forcément pourquoi et surtout d’où ça vient. L’appropriation culturelle des hétérosexuels pourrait en être la cause si on considère que cela s’applique à une sous culture.

Mais les hétérosexuels ne sont pas les seuls à faire de l’appropriation culturelle, nous mêmes au sein de notre communauté avons été influencés par d’autres cultures et sous cultures et avons adopté (volé) les codes et stéréotypes qui les caractérisent.

La limite entre l’échange culturel et l’appropriation culturelle est très mince, voire floue dans certains cas. Raison pour laquelle je vais essayer de définir ici ce qu’est l’appropriation culturelle, ce qui la différencie de l’échange ou partage culturel, en quoi elle peut être dangereuse, et en quoi ça peut impacter la communauté LGBT+ et les autres… j’ai déjà mal à la tête avant même de commencer.

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I. CE QUI EST A TOI EST A MOI

I.1. Echange ou Appropriation?

On dit que « l’imitation est la plus sincère forme de flatterie ». En tout cas, c’est le proverbe préféré de ceux qui veulent à tout prix défendre leur appropriation culturelle déguisée en appréciation culturelle, face à ceux qui la trouvent tout simplement offensante.

Si la question de l’appropriation culturelle devient de plus en plus présente sur internet (et peut être même dans vos conversations à la cantine ou la machine à café, ou dans vos timeline FB) c’est que, de plus en plus, de personnes (appartenant en général à une certaine minorité sociale) commencent à se manifester pour faire comprendre que certaines représentations, dont le but supposé est de « rendre hommage » ou « refléter » tel ou tel aspect d’une culture, sont en fait la plupart du temps irrespectueuses, stigmatisantes, et complètement à côté de la pompe comme dirait Chrisitina Cordula…

En cliquant sur le lien ci dessous, vous tomberez directement sur un exemple illustré, de ce qu’est l’appropriation culturelle. Attention ça vaut le détour.

Pour comprendre en quoi c’est gênant, il suffit de se laisser glisser vers les premiers commentaires sous la vidéo. #InstantPopCorn

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On voit tout de suite que les gens sont pas contents (ils le sont rarement sur internet, encore moins dans la section commentaires), mais les raisons ici sont tout à fait légitimes.

 Des exemples comme ça, il y en a énormément dans la vie de tous les jours, que ce soit à notre niveau, ou dans le star system et autres institutions. Il y a par exemple le cas Katy Perry avec ses représentations (caricaturales et donc loupées) de la culture asiatique lors des American Music Awards de 2013 (voir critique en anglais ici), ou dernièrement son live catastrophique avec les Migos où la meuf veut clairement essayer d’être noire (voir video ici), le cas Miley Cyrus qui depuis a compris que faire du twerk n’allait pas la rendre noire non plus, le cas Kylie Jenner (et toutes les soeurs Kardashian-Jenner pour le coup) qui, elles aussi veulent être noires  visiblement, en copiant leurs styles de coiffures d’une culture qui n’est pas la leur (voir une critique ici), ou encore le cas de Marcs Jacobs et ses mannequins (blanches) qui portaient des perruques dreadées (ce mot n’existe pas) lors de la NYFW de 2016 (voir explications ici).

Marc Jacobs - Runway - September 2016 - New York Fashion Week
JP YIM / GETTY IMAGES

La dernière en date qui s’est illustrée en plein délit d’appropriation culturelle, n’est autre que cette chere Victoria Abril (qu’on adorait au passage), lors du festival de Cannes. Du coup, elle nous fait le plaisir d’illustrer la couverture de cet article tellement c’est incohérent et déconnant.

Selon Gala, « Celle qui avait monté les marches en string orangé sur un shorty en 1997 et qui était appa­rue dans une robe à para­pluie inté­gré en 2005, a encore réussi son pari de l’origi­na­lité »
Pour le coup… c’est original, une geisha maasaï blanche on n’en croise pas tous les jours…
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« Victoria Abril vient de rentrer de Tokyo, la capitale de Guinée Bissau »

A notre niveau, l’appropriation culturelle peut se traduire par plein de petits trucs qui vont, de servir des « makis » complètement inventés pour satisfaire les goûts occidentaux à planet sushi (voir la réaction de Lena Dunham sur ce sujet ici), à faire du yoga (et surtout ouvrir des centres de « yoga » à 1000€ le mois) sans en comprendre les fondements et sans pratiquer le sens spirituel de la discipline (voir un article sur le sujet ici), en passant par porter des costumes stéréotypés à halloween pour le « fun », ou encore par l’utilisation de tatouages tribaux, complètement vidés de leurs symboliques et utilités d’origine pour devenir un truc de beauf de base (déso). La liste est longue, mais le but de cet article ce n’est pas de faire une liste des dos and donts du savoir vivre.

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Campagne par les étudiants de l’université de l’Ohio contre les costumes d’halloween racistes « We’re a culture not a costume » 2011
Certaines personnes ne veulent absolument pas entendre parler de l’appropriation culturelle, et nient de toutes parts son existence ou les effets négatifs de celle ci, défendant (à tort) le fait qu’il s’agisse d’un échange culturel, et qui la considèrent donc comme une conséquence positive de la mondialisation.
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vu sur FB en 2017… je n’invente rien
Ces mêmes personnes pensent sans doute, qu’il n’y a rien de mal à s’inspirer (voler) d’autres éléments culturels, et donc qu’il est possible de faire un peu ce qu’on veut, comme on veut, où on veut, avec ce qu’on veut. Au final, on devrait réussir à créer un « melting pot culturel » et pouvoir baigner dans toutes les cultures dont on a la chance de disposer… C’est trop boooo :’).
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Seulement c’est un point de vue idyllique et surtout très ignorant de la réalité et des problématiques de certaines communautés, traduisant un manque d’empathie considérable.
Il est donc super important de bien distinguer l’appropriation culturelle de l’échange culturel:
James O Young, définit dans son ouvrage « Cultural appropriation and the arts » (février 2010) l’appropriation culturelle comme suit:
« Members of one culture (I will call them outsiders) take for their own, or for their own use, items produced by a member or members of another culture (call them insiders) »
En d’autres termes, c’est prendre quelque chose qui appartient à une culture à laquelle on n’appartient pas et l’utiliser hors du contexte culturel de base. Cela peut être fait par effet de « mode », on pense ici par exemple aux meufs qui se font des cornrows sur la plage, ou pour tirer un certain profit en dépit des groupes marginalisés (typiquement planet sushi). 
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OK ça a l’air bon
L’échange culturel lui, a lieu quand deux groupes (où il n’existe aucun système d’oppression entre l’un et l’autre de préférence) échangent des idées, des objets, des traditions, etc. de façon équitable/réciproque. Chacun définissant l’échange selon ses propres termes. Par exemple, en tant qu’occidental, si on t’invite à un mariage indien, et donc à adopter les vêtements, bijoux, coiffures, danses, musique, etc. traditionnels pour ce genre de cérémonie, entouré de personnes appartenant à cette culture, la question de l’appropriation culturelle ne se pose pas car l’échange est clairement défini. Il n’y a pas d’offense si l’invitation est claire et acceptée, et au contraire favorise la découverte de nouvelles cultures.

Par contre, si tu décides de t’habiller avec un sari pour aller faire tes courses juste parce que tu trouves ça joli, sans à minima connaître l’histoire du vêtement (qui le porte, dans quelles circonstances, est ce que c’est représentatif d’un certain milieu, classe, est ce que des personnes se font maltraiter pour porter ce type de vêtement)… tu ne fais que t’approprier quelque chose qui ne t’appartient pas pour en faire un usage personnel. De même si tu décides d’acheter un petit bouddha pour décorer ta salle de bains par exemple… est ce que je dois vraiment expliquer en quoi c’est offensant de prendre un objet religieux, que les industries se sont réapproprié pour tirer du fric, tout ça dans le but de donner une ambiance « exotique » à tes chiottes ??

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Sérieusement GIFY?

OUI SUN CITY ! ON TE VOIT TOI ET TA DECO

I.2. Outsiders vs Insiders

Lorsqu’on parle d’appropriation culturelle ou d’échange culturel, il faut être vigilant sur les deux groupes qui « échangent ». En d’autres termes, savoir s’il existe un rapport de dominant – dominé entre les Outsiders et les Insiders, et si oui, à qui l’appropriation culturelle peut causer du tort (socialement, économiquement, etc.).
Les insiders correspondent en général au groupé dominé, tandis que les Outsiders correspondent au groupe dominant lorsqu’on parle d’appropriation culturelle.

MAIS QUI SONT CES DOMINES ET DOMINANTS ?
On parle pas ici de pratiques sexuelles pour ceux qui vont débarquer en criant que ce sont des dom top, ou dom bottom (je vous vois). On parle bien de votre condition dans la société.
Sans surprise, les dominés font parties des minorités: les gens de couleur, les personnes LGBT+, les minorités religieuses, les minorités de genre (femmes ou queer ou gender fluid, etc), etc.
Les dominants en général: sans surprise les hommes cis blancs hétérosexuels.

Dans le schéma « classique » et simplifié de l’appropriation culturelle, le dominant prend au dominé sans lui demander son avis, tire bénéfice de l’utilisation, et ne rend pas crédit à son origine.

Dans la réalité, c’est un peu plus complexe. Les dominés pouvant également faire de l’appropriation culturelle entre eux. Un colombien qui prendrait des vêtements traditionnels mexicains hors contexte par exemple, ou un chinois qui se ferait des cornrows c’est de l’appropriation culturelle également.

Mais dans le cas inverse où les dominés prennent des choses au groupe dominant?

Il faut comprendre et avoir en tête que les groupes dominés,  sont en génréral « invités » à adopter des coutumes du groupe dominant (religion, codes vestimentaires, langage, etc.). Cependant, cette « invitation » au partage ne porte en elle que le nom. Dans la réalité, c’est plutôt une obligation pour « s’intégrer » au mode de vie eurocentré / occidental défini comme étant la norme.
COUCOU LES RELENTS DE LA COLONISATION. Dans ce contexte, on ne peut pas vraiment parler d’échange culturel. Mais… on ne peut pas parler d’appropriation non plus.

 

Dès lors qu’il y a un système d’oppression en place entre les deux parties de « l’échange », et que le dominé prend au dominant (noirs qui prennent des trucs aux blancs par ex), on appelle ça de l’assimilation. Quand un immigré « dominé » adopte les codes d’un autre pays : c’est une question de survie en général. Ces personnes n’ont en effet pas le pouvoir de décider si ces nouvelles coutumes leurs conviennent, ou s’ils préféreraient garder leurs propres traditions, même lorsqu’ils arrivent en terrain inconnu.

 Cette question est d’ailleurs complètement d’actualité, d’autant plus avec un certain Fillon qui a failli se retrouver président de la répupu en 2017… (voir son discours sur les apports de la colonisation ici). Mr Fillon soutient que la France ne peut pas être accusée aujourd’hui d’avoir une attitude néocolonialiste, et qu’elle ne doit rien à tous ces pays sur lesquelles elle s’est installée pour « partager sa culture » (sous entendu, sauver ces pauvres sauvages de leurs misérables conditions).

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Il est donc important de bien garder en tête le contexte, les acteurs, les enjeux, et les conditions sociales lorsqu’on aborde la question de l’échange culturel, de l’appropriation, et de l’assimilation.

I.3. Les dangers de l’appropriation culturelle

L’appropriation culturelle est vraiment une mauvaise chose? Dans l’ensemble oui.
MAIS ! comme on ne peut pas échapper à la réalité dans laquelle on vit, on ne peut pas nier qu’elle a permis de propager certains éléments culturels dans le monde entier, et donc eu un côté « bénéfique ». L’exemple le plus typique et cité est la musique, le rock & roll notamment ou la country, des musiques noires à la base, rendues populaires par des blancs. On voit bien que les noirs n’ont eu aucune reconnaissance dans tout ça, les basic bitches out there pensent  sans doute que c’est Elvis qui a inventé le rock & roll (d’ailleurs Elvis c’était un mec plutôt correct, il ne s’est jamais vanté d’avoir crée le rock & roll, et a même affirmé qu’il était influencé par des artistes noirs, même s’il en a tiré tout le mérite on est d’accord), mais il est vrai que d’excellentes créations ont suivi et on en profite tous aujourd’hui. Il y a de nombreux exemples de ce type, au niveau du langage, architectural, de la mode, de l’art en général.
Dans ce lien une petite vidéo de Decoded avec Franchesca Ramsey (ma pref) sur tout ce qui a été apporté par les noirs par exemple, et qui est pris pour acquis par les blancs.
L’appropriation culturelle est cependant problématique car elle présente plusieurs risques, dont les principaux sont:
  • Banaliser les violences historiques commises lors de la récupération des éléments culturels (masques africains, objets religieux, habits, …)
  • Détourner la signification originelle du symbole ou de l’élément pris de base (pensez à la statuette du Bouddha);
  • Ridiculiser les éléments culturels par des représentations approximatives, caricaturales, voire complètement fausses (pensez à l’exemple de la danse polynésienne);
  • Perpétrer les stéréotypes (négatifs ou positifs les deux sont mauvais) ;
  • Maintenir ce système qui implique que lorsqu’un blanc porte une coiffe amérindienne pour coachella c’est cool, mais lorsqu’un amérindien le fait c’est trop communautariste –> les privilèges

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cocou les bouffonnes 
Cela finit donc inévitablement par offenser les « appropriés », et quoi de plus normal franchement?
Mais tout le monde ne voit pas les choses de cette façon… en général, lorsqu’on signale à une personne qu’elle fait de l’appropriation culturelle les premières réactions sont: l’offense suivie d’un sentiment d’accusation et de censure non méritée. Le fameux « on peut plus rien faire sans offenser quelqu’un » ou le « j’ai autant le droit que n’importe qui de profiter de telle culture » ou le « de toutes façons y a pas de mal on est dans un monde multiculturel » sont très très très très fréquents. Balayant ainsi avec une larmichette, des années et des années d’oppression et de stigmatisations réductrices au profit d’un supposé droit sur les autres.
Ironie du sort lorsqu’un opprimé pleure parce qu’on lui dénie son droit d’opprimer….
Encore une fois, quand on prend des choses d’une autre culture, il faut se poser la question sur ce qu’on adopte et COMMENT on le fait. Et surtout, est ce qu’adopter certains éléments, continuent à perpétuer les stéréotypes négatifs des cultures. Est ce que ce sont des choses qui appartiennent à une communauté discriminée ? est ce que les représentations qu’on en fait rendent justice à la culture de base ? Bref, toujours avoir un esprit critique. Perpétuer les stéréotypes réduit les cultures qu’on est soit disant en train de valoriser, et donc, contribue à justifier l’oppression qui existe encore

II. ET LES LGBT+ DANS TOUT CA?

II.1. C’est MON Lipsync

Du coup, la question de l’appropriation culturelle se pose évidemment dans le milieu LGBT+.

Mais honnêtement la réponse n’est pas simple du tout. La première raison étant qu’il n’est pas si évident que ça de comparer une sous culture de genres ou des minorités sexuelles, à la culture d’un pays ou d’une ethnie par exemple.

Pour rappel à nos amis hétéro qui nous lisent, la communauté LGBT+ a bien une culture très riche, qui ne se résume pas à un clip de YMCA. Je vous recommande de lire le bouquin de Cathy Crimmins HOW THE HOMOSEXUALS SAVED CIVILIZATION  pour un aperçu des apports culturels des PD dans le monde moderne (depuis les 50 dernièrs années environ).

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Le mot culture a lui même des centaines de définitions et d’utilisations possibles, ce qui ne facilite pas la chose. Mais si on part sur le sens anthropologique et social du terme le plus répandu, on peut considérer que la culture « sert donc à désigner l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société ou à un groupe social particulier ». 

En se basant sur ça, il ne me paraît pas grossier de faire un parallèle entre la culture d’un pays et la culture LGBT+.

Peut on donc parler dans ce cas d’appropriation culturelle?

Là encore, c’est compliqué. Pour commencer il faudrait définir au préalable deux groupes, un dominant et un dominé. Instinctivement (et peut être trop facilement) on pourrait considérer les LGBT+ comme étant un groupe dominé, et les hétérosexuels, comme le groupe dominant. MAIS ! cela simplifie trop le débat puisqu’on efface complètement les rapports de pouvoir (et donc les luttes) qui existent au sein même du sigle LGBT+.

Dans la réalité, les hommes cis blancs homosexuels, ont tout de même plus de force et dominent les lettres L et T, d’autant plus si ces dernières ont un peu de couleur

Et si on s’intéresse uniquement aux hommes cis gays dans ce cas? Franchement… c’est impossible. La culture LGBT+, même si elle est représentée en majorité par des mecs blancs aux yeux du public, est née d’un mélange absolument incroyable et beau de personnes de tout genre et de couleur. Donc je maintiens le sigle et on parlera des luttes trans, lesbiennes et bis dans un autre post.

 

Admettons donc que pour cet article on simplifie le schéma et qu’on prenne les hétérosexuels comme étant tout de même un groupe dominant, et qu’on englobe l’ensemble des LGBT+ comme le groupe dominé. Dans ce cas, on peut certainement trouver quelques éléments qui illustrent que nos amis hétéro, aiment bien de temps en temps se frotter à nos pratiques culturelles, pour finalement les récupérer.
Premièrement, le langage. OK les pd n’ont pas inventé le langage, mais on ne peut pas nier le fait que beaucoup d’expressions, surtout des termes anglosaxons pour être exacts, sont nés dans la sous culture de la scene ball dans les années 60, et qui aujourd’hui sont de plus en plus repris par nos amis hétéro. Les « yaass queen », les « slay mama », les « werk bitch » et autres termes employés dans ce milieu, sont de plus en plus repris par nos amis hétéro. Que ce soit dans la vie de tous les jours comme dans le star system. On pense notamment à cette chere Ilana encore une fois dans Broad City, dont c’est carrément devenu un tic de langage:
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C’est drôle, mais des fois on se sent un peu comme ça :

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Ensuite, parlons un peu des performances et de l’entertainment. Le voguing par exemple, cette forme d’expression née dans les années 70 dans les clubs underground, fréquentés par des homos, des trans, latino et afro-américains pour la plupart à New York, et qui aujourd’hui évoque à la plupart de nos amis hétérosexuels uniquement le (très bon) morceau de Madonna Vogue (revoir et revoir la vidéo ici). Je ferai peut être un article sur le voguing un jour pour expliquer à quel point c’est tellement plus que ça, mais le fait est qu’aujourd’hui la danse se popularise énormément grâce à la scène hétérosexuelle dominante, sans rendre spécialement crédit aux houses fondatrices du mouvement. Voir exemple d’Elle qui illustre un article sur le voguing avec une femme cis blanche, et qui se fait rappeler à l’ordre par mon beau JJ.

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On peut aussi parler de cette fameuse émission américaine, Lip Sync Battle, dont le concept est de se faire affronter deux célébrités (chanteurs ou non) sur des performances en lip sync (pour rappel le lip sync c’est ce que fait Britney spears quand elle monte sur scène, et elle le fait si bien <3).

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Le fait est que, ce programme date de 2015, or le lip sync, c’est quelque chose qui baigne profondément dans la culture drag depuis de très nombreuses années. L’émission Rupauls Drag Race l’a rendu d’ailleurs accessible à tous depuis notre écran de télé, avec des performances plus que spectaculaires (un petit aperçu ici)

Or, en regardant la page wikipedia de Lip Sync Battle, aucune mention à la culture drag n’est faite à aucun moment. A croire que c’est tout simplement sorti de la tête des créateurs Stephen Merchant and John Krasinski. La ressemblance avec l’émission de Rupaul est tout de même assez troublante…

Dernièrement, on peut penser également à Sia et sa performance à Coachella en 2016, dans sa robe sublime, calquée sur la performance d’une Drag queen Nommée Nina West (voir article ici). Bon même si Sia a donné du crédit à Nina via twitter en disant clairement que c’était elle son inspiration, c’est pas Nina qui a touché le chèque de Coachella on est d’accord.

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Encore un cas, ce cher Bowie, qui soyons honnêtes, a TOUS les codes de la queer culture. Mais TOUS ! Et pourtant, bien qu’ayant voulu semer le doute sur sa sexualité par moments, est bien très très hétéro et su tirer avantage et profit du public LGBT+ (voir article ici)

Enfin la mode, so cliché bien sûr de parler de mode sur un article de culture PD, mais prenons le cas de Gucci qui dernièrement s’est pris sa petite dose de bad buzz sur internet (oui j’ai dit bad buzz). Avec le lancement de sa nouvelle collection « Queercore », gucci s’approprie de façon scandaleuse un mouvement queer punk des années 80, pour nommer des pompes vendues 1700 dollars la paire. Si ça c’est pas un typique cas d’appropriation culturelle je ne sais plus quoi vous dire… Bien évidemment les fondateurs du mouvement ont rappelé à l’ordre la marque sur les internets (voir article ici).

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Queercore shoes by Gucci

II.2. Les LGBT+ coupables d’appropriation culturelle?

OUI évidemment. Là la question ne se pose pas. Déjà par le fait que quand on parle de LGBT+, on prend tout de même un bon paquet de mecs cis blancs dans le tas. Et qu’ils adorent faire ça, voler des trucs aux autres. Alors un PD déguisé en indienne sexy on en a déjà vu et on en verra encore plein…

Mais un truc que les PD adorent s’approprier particulièrement, et pas uniquement les white gays de west hollywood, c’est la culture des femmes noires américaines. Cette superbe video de Buzzfeed illustre par exemple, comment le langage aux Etats Unis évolue. On voit clairement que beaucoup de termes sont nés en fait dans les milieux underground noirs, puis repris par qui? les PD.

Le schéma est le suivant:

Culture Noire Underground > Culture Noire Mainstream  > Culture Gay Noire > Culture Gay Blanche > Culture blanche Underground  > Culture Mainstream Blanche > International.

Donc en fait, ce qu’on prend pour de la culture LGBT+ est grandement issu d’un milieu noir underground. Qu’on parle musique, style, icones, langage, etc.

Au delà de ça, au sein même du sigle LGBT+, on peut considérer qu’il y a de l’appropriation culturelle qui tendent à diviser. C’est le cas lorsqu’on se réapproprie des faits historiques propres à la culture LGBT+, pour en faire du profit en mettant en avant les mauvais côtés de l’appropriation culturelle.

Dans la version du film Stonewall de Roland Emmerich (Godzilla, Independance Day), on assiste à ce cas de figure. Le synopsis est le suivant:

« Inspirés des faits survenus dans le bar Stonewall, à Greenwich Village, le 28 juin 1969 : un raid de police a été organisé dans ce bar déténu par la mafia, dans lequel la communauté LGBT se retrouvait. Ce lieu est devenu important dans les combats menés par la communauté homosexuelle… »

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Bien que ce cher Roland soit ouvertement gay, et qu’il donne de l’argent à la Legacy Project et d’autres associations LGBT, il n’en reste pas moins un homme cisgenre blanc. Ainsi le film s’est retrouvé en plein milieu d’une controverse, attaqué par beaucoup d’associations et d’activistes LGBT+, puisque ce dernier ne rendait pas crédit à l’histoire qu’il était censé représenter. En cause, le manque cruel de diversité dans le film, et le pauvre rôle donné à un personnage  trans historique tel que Marsha P Johnson, aux détriments d’une histoire fictive d’un personnage blanc qui n’avait rien à faire là. Les émeutes dans le film sont très peu représentées. Voilà ce qu’est réécrire l’histoire selon un groupe dominant. Et encore un exemple des luttes dissociés des mecs homos et des trans.

II.3. A quel moment cela devient problématique?

Le fait que les hétérosexuels piquent des trucs et s’inspirent des cultures LGBT+ (sans le savoir souvent), n’est pas en soi si grave que ça selon moi. C’est au mieux drôle, au pire un peu agaçant. 

Cependant, dans certains cas cela peut être problématique pour les raisons qui ont été évoquées précédemment:

  • Banaliser les violences historiques commises lors de la récupération des éléments culturels
  • Détourner la signification originelle du symbole ou de l’élément pris de base 
  • Ridiculiser les éléments culturels par des représentations approximatives, caricaturales, voire complètement fausses (pensez au sketch d’Hanouna récemment)
  • Perpétrer les stéréotypes (négatifs ou positifs les deux sont mauvais) (pensez au sketch d’Hanouna récemment) ;
  • Maintenir ce système de privilèges pour les hétérosexuels (et pour les homos cis blancs > trans par ex).

L’exemple le plus flagrant, reste le monde du cinéma où la représentation de l’homosexuel et ses codes culturels est le plus souvent associée à une kyrielle de clichés et de tabous, dont les homos n’en sortent jamais indemnes. Tout cela bien sûr, au bénéfice d’une industrie majoritairement hétérosexuelle et cis genre.

La plupart de films mettant en scène des personnages et des narrations LGBT+, et donc exploitant leur culture restent des films réalisés par et pour des hétérosexuels. Même si souvent, le point de vue adopté est celui du couple homosexuel, c’est un couple homosexuel tel que la société hétérosexuelle le perçoit.

 

III. CONCLUSION

L’appropriation culturelle c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours. L’être humain est un être sociable, qui aime créer et découvrir de nouvelles choses, tout ce qu’on fait, vient forcément inspiré de quelque part, que ce soit la nature elle même, ou les créations des autres. Rien de nouveau sous le soleil de ce côté là.

Cependant, elle pose beaucoup de problèmes qui vont de l’exploitation économique de minorités, au maintien des systèmes d’oppression stigmatisants injustes. Malheureusement dans un monde où le système capitaliste est prédominant, il est très difficile de faire autrement puisque tout ce qu’on fait, est fait pour faire du profit.

Comment s’en sortir? Je pense qu’il est important de revoir notre conception de la notion de culture (et tout ce qu’elle englobe). La culture, au sens anthropologique et social qu’on a défini plus haut, ce n’est pas un buffet à volonté dont on pourrait se servir à loisir et sans limite. Il faudrait la penser plutôt comme une seule et unique salade, dans laquelle toutes les sous cultures seraient mélangées. On adore les métaphores alimentaires ici et celle là me parle bien.

Chaque culture garde ainsi sa saveur et est unique et se suffit à elle même.

Bien évidemment, rien ne nous empêche de nous inspirer des autres pour créer quelque chose de nouveau, mais il faut toujours s’interroger sur ce qu’on prend, sur comment on le reflète, sur l’impact que cela peut avoir, sur l’histoire, et pourquoi pas si possible, avoir un aval des personnes concernées avant de faire quoique ce soit.

Enfin, garder à l’esprit qu’on ne peut pas, lorsqu’on veut récupérer quelque chose d’une autre culture, s’intéresser uniquement aux choses positives qui nous intéressent. Par exemple, les Jenner qui volent les coupes identitaires des femmes noires, mais qui derrière pondent une pub pour Pepsi où elles inversent les rôles des luttes raciales et donnent une image complètement erronée des violences policières…. là ça pose un énorme problème. C’est valable pour tous les LGBT+ qui pensent à faire une soirée mexicaine et qui vont faire des burritos… pitié arrêtez.

De même chers amis hétéro, pensez qu’avant de nous piquer nos styles, nos slangs, notre musique, nos danses, nos icônes, etc… il faut prendre également tout le paquet qui va avec, à savoir nos insécurités (physiques et morales), nos persécutions, nos moqueries, nos discriminations, nos faiblesses et impuissances face au monde dominant. Montrez nous que vous vous intéressez réellement à nos luttes et à notre culture (en lisant ce blog, en allant voir vos drag queens locales se produire dans les bars, en allant à des soirées PDQUEERTRANS+++, en participant à des mouvements militants, en lisant,…) et ne nous réduisez pas à ce que vous vous imaginez (cf YMCA).

Que ce soit dans le milieu LGBT+ ou hétéro, toujours avoir un esprit critique sur ce qu’on fait c’est essentiel.

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Maintenant je vais manger un maki nutella banane confiture. BYE

Liens:

https://lechodessorcieres.net/quest-quil-y-a-de-mal-a-faire-de-lappropriation-culturelle-ces-9-reponses-revelent-pourquoi-cest-blessant/

http://data.whicdn.com/images/45463444/large.gif

https://journalencouleur.wordpress.com/2016/08/31/lappropriation-culturelle-y-voir-plus-clair/

http://wikipedia.qwika.com/en2fr/Cultural_appropriation

https://en.wikipedia.org/wiki/Cultural_appropriation

https://equimauves.wordpress.com/2014/06/14/petites-notes-sur-lappropriation-culturelle/

http://www.dazeddigital.com/artsandculture/article/32038/1/lena-dunham-supports-that-sushi-is-cultural-appropriation

http://lesglorieuses.fr/interview-mrs-roots/

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http://www.canwecomplain.com/response-to-sierra-mannie-dear-straight-people-stop-stealing-gay-culture/

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https://medium.com/@Etinni_/white-gays-are-appropriating-black-gay-appropriation-edb6313fe266

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