#24 L’AMOUR EST DANS LE YAG

Wesh les fans d’ostréiculture,

Lundi soir dernier il y a eu un gros moment de télévision avec la nouvelle saison de l’amour est dans le pré (ADP) qui a démarré.

Car oui je l’avoue, de temps en temps la niaiseuse que je suis adore se plonger dans la vie de ces agriculteurs de France et leurs vies ultra gênantes mais o combien attendrissantes (non). C’est aussi une occasion de voir Karine Lemarchand raconter des grosses blagues de cul bien crasses à une heure de grande audience, OKLM, et qui mettent tout le monde mal à l’aise sauf elle.

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LOOOOL

Seulement voilà, avec ce dernier épisode on a atteint un nouveau level dans l’échelle du carrefour de Villejuif (autrement appelée échelle de la malaisance par les internets). C’est arrivé bien évidemment pendant la présentation de Thomas, (quota) candidat homosexuel de cette nouvelle saison. On va bien sur discuter de tout ça.

(si vous voulez des photos bande de chaudasses allez chercher sur internet).

Alors, quand j’ai su que l’ADP avait casté un candidat pédé, j’ai eu une grosse crise d’angoisse. Parce que c’est un peu comme quand un rebeu commet un « crime » en France: tout de suite on va aller demander à tous les rebeus de soit s’excuser, soit carrément condamner l’action sous peine de passer pour des complices. Bah c’est un peu pareil quand t’es LGBT+, dès qu’on a un minimum de représentation dans les grands médias, on se crispe et on se demande ce qu’ils vont encore bien projeter de nous ces gentils gens derrière les commandes, sous peine que ça nous retombe dessus d’une façon ou d’une autre. Comment vont ils encore tourner en ridicule nos identités?

Avant de voir l’émission je suis donc allé me renseigner sur ce nouveau candidat. Je suis tombé sur cet article de Le Parisien où l’on apprend que Thomas «revendique l’amour, pas la sexualité». Ce sont les premiers mots sous la photo de son profil et déjà là, j’ai trouvé ça un peu beau mais chelou.

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Je continue ma lecture du profil et là je tombe sur cet extrait :

A la question: Se sent-on une responsabilité particulière quand on est «le» candidat gay de l’émission, le deuxième seulement de son histoire ? Non, assure Thomas : « Je ne me sens pas représentatif d’une minorité. Je ne suis pas militant et je n’ai aucune cause à défendre. Je revendique l’amour, pas la sexualité. Le but, c’est d’aimer »

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Donc là, même si mon cœur est trop ému et a envie de chialer parce que c’est hyper bo de vouloir revendiquer l’amour avant tout, ma tête m’envoie des gros signaux d’alerte et me dit de me méfier. Car même si ce discours part d’une bonne intention, et que Thomas est bien évidemment tout à fait dans son droit de ne pas vouloir se sentir investi d’une mission pour représenter l’image d’une communauté, le fait est que… il passe tout de même sur M6 à 20h50 un soir de semaine, et qu’il le veuille ou non, il va être de fait un représentant de l’homo français auprès de la ménagère de 50 ans. Et on sait o combien c’est important les représentations… On se retrouve encore une fois avec un mec blanc cis et qui a l’air assez viril d’après ses photos.

De plus, et là c’est un gros à priori à ce stade (alimenté par des rencontres par ci par là), les mecs qui tiennent ce type de discours, d’après mon expérience, ce sont des mecs qui ne se sentent pas concernés par la lutte des droits des LGBT+ parce qu’ils ont le privilège de pouvoir le faire, à savoir, comme c’est le cas de Thomas: des mecs blancs cis plutôt agréables à regarder et surtout qui correspondent déjà à ce que la société attend d’un mec pédé: qu’il soit hétéro, ou qu’il en ait tout l’air… et je me dis que s’il a été casté pour l’ADP, ce n’est pas pour rien. Thomas est l’archétype du bon pédé qui passe bien en société.

Mais c’est pas parce que Thomas ressemble à un masc4masc (les pédés virilistes / masculinistes qui chient sur les non homonormés) , qu’il en est forcément un. Je préfère lui laisser le bénéfice du doute et me dépêche de mettre devant un replay pour admirer la séquence et trancher mon avis.

Et là ma chérie c’est le drame.

Déjà, Thomas fait clairement partie de cette partie privilégiée du panier de pédés qui ne se considèrent pas comme les autres, qui se félicite d’être viril (quand Karine lui fait remarquer qu’il est viril il répond « oui je sais, enfin j’espère ») comme si c’était absolument une nécessité. Alors que honey… on t’a cramé avec te bottes en caoutchouc retroussées look marin d’eau douce prêt pour la touze. Et qui cherche, comme tout bon masc4masc, un « vrai mec qui ait une gueule de mec » (ses termes). Bonjour la masculinité toxique. Mais bon… on s’en doutait un peu. De toutes façons, comme je l’ai suggéré plus haut, s’il s’est retrouvé dans les griffes d’M6 ce n’est pas par hasard. De plus il présente, comme beaucoup, ce discours de la narrative blanche du coming out qui est de dire « il suffit de s’accepter pour que tout aille bien », qui montre encore une fois un privilège hérité de sa race sociale, son esthétique et allure virile.

A côté de ça il a l’air très gentil et j’espère franchement pour lui qu’il ne craquera pas sous la pression de l’émission comme ça a pu être le cas pour le seul candidat homo précédent. Karine Lemarchand lui met un gros warning en fin d’interview que j’ai trouvé plutôt inquiétant…

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Ensuite, et comme fallait s’y attendre, cette bonne Karine se vautre dans l’homophobie la plus classique et détestable qu’on puisse rencontrer dans la vie de tous les jours. Ses blagues crasseuses prennent d’un coup une toute autre signification ici, et elles n’ont plus du tout le même impact. Elle se veut drôle, mais elle ne fait que répéter et perpétuer de nombreux clichés et stéréotypes que les dominants nous imposent depuis toujours.

Entre les blagues sur les moules, les « tiens c’est marrant on dirait pas que t’es homo » et les « t’es sûr » ? on assiste ni plus ni moins qu’à l’interrogatoire homophobe DE BASE que pas mal de pédés, qui ne rentrent pas dans l’imaginaire « cage aux folles » qui nous est servi en permanence, subissent dès qu’ils tombent sur un/une hétéro pas très au fait du siècle dans lequel il/elle vit. Le moment le plus hallucinant cependant arrive lorsque Karine sort le mot « YAG » (gay à l’envers) pour définir Thomas :

« Des gays qui ne se reconnaissent pas dans la culture gay : Mylène Farmer, Madonna, Dalida… Ils n’ont pas de mèches, pas de décoloration massive »

Je vois d’ici les gens qui lisent ceci en se disant « mais y a rien d’homophobe là dedans ». Dites vous simplement qu’à partir du moment où Thomas, du fait de son orientation sexuelle, n’a pas le droit au même traitement et interrogatoire que les autres candidats, c’est très clairement un acte homophobe qui va le réduire constamment à sa sexualité. Karine Lemarchand ne va jamais demander aux autres agriculteurs par exemple, s’ils sont sûrs qu’ils sont hétéro, ou que c’est marrant ils n’ont pas l’air d’en être… Bon des blagues sur les moules, tout le monde en a déjà eu avec elle mais pas comme ça !

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Alors… évidemment on aurait adoré que l’interrogatoire de Thomas se déroule comme celui de tous les autres agriculteurs: gênant mais pas trop. Ca nous aurait donné pour une fois le sentiment de ne pas se sentir comme des bêtes de foire, et d’éviter de faire remonter de vieux traumas ou autres sentiments de persécution qu’on a pu intérioriser (ou pas). A raison, les gens sur les internets ont été ultra choqués par cette séquence… ils se sont tout naturellement tournés vers Karine Lemarchand, grande méchante de l’histoire, pour avoir perpétué un comportement problématique, et en toute légitimité.

MAIS

Au moment où Karine Lemarchand sort le mot « YAG », il faut se rendre compte d’un truc: la meuf n’a rien inventé, au contraire elle s’est renseignée et a préparé son entretien avec Thomas. En effet, ce mot qu’on a pour la plupart découverts en live sur M6, n’a pas du tout été inventé par Karine Lemarchand. Il existe (dans une certaine galaxie ou sur skyblog) depuis des années et a été inventé par qui ? Par des « YAG »… donc, des mecs pédés qui ne se sentent ni concernés par les luttes des LGBT+ ou gaies à minima, qui ne s’identifient pas à ce que, eux (et en fait la plupart de la société dans laquelle on vit), considèrent être comme la culture GAY.

Donc qu’on s’en prenne à Karine Lemarchand parce que son interrogatoire était atrocement homophobe et qu’elle est responsable de perpétrer ce genre de micro-agressions: oui grave.

Mais il faut regarder attentivement la partie immergée de l’iceberg. Après la shitstorm sur twitter, Lemarchand a balancé la source de ses infos. Ca vient d’un blog écrit en 2007 (il y a plus de 10 ans donc…) par un mec qui se définit comme suit:

« Homo, mais pas pour autant gay »

Je ne vous mettrai pas le lien du blog ici parce que franchement je ne veux pas faire de la pub pour ce genre de torchon, et si vous voulez, vous pouvez le retrouver facilement sur internet. Mais ce qu’il faut retenir ici c’est que c’est de notre propre communauté que ce terme, on ne peut plus problématique est né.

L’auteur du blog définit les « YAG » comme suit:

« Les yags (ou gay à l’envers) sont ceux qui assument leur côté gay, mais ne veulent pas y être trop apparentés.

Comprenez par là, celles et ceux qui vivent leur homosexualité comme les hétéros ».

DES HOMOS QUI VIVENT LEUR HOMOSEXUALITE COMME DES HETEROS !

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Alors oui, les hétéro ont une vie privilégiée qui leur permet de maintenir un système de domination sur les pédés. On comprend donc facilement (mais on n’accepte pas), que parmi nous les pédés, beaucoup ont tendance à reproduire les mêmes mécanismes pour être mieux acceptés et jouir du même privilège. Or… cela passe aussi par une homophobie qu’on définit comme intériorisée (quand un homo considère sa sexualité comme une mauvaise chose), et qui se manifeste souvent par tout ce que le blog décrit comme étant les caractéristiques d’un « YAG »:

  • Le YAG c’est celui qui est gay mais qui ne fréquente que rarement le milieu.
  • Le YAG c’est celui qui aime les hommes, parce que ce sont des hommes.
  • Le YAG c’est celui qui n’a de différent des hétéro que sa sexualité.
  • Le YAG c’est celui que vous ne verrez pas à la gay pride. Le YAG c’est celui qui serait même prêt à oublier le mot gay de son vocabulaire pour le remplacer par yag.

C’est donc un rejet complet, assumé et conscient de ce qui, qu’on le veuille ou non, fait aussi partie de notre culture pédé et de nos luttes.

Des mecs comme ça j’en croise tous les jours sur les app de rencontre et dans la vraie vie: des types qui ne jurent que par la virilité, qui dénigrent, se moquent et crachent sur la gueule des mecs efféminés, qui se moquent complètement des combats pour les droits de l’ensemble de la communauté, et surtout qui ont le privilège de pouvoir le faire. Et je me serais contenté de râler dans mon coin après cet épisode de l’ADP si je n’étais pas tombé sur ça dès le lendemain de l’émission:

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Franchement les mecs, réveillez vous.

Si l’auteur du blog célèbre le fait que cette « identité » existe dans notre célébrité, moi au contraire je la condamne fermement et je l’affiche et la dénonce. Certes on n’est pas une communauté monolithique, mais je me battrai toujours face à des profils et des comportements oppressifs comme celui ci.

C’est déjà assez dur et fatigant de devoir justifier son existence auprès du système dominant chaque jour, on n’a vraiment pas besoin que des mecs de notre communauté se liguent aussi contre nous. Eh oui les gars vous êtes bien homo, vous êtes pas hétéro, et le fait de pas aller en soirée pédé ou pas écouter Dalida ça ne vous donne pas un bouclier magique contre l’homophobie: regardez Thomas. Aussi « YAG » qu’il soit ou qu’il ait l’air selon Lemarchand, il est aussi victime d’un interrogatoire homophobe comme vous l’auriez été. Arrêtez de penser que parce que vous êtes straight passing, vous avez un avantage sur le reste dans la société.

Le bon pédé c’est pas celui qui se fond dans la masse de l’hétérosexualité mais celui qui se bat pour exprimer son identité aussi différente soit-elle de la norme, pour qu’on ne soit plus moqués, exclus, exploités et maltraités. L’homophobie intériorisée est tout aussi grave que l’homophobie d’une Karine Lemarchand ou autre personne bien intentionnée. Elle est insidieuse et tout aussi néfaste pour l’avancée de nos droits.

Et surtout arrêtez d’inventer des mots pourris. Ca fait plouc.

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#23 – SAPIN SAPINE

Wesh les lutins et lutines,

Aujourd’hui c’est le 24 décembre, c’est  la veille de l’anniversaire de Britney de Nazareth.

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Lord Neyde having mercy on all of us

Et comme la tradition le veut, à cette période de l’année, tout le monde doit faire une liste pour que le père coca cola nous rapporte de beaux cadeaux (qu’on soit chrétien ou pas t’as pas le choix t’es en France). Bon on le sait… dans le monde réel celui qu’on appelle le « père noel » n’existe pas, tout comme le racisme anti-blanc, mais pour se faire plaisir et faire plaisir au capitalisme, moi aussi j’ai décidé de faire une liste de tout ce que je veux pour bien démarrer 2018 (qui s’annonce grandiose).

1) L’ECRITURE INCLUSIVE POUR TOUTES ET TOUS

Parce que c’est nécessaire pour lutter contre la masculinisation de la langue qui n’a rien de naturel, et parce que ça va bien faire chier tous les vieux aigris de l’académie française, je souhaite que pour l’année prochaine tous les livres, toutes les publications, tous les mails, les notices d’utilisation IKEA, les menus au restaurant, les panneaux de circulation, jusqu’à vos étiquettes de lavage soient écrit•e•s  en écriture inclusive.

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Les Mangemorts de l’académie Française en pleine réécriture du dictionnaire

2) UN BUZZER QUI ENVOIE DES DECHARGES ELECTRIQUES AUX GENS DE LA TELE QUI DISENT DES TRUCS SEXISTES, HOMOPHOBES, RACISTES, TRANSPHOBES, ETC

Cette année a été particulièrement riche niveau séquences problématiques à la télé, tant est que le CSA a eu son nombre record de saisies pour cette fameuse séquence homophobe, dans cette émission, dont on ne prononcera pas le nom, mais qui marche toujours autant auprès d’un certain public.

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On ne donne pas de nom mais on veut bien balancer des visages au cas où vous les croisez dans la rue

Il y a quelques jours l’AJL (Association des Journalistes LGBT) a présenté une enquête relevant une cinquantaine de séquences discriminantes dans le PAF, diffusées au mois de novembre uniquement.

On avait bien rigolé cet été avec cette proposition d’un buzzer pour dénoncer toutes les séquences « qui dérapent ». Moi ce que je veux c’est un petit bouton sur ma télécommande, pour que dès que j’entends ou vois un truc déplacé je puisse envoyer directement un coup de châtaigne aux personnes de la télé. Quitte à ne pas pouvoir faire marcher la raison, autant essayer les réflexes pavloviens.

3) UNE NOUVELLE DIRECTION ARTISTIQUE POUR BRITNEY, GAGA ET UNE NOUVELLE CARRIERE POUR MARIAH CAREY

C’est mon côté altruiste, c’est pas un cadeau pour moi, mais pour elles. Pitité faut faire quelque chose.

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Non mais franchement…

4) UN MEILLEUR CAST POUR LE ALL STARS 3 DE RUPAULS DRAG RACE

Bon… c’est un peu tard, mais honnêtement je comprends pas pourquoi on fait revenir Shangela une troisième fois. Ni cette méchante de Thorgy. Bref, je veux une annonce de dernière minute pour qu’on ramène d’autres queens qu’on a vraiment envie de voir.

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5) POUR CHAQUE DEPORTATION/EVACUATION FORCEE UNE PLAIE D’EGYPTE A L’ELYSEE (ça rime non?)

Quitte à être croyant, autant appliquer la méthode Dieu tout puissant. Sauf que là c’est pas pour forcer Macron à laisser partir les migrants mais l’inverse. Et qu’on en prenne soin!! (surtout quand le pays est responsable de la moitié des plaies modernes dans d’autres pays).

Sinon, un peu de dons pour le Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants (BAAM) ça peut faire l’affaire en attendant. Pour leur donner un peu de sous ou prêter main forte c’est par ici .

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6) UNE APP DE RENCONTRE QUI PERMETTE DE BALANCER TOUS LES PORCS DESSUS

Je trouve que l’affaire Weinstein et le #BalanceTonPorc est l’une des meilleures choses qui soit arrivée cette année. Bien fait pour tous ces connards et merci à toutes les femmes qui ont eu le courage de tout balancer.

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Ce que je voudrais c’est un truc similaire pour tous les mecs sur les app de rencontre qui se permettent d’avoir des comportements agressifs, discriminants, oppressants et j’en passe. Un label/sticker gros porc qui permette aux gens de savoir à qui on a à faire.

7) A DEFAUT, POUVOIR TRANSFORMER TOUS LES MECS QUI DISENT QUE J’AI UN ACCENT LATINO SEXY EN TACO.

Si coller un sticker grossophobe ou raciste à quelqu’un sur grindr ou hornet c’est pas sympa… dans ce cas là je souhaite que, dès que la personne balance un truc discriminant sur l’app, elle se transforme en taco et que je puisse la manger.

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8) PLUS DE PERSONNAGES LGBT+ DE COULEUR A LA TELE

Et pas qu’à la télé ! Dans le métro, dans le super marché, au cinéma, à la radio, dans les abri-bus, dans mon lit. Bref partout !

La question des droits LGBT+ n’est pas uniquement une question de mecs blancs cis!! et en 2018 je continuerai à enfoncer le clou là dessus. Les noir•e•s LGBT+ existent, les asiatiques LGBT+ existent, les latinX LGBT+ existent, etc. On n’ira nulle part.

 

 

 

9) PLUS DE BELLES RENCONTRES

Car oui cette année a été particulièrement riche en rencontres fabuleuses. Merci à toutes ces nouvelles personnes qui sont rentrées dans ma vie cette année et qui me font grandir encore et encore.

LOVE SUR VOUS !!

10) LA MORT DU CAPITALISME

Parce qu’il est temps.

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JOYEUX NON NOEL

#22 – 1er Décembre

Wesh,

Aujourd’hui nous sommes le 1er décembre 2017. C’est la 29ème journée mondiale de lutte contre le VIH et ça tombe bien car cela fait un long moment que j’ai envie d’écrire quelque chose sur le sujet.

J’ai longtemps réfléchi à ce que je voulais vous raconter… un article pédagogique sur le VIH et ses modes de transmission? un article sur les traitements et leurs effets secondaires et modes d’administration? un article pour balancer les sérophobes sur les app de rencontre? un article sur les politiques mises en place pour lutter contre le VIH? Un état des lieux des droits des séropositifs ?  Vous parler d’act up ? Vous parler de 120Bpm et les raisons qui ont fait que j’ai pas trop kiffé ce film? Ugh… il y a vraiment trop de choses à dire…

Finalement, je me suis dit que si je faisais cet article c’était surtout pour m’adresser à toutes les personnes qui vivent avec le VIH dans mon entourage. Et donc au lieu de vous parler de choses que vous maîtrisez peut être, j’ai  eu envie de me confier à vous. C’est aussi un moyen pour moi de laisser sortir pas mal d’émotions que j’ai sur le cœur depuis un moment.

J’écris cet article aujourd’hui, le cœur lourd, en pensant très fort à quelqu’un qui nous a quitté il y a quelques années. Quelqu’un que j’aurais aimé connaître davantage. Quelqu’un qui aurait pu être un repère pour moi en grandissant, si seulement il était né à la bonne époque et dans le bon pays.

Je vais vous parler de la première fois que j’ai été confronté au SIDA. C’était de manière indirecte il y a 12 ans environ. A cette époque, ma mère apprenait mon homosexualité, malgré moi, en tombant sur un joli mot écrit sur un bout de papier, d’un ex que je garde encore en souvenir, et qui me souhaitait joyeux anniversaire avec tout son amour. Cette soirée a été très dure, pour ne pas dire l’une des pires de mon existence. Je n’arriverai jamais à mettre des mots sur l’horrible mélange d’émotions et d’idées terrifiantes qui m’ont secoué ce soir là. Mais s’il y a bien une chose qui restera gravée dans ma mémoire ce seront ces mots de ma mère, très dépassée certainement elle aussi par ce qui se passait, et sans doute très effrayée par ce que la vie me réservait selon elle:

« Tu vas finir comme ton oncle »

Ce n’est que des années plus tard que j’ai compris ce que ma mère avait laissé entendre à ce moment là. Et seulement cette année, que j’en ai eu la confirmation: mon oncle, cet artiste que j’avais peu connu en grandissant, était décédé des années auparavant du SIDA.

De façon officieuse, puisque pour cacher une vérité à laquelle personne ne voulait se confronter ou assumer, toute la famille a préféré annoncer qu’il était mort d’une Cirrhose.

La maladie l’a emporté, il y a presque 20 ans, dans un pays en crise où l’homosexualité était, et reste encore, un tabou dans beaucoup de foyers. En l’emportant, elle a jeté un voile de honte sur une partie de la famille, qui aujourd’hui n’ose même plus parler de lui, ne serait ce que pour garder vivant le souvenir de la belle personne que c’était, ou du talent de peintre qu’il avait. La honte est encore si présente, que toutes les personnes qui le savent (elles sont très peu) préfèrent dire qu’il est mort de son alcoolisme que de son homosexualité. Aux grands maux les grands remèdes. Un mensonge pour effacer une tâche dans le beau tableau familial.

Plus aucune trace de Javier TAYUPO depuis qu’il nous a quittés, à part les quelques œuvres d’art restées dans la maison familiale, et deux ou trois photos perdues dans un album souvenirs. Mais aucune trace de son histoire ni de son combat.

J’ai donc voulu écrire quelque chose pour lui aussi. Pour exprimer la tristesse de savoir qu’il aurait pu vivre de façon plus épanouie s’il était né des années plus tard, pour exprimer la frustration de ne pas l’avoir su et connu d’avantage, et la colère de savoir que son histoire restera un secret pour tous ceux qui l’ont côtoyé de son vivant… Pour ne jamais oublier ce qu’il était. Les rares moments que j’ai passé avec lui en étant jeune et qui aujourd’hui, avec le recul, prennent toute une autre dimension, un autre sens. Ces moments où il m’apprenait à peindre des pokemons sur des morceaux de toile qu’il n’utilisait pas, et où ma grand mère venait lui poser des questions sur sa vie sentimentale auxquelles il ne répondait jamais. Ces fois où il me parlait de la capitale et des rencontres qu’il faisait à l’université et dans des soirées… cette fois où nous avons visité le louvre ensemble pour la première fois et qu’il pleurait d’émotion.

C’est ce genre de sensation où, bien des années plus tard, tu commences à assembler le puzzle et tu comprends mieux certains mots, certains gestes, certaines situations qui à 6, 7 ou 10 ans te dépassaient complètement. Je deviens lucide et je revois cette liberté qu’il avait conservé même en étant prisonnier de cette maladie.

Mais comme je le disais j’écris cet article aussi pour toutes les personnes atteintes du VIH dans mon entourage plus ou moins proche. Pour vous raconter tout ça et vous promettre de ne plus jamais avoir une pensée ou un comportement sérophobe envers qui que ce soit. Et de vous aimer, de vous soutenir, de vous écouter, de vous accompagner, de vous faire comprendre que vous êtes très importants pour moi, de vous faire rire autant que possible et surtout de lutter à côté de vous.

Je l’admets, mon rapport au VIH n’a pas toujours été celui d’aujourd’hui. Il y a 12 ans, et même si l’idée à mis du temps à s’installer, elle a germé, et a fait naître en moi aussi cette peur, je pense légitime, face à quelque chose qu’on ne connaît pas ou qu’on ne comprends pas très bien. Peur qui m’a fait devenir un connard de sérophobe à mon tour. Ce n’est que depuis quelques années que j’ai enfin pris le temps de m’éduquer sur ce qu’est le VIH, ce que sont les traitements aujourd’hui, et c’est en discutant avec des personnes concernées que j’ai appris ce que c’est que de vivre avec. La lourdeur des traitements, les effets secondaires, la colère de certains ou même la honte.

Encore cette honte.

Mais ce n’est pas à vous d’avoir honte. C’est à moi, c’est à tous ces mecs qui vous demandent ou vous ont demandé, sur les app ou en boîte, si vous êtes « CLEAN », à ces mecs qui vous refusent un rencard quand bien même vous êtes indétectables (je parle même pas du cul…), c’est à tous ces gens qui hésitent encore aujourd’hui à vous consacrer un crédit si vous avez le VIH, ou même vous donner un emploi, c’est à tous ces gens qui pensent qu’en vous serrant la main ils vont être contaminés, ouais ouais, encore en 2017, à ceux qui vous bloquent parce que vous avez le courage de déclarer votre état sérologique, à ceux qui vous privent de choix et vous empêchent d’être des êtres humains, bref… à toutes ces personnes qui font de la sérophobie et vous mettent encore plus en marge de ce que nous sommes.

Dans tous les cas, cette journée du 1er décembre est importante. Le VIH est toujours présent. Il n’y a toujours pas de vaccin miracle. Et même si on ne meurt plus du SIDA aujourd’hui comme il y a 20 ans, gardez en tête que vivre avec c’est possible mais peut être douloureux. Protégez vous, informez vous d’ailleurs sur tous les moyens possibles de prévention, ne vous fiez pas entièrement aux profils sur grindr qui prétendent d’être sous PREP. Dépistez vous souvent et surtout éduquez vous sur ces questions là.

Je vous aime.

Je l’aime.

Ruben Javier

#21 GAY AS PINK INK

Wesh mes petits flamants roses,

Aujourd’hui on va parler comm, relations publiques, géopolitique, capitalisme et rainbow flags, autrement dit, les principaux outils de cette arme redoutable qu’on appelle le « Pinkwashing » ici dans la matrix LGBT+.

De ce fait on va TOUT écrire en rose à partir de maintenant.

Non c’est horrible.

Alors, pour celles et ceux qui ne sont pas familier•e•s avec le terme, je vous vois venir, le pinkwashing ce n’est pas ce qui arrive quand tu oublies de mettre du Décolorstop dans ta machine à laver, et que ta chemise  blanche ressort toute tâchée de rose, parce que t’y as oublié aussi ton joli slip superman rouge, et que tu déprimes sévère comme le mec sur la photo parce que tes collègues de bureau vont te bolosser parce que maintenant t’es PD.

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LA LOOSE

En fait, on va voir que le pinkwashing c’est une technique ultra efficace, utilisée par des institutions ou groupes privés, dans le but de nous amadouer, nous draguer, et se faire attribuer le fameux label « Gay-Friendly », si gros et rose qu’il nous empêcherait presque de voir d’autres mesures politiques plus obscures, et beaucoup moins assumées.

Note : on ne parle pas ici du terme Pinkwashing utilisé pour sensibiliser au dépistage du cancer du sein !! Et qui était d’ailleurs utilisé en premier dans cet objectif. Faites vous dépister. Bisou.

I. LE PINK DOLLAR

Vous l’avez sans doute remarqué, on voit  de plus en plus de mecs homosexuels, queer, gender fluid (et quelques fois même des lesbiennes si si je vous jure), s’inviter dans les espaces publicitaires mainstream (à la télé, dans le métro, dans la presse, sur les réseaux sociaux,…).

Les copains et copines de Têtu ont d’ailleurs fait un très bon récap récemment des 15 pubs les plus LGBT friendly qui ont marqué les 30 dernières années (voir article ici).

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Bien que ces publicités soient, dans le fond, une bonne chose puisqu’elles tendent à « normaliser » le fait que des personnes LGBT+ font, elles aussi, partie de la société (et donc par conséquent… sont tout aussi capables de dépenser de la tune et de payer des impôts), elles sont également le résultat de longues années d’un travail mené efficacement par les institutions et gros groupes privés ou multinationales pour faire du branding, et donner à une marque en particulier un côté plus tolérant,  progressiste et bien veillant auprès des personnes LGBT+ et les autres. C’est le fameux Pinkwashing.

« Le terme de pinkwashing désigne principalement une technique de communication fondée sur la promotion de l’homosexualité par une entreprise ou par une entité politique pour essayer de modifier son image et sa réputation dans un sens progressiste, tolérant et ouvert. Cette stratégie de « relations publiques » s’inscrit dans l’arsenal des méthodes d’influence, de management des perceptions et de marketing des idées ou des marques. »

Evidemment, en 2017 et avec l’avancée du mouvement des droits pour les personnes LGBT+, c’est important que de grosses institutions montrent leur soutien à la cause. Mais attention aux sirènes et aux duperies les ami•e•s. Il n’est pas interdit d’interroger le statu quo, et c’est bien pour ça qu’on est là d’ailleurs.

A partir de là, on voit clairement apparaître trois problèmes. Le premier, est celui de cette fameuse « normalisation » de la communauté LGBT+ qui essaye de se mettre en place (inconsciemment ou pas), à travers ces nombreux spots publicitaires. En effet, en regardant un peu ces publicités on voit rapidement qu’une certaine norme a tendance à être représentée en majorité: les couples de mecs blancs cis de classe moyenne.

J’en ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog, notamment lorsque je parlais de la fameuse narration blanche du coming out, ou de l’homonormativité de façon plus générale. La voilà illustrée de la plus jolie des façons par la marque GAP:

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Les PD blancs ont été identifiés comme une cible potentielle par de gros groupes depuis les années 50 (car supposés ayant des revenus supérieurs et propices à dépenser leur tunes en teuf et autres conneries). Tout en essayant de nous vendre des t-shirts qui ont l’air très élastiques, ces mêmes groupes nous font avaler également un certain modèle de ce que l’homosexualité (pour ne citer qu’elle), est censée être ou comment elle doit être perçue pour qu’elle puisse être tolérée dans les espaces publicitaires. Je ne le dirai jamais assez, le problème des représentations est vraiment trop important aujourd’hui pour fermer les yeux là dessus. Où sont mes copines lesbiennes noires? Où sont mes potes trans ? Où sont mes copains et copines latinX? Où sont les personnes LGBT+ à mobilité réduite? Bref…. vous voyez où je veux en venir.

Le deuxième problème qu’on voit apparaître, de même que pour les grandes multinationales qui font du Greenwashing, est qu’en général, ces entreprises ou institutions qui font des identités LGBT+ leur fond de commerce, essayent en fait de se racheter une conscience tout en rachetant de nouveaux clients (des gays blancs cis mais aussi pas mal d’hétérosexuels), qui, eux mêmes, vont venir se racheter une conscience en dépensant quelques pink dollars au nom de la tolérance. Le tout évidemment, en faisant l’autruche sur des affaires pas franchement jojo. C’est le cas de marques comme Amazon par exemple, qui a sauté à deux pieds dans le gay wagon pour faire oublier le management brutal que subissent ses employés sans parler des accusations d’évasion fiscale. La liste de ces entreprises est très longue, on y retrouve Apple bien sûr, Google, Facebook, Starbucks, et même des banques comme la Barclays, l’une des banques les plus problématiques au U.K qui contribue avec EAB Systems, eux mêmes vendant des armes à des pays où des actes homophobes meurtriers sont commis régulièrement et en toute impunité.

Le troisième, est que le pinkwashing a pour conséquence d’isoler la question de la sexualité des notions de race, de classe, de genre etc. C’est un peu lié à la question de la normalisation, qui elle même ne cible qu’un certain groupe de gens. Là c’est pareil, en affichant des rainbow flags en soutien de la cause LGBT+, ces groupes ou institutions envoient un message biaisé : « les droits des LGBT+ avancent ». Or il faut être réaliste et se rendre compte que cette fameuse « égalité » à laquelle on veut arriver, ne se fait pas de la même façon pour tout le monde selon sa race son genre ou sa religion.

D’un côté nous avons donc un gros problème de représentations, où l’on arrive à invisibiliser certains corps et récits, puis d’un autre, ce sentiment d’être utilisés comme label pour occulter des activités auxquels on n’a franchement pas envie d’être assimilés. Bitch… not in my name.

Mais le concept va encore plus loin, car le Pinkwashing est surtout une idéologie politique. Accrochez vous, ça va devenir chiant.

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II. LE GAY KINGDOM TEL AVIV

Le terme Pinkwashing a été utilisé pour la première fois – dans le sens qu’on va développer par la suite – en 2010 par l’organisation QUIT (Queers Undermining Israeli Terrorism) pour dénoncer, et protester contre la volonté d’Israel (et des U.S.A) de redonner au pays une nouvelle image de marque rose dorée (comme l’iphone), mettant en avant la grande ouverture d’esprit et l’intégration exemplaire des homosexuels dans le territoire, tout en menant un véritable apartheid sur le peuple palestinien. Cette campagne a bien évidemment fait ses preuves puisque Tel Aviv, est devenue l’une des premières destinations pour le tourisme homosexuel en très très peu de temps (depuis 2010 environ), mais non sans des effets désastreux pour les vrais intérêts des communautés LGBT+ et sur les droits humains les plus basiques.

Tel Aviv est donc devenue en quelques années le paradis sur terre pour plein de PD hyper basic, qui vont s’éclater sur les plages en été pour le mois de la pride, faire des soirées hyper branchouilles avec des mecs ultra gaulés en slip moulant, faire plein de shopping dans des endroits qui leur sont bien réservés, tout en faisant comme si à côté les frères et soeurs palestiniens n’avaient pas eux et elles aussi envie profiter de ces « avancées » dans les mêmes conditions.

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« Putin qu’est ce qu’on est bien ma gueule sans ces Palestiniens »

Il y a une quinzaine d’années encore, Israel avec la Corée du Nord prenait la tête des pays qui ont la pire image au monde. Pays en guerre ultra religieux dans lequel personne ne voulait foutre les pieds, sauf pour faire des pèlerinages. Ambiance. Voilà qu’aujourd’hui on nous présente Tel Aviv et Jérusalem comme THE place to be pour vos prochaines vacances d’été (j’ai encore vu cette pub à la télé il y a deux jours).

Comment le pays a réussi à redorer son image et attirer autant de PD en si peu de temps? Grâce à ce fameux Pinkwashing bien évidemment. Dans un pays où les mouvements homosexuels n’étaient pas franchement démarrés, d’un coup on s’est retrouvés avec un gros nid de PDs apparus comme par magie… ou presque.

Le gouvernement de ce cher Netanyahou a en effet investi des millions de pink dollars pour son branding depuis le début des années 2000: en donnant plus de visibilité à des couples homosexuels et en investissant dans des festivals de films LGBT+ par exemple, en organisant des prides à Jerusalem et San Francisco, ou en faisant apparaître des centres commerciaux luxueux et des bars et lieux de rencontre pour les LGBT+ à toute vitesse, le tout accompagné par une promotion agressive online de Tel Aviv comme lieu de modernité et de vacances de rêve.

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Teuf 

Bref… ça a très bien marché, les gens ont mordu à la pomme d’or. D’un côté parce qu’il existe à Tel Aviv une grande communauté homosexuelle il faut le dire, pour qui bien entendu toutes ces démonstrations de progrès sont certes une bonne chose, mais aussi parce que les PD orientalistes, y ont trouvé une nouvelle forme de plaisir en remplaçant l’arabe devenu intimidant avec la montée de l’islamisme, par le mec Israélien rendu amical et attractif.

Mais, ce que cette couche de peinture rose essaye de cacher c’est que les droits LGBT+ en Israel et Tel Aviv ne sont pas vraiment en accord avec l’image que la ville renvoie. Encore 46% de la population pense que l’homosexualité est une abomination en Israel par exemple, et le pourcentage monte encore plus dans les communautés très religieuses. Le mariage pour les couples de même sexe n’est pas du tout d’actualité. Et surtout, le pays maintien un véritable système d’oppression sur les personnes LGBT+ palestiniennes.

En effet, la narrative du pinkwashing a Tel Aviv, avait besoin d’un ennemi désigné et identifié, qui n’est autre que le monde arabe islamiste et radical… Vous savez celui qui nous met en état d’urgence permanent. Netanyahou déclarait par exemple en 2011 que le moyen orient était « une région ou les femmes sont lapidées, les gays sont pendus et les chrétiens persécutés” rapporte Sarah Schulman pour le New York Times.

Ce discours, assure au gouvernement en place de mener sa politique d’apartheid en toute tranquillité, et surtout, avec le soutien assuré de l’occident qui y voit une forme de progrès et d’engagement à la défense des droits humains. Ce discours simpliste du pinkwashing est dangereux puisqu’il met en contraste deux raccourcis :

  • L’occident comme synonyme de progrès et de droits humains
  • Le moyen orient comme synonyme de barbarisme et d’islamisme.

Ces affirmations ne sont pas seulement dangereuses elles sont surtout archi fausses. En Palestine par exemple, nombreuses sont les associations LGBT+ de résistance et de lutte contre la politique colonialiste d’Israël, et qui luttent également pour faire avancer leurs droits dans leur propre pays, aussi difficile que ce soit.

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En contraste, nous voyons bien que l’occident n’est pas ce qu’on puisse appeler un modèle irréprochable de tolérance et de bienveillance.

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Attention les PD je vous vois vous et votre PMA pour faire des bébés citrouille

La narrative du pinkwashing, a donné naissance à ce que Jasbir  Puar qualifie de « Homonationalisme » en 2007:

« Expression utilisée pour désigner l’attitude ethnocentrique des homosexuels occidentaux qui cherchent à imposer leurs valeurs libérales à des pays jugés homophobes. »

En gros, ce sont tous ces pédés qui vont aller se rallier au front national, mais de façon générale à toutes les politiques d’extrême droite, sous prétexte qu’ils défendent les libertés et les valeurs républicaines dans d’autres pays où on les a pas sonnés. De toute évidence, c’est une façon sournoise et mesquine de justifier des conflits internationaux et l’emprise politique sur d’autres pays.

III. PINKWASHING ET MACARONS

Qu’en est il de la situation en France? Et ben c’est assez catastrophique. Au pays des droits humains et des macarons à 8 balles, un énorme nuage rose flotte sans cesse au dessus de nous comme pour masquer l’énorme shit-storm qu’on va se manger dans quelques années.

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Le mariage pour tous en France a été un progrès. Oui je maintiens que même si le mariage reste une institution hétéronormée, à laquelle on nous pousse à s’identifier et participer pour rentrer dans la norme, le fait d’avoir le choix de pouvoir se marier ou non, reste un progrès dans l’avancée de nos droits. Cela dit… quid de tout le reste? Doit-on rappeler que même le droit au mariage ne s’est pas obtenu dans le calme et la sérénité ? Qu’encore aujourd’hui quelques fanatiques de la manif pour tous essayent de se reconstituer pour donner du souffle à un mouvement profondément homophobe? Ceci bien sûr sans que le gouvernement n’émette ne serait-ce que le moindre mot pour désapprouver, à défaut d’interdire, ce genre de propagande.

Et que dire du gouvernement actuel? Cette bombe rose du mariage pour tous nous fait-elle oublier qu’au sein même du gouvernement on retrouve tout un tas de bonhommes ouvertement homophobes (coucou Darmanin, Philippe et Le Maire), qui ont carrément les clés de Matignon?

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La PMA annoncée pendant la campagne de la start up nation, qu’on nous fait miroiter depuis très longtemps d’ailleurs dans l’espoir qu’un jour nos copines lesbiennes puissent y avoir accès comme le font déjà les couples hétérosexuels, nous fait-elle oublier les nombreux discours homophobes et honteux qui prolifèrent sur les réseaux sociaux sur ce sujet, par ces mêmes personnes qui sont au pouvoir et doivent nous représenter ou par ces charlots de Charlie Hebdo?

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Le ralliement récent de la ville de Paris avec France Terre d’Asile pour deux logements permettant d’accueillir des réfugié•e•s LGBT+, permet-elle d’oublier la politique raciste anti immigration menée de front par la Macron-Machine ? Permet-elle de fermer les yeux sur le très faible nombre de réfugié•e•s LGBT tchétchènes reçu•e•s en France, et ce malgré les dénonciations internationales des fameux « camps de concentration » ouverts récemment? Permet-elle d’oublier la gestion des réfugié•e•s LGBT+ mineur•e•s qui se retrouvent à la rue ?

Et que dire de l’assujettissement à des attentes stéréotypées dont sont victimes les personnes trans en France par l’Etat? quand ces mêmes personnes sont souvent en situation de précarité, que l’accès aux soins leur est difficile, ou à l’éducation pour certaines, et qu’un simple changement de nom devient un parcours du combattant en leur supprimant tout libre arbitre.

Que dire enfin de cette ENORME blague de TPMP qui se prend un petit rainbow flag pour oublier tous les débordements homophobes transphobes sexistes etc qui nous ont été servis pendant cette dernière année??

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C’est au mieux, irrespectueux, au pire une vraie atteinte à nos identités.

Le Pinkwashing est présent partout aujourd’hui, il va main dans la main avec le capitalisme qui est sa meilleure copine. D’ailleurs si elles devaient prendre forme humaine ça donnerait surement un truc comme ça:

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Bref. Il y a beaucoup de travail à faire en matière de droits des personnes LGBT+. Le combat est loin d’être terminé. Et même si certaines multinationales ou des institutions veulent faire partie du mouvement et investir en notre faveur, il n’est pas interdit de remettre en question, voire de mordre carrément, la main qui nous sert cette bonne soupe à l’eau de rose de temps en temps.

Sur ce… je vais aller me faire un burger de PD:

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Links:

Pink Washing What Does it Mean?

Le marketing gay d’Israel

The Rise of Pride Marketing

A documentary guide to Pinkwashing

Le Pinkwashing, cache sexe de l’occupation

A tel aviv, la culture gay est devenue un outil marketing

#20 FUERA DEL ARMARIO

Wesh les petites boules de poussière au fond du placard,

Je suis tombé récemment sur un article de Archer Magazine qui a résonné énormément avec mon expérience de mec cis gay latinX. Je tenais à partager avec vous mes nouvelles réflexions sur le sujet.

L’article en question traite de la notion de « Coming-Out », et fait référence à une étude menée par Adrian Villicana et publiée en 2016, dans laquelle on apprend que le fait de faire son coming-out de façon verbale, autrement dit d’être en mesure de dire ouvertement à son entourage proche ou moins proche « je suis gay », n’a pas les mêmes conséquences positives que l’on peut espérer, en fonction du background culturel/ethnique de chacun. En l’occurence, l’étude a été réalisée auprès d’hommes latinX et des hommes blancs, pour tenter d’évaluer l’impact du coming-out verbal, sur le bien-être subjectif de la personne (sa capacité en gros à dire si sa vie lui paraît satisfaisante).

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Or, l’étude a révélé deux choses, que d’un côté les gays latinX, à l’inverse des mecs blancs, ne bénéficiaient pas spécialement d’une amélioration de leur bien-être après avoir fait un coming-out verbal, et que d’un autre côté ces derniers préféraient au contraire des formes de déclaration plus discrètes / implicites.

Ces informations m’ont un peu étonné, puis, en prenant du recul et en réfléchissant à mon propre parcours, je me suis rendu compte que je me trouvais exactement dans le cas de figure de la majorité des latinX qui ont répondu à cette enquête… A savoir que je n’ai jamais fait de coming-out verbal auprès de ma famille Vénézuélienne (parents, cousines, frangins, encore moins grandes mères), mais cela n’empêche pas que beaucoup de gens le savent sans qu’il n’y ait forcément des échanges sur le sujet… et je ne m’en sens pas malheureux pour autant, au contraire c’est une situation qui me convient parfaitement.

Baby gay Jesus (Britney) sait à quel point je suis un grand défenseur du coming-out et des bien faits sur le développement personnel…J’avais même fait un article dessus sur ce blog.

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Mais après mes dernières lectures, je suis obligé de m’interroger sur ce phénomène: ne suis je pas moi même assujetti à la narrative du coming-out blanche qui nous impose, bon gré mal gré, un certain mode de fonctionnement voire une sorte d’identité gay universelle?

Comment se fait il par ailleurs, que dans un monde où le « Coming-out » est supposé être une libération voire dans certains cas un rite obligatoire pour avoir accès à une vie plus authentique, ce dernier ne soit pas perçu de la même façon par tout le monde? Encore pire, à qui bénéficie vraiment le coming-out?

Enfin, quelles sont les alternatives s’il y en a?

I. La narrative très blanche du Coming Out

Alors déjà qu’est ce que le coming-out en vrai? traditionnellement, ce dernier fait référence à cette déclaration verbale à partir de laquelle le sujet décide d’affirmer son identité. « Je suis gay » ou « je suis lesbienne » ou « je suis gender fluid », etc etc, sont des exemples de ce qu’on considère comme étant le fameux coming-out. Le moment où on décide de sortir de l’armoire pour se dévoiler tel qu’on est au reste de la société.

La question que pose l’article d’Archer magazine c’est…. vers quel monde précisément se libre-t-on lorsqu’on fait son coming-out? Dans l’idéal, faire son coming-out devrait nous permettre d’avoir accès à des espaces bienveillants où toutes les identités sont reconnues, valides, où il n’y a pas des rapports de force et où on peut s’exprimer librement… un monde plein de rainbow flags et de licornes…

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Or, si vous suivez un peu ce que j’écris dans ce blog, vous savez pertinemment que dans la réalité ça ne se passe pas tout à fait comme ça… les agressions racistes, sexistes, transphobes et j’en passe, sont monnaie courante au sein de cette communauté… au point où certains pourraient se demander à quoi bon ? A quoi ça sert de faire son coming-out lorsqu’on ne fait pas partie ou qu’on ne se reconnaît pas dans un groupe dominant?

Ce qu’il faut avoir en tête par ailleurs c’est que les données récoltées par les chercheurs qui mettent en évidence les bien faits du coming-out, comme le rappelle Villanca dans son étude, ont été obtenues à partir d’enquêtes réalisées quasi exclusivement sur des hommes blancs… comment prétendre alors que ces données puissent être reproduites et/ou applicables à d’autres groupes culturels et ethniques?

Et il est vrai que le concept du coming-out, tel qu’il est représenté massivement, reste majoritairement blanc et nous dicte d’une certaine façon un mode d’emploi qui devrait s’appliquer à tous, ou qui devrait au moins avoir les mêmes effets positifs. Il suffit de faire un tour sur youtube et de taper  « How to do a coming-out » et voilà ce que vous obtenez:

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Coucou c’est nous les gays de youtube
Vous trouvez rien de choquant? OK c’est un exemple et il me semble que dans les propositions il doit avoir une vidéo ou des POC (people of color) sont mises en avant… mais tout de même !!

La narrative du coming-out, qui existe en réalité pour défier un modèle hétéronormé cis genre, ne prend pas en compte malheureusement la question de la race, de la culture, de la classe, etc. C’est en cela qu’on dit qu’elle est très blanche.

En général elle nous dicte un modèle à suivre qui est le suivant:

  • Choisir le bon moment (car oui il est important de se sentir prêt à le faire, mais à aucun moment on ne vous laisse le choix de le faire ou pas, il faut le faire)
  • Choisir quelqu’un de confiance pour commencer (n’allez pas raconter ça à votre boulangère sauf si elle vous connaît très très très bien)
  • Bien le planifier (car ouais on sait tous que ça se passe exactement comme on le prévoit dans sa tête, c’est valable pour toutes les décisions dans votre vie)
  • Le dire (étape cruciale, il faut que le coming out soit verbal, sinon ça marche pas)

En général la directive finit toujours par dire « il n’y a rien de plus courageux et de sain que de faire son coming out, et ne vous inquiétez pas si ça prend du temps mais on finit toujours par l’accepter et vous n’êtes pas tout seul ».

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Faire son coming-out lorsqu’on fait déjà partie d’une minorité ethnique, nous force à dévoiler notre identité sexuelle et/ou de genre (minoritaire elle aussi), dans un monde dominé entièrement par les blancs, et qui ne tient pas (ou peu) compte de nos narrations personnelles et culturelles. Cela nous met dans une position doublement inconfortable puisqu’on se retrouve avec une double peur de rejet: par sa communauté ethnique et par la communauté LGBT dominante blanche. Ainsi, pour certaines personnes, ne pas faire de coming-out comme on l’entend, serait une opportunité de connecter avec son identité sexuelle/genre mais en prenant en compte également son identité ethnique. Je connais d’ailleurs pas mal de latinX plus âgés qui vivent très bien leur vie en cachant aux autres leur sexualité. Mais qui doivent tout de même vivre avec la pression qui les pousse à se dévoiler.

L’article d’Archer Magazine ainsi que l’étude de Villanca, montre que les mecs latinX, préfèrent dans la plupart des cas faire des coming-out plus implicites. Cela va de ramener son mec à la maison familiale pour le week-end en disant qu’il s’agit d’un simple pote (alors que vous dormez dans le même lit à poil), à vivre avec son mec pendant des années dans le même apt en affirmant qu’il s’agit d’un simple coloc (alors que vous dormez dans le même lit à poil). Le coming-out se fait de façon tacite et il n’y a pas de discussion qui s’engage derrière. Et pour être passé par ces cas de figure là, c’est très bien comme ça.

Agir de la sorte permet surtout de garder un lien fort avec son background culturel et ethnique, la peur du rejet dans les communautés latinX est si forte que certaines personnes préfèrent ne pas faire l’étalage de leur vie sexuelle dans leurs familles ou leurs amis d’enfance (c’est mon cas), au risque de se sentir dérobé d’une partie de soi. Villanca indique dans son étude que pour une personne blanche, le conflit identitaire ne se fait pas dans ce sens car ils/elles associent plus directement et plus facilement leur sexualité et leur genre à leur identité globale, c’est à dire qu’il n’y a pas de conflit entre ça et leur culture. Pour un latinX, ou une minorité ethnique, c’est plus compliqué car on n’a pas spécialement de modèle ni de représentation de l’homosexualité ou des identités de genre qui ne soient pas blanches, sauf exceptions.

II. Identité gay universelle vs identité ethnique

Des chercheurs comme Deborah Chirrey ou Esther Saxey, s’accordent à dire que le coming-out est de plus un acte politique, qui vise à créer une identité gay. Mais quelle identité au juste est-on en train de créer? comme rappelé dans le dernier article sur ce blog, le mouvement queer par exemple, qui vise à déconstruire le système hétéronormé et qui ne se reconnaît pas dans l’homonormativité, est né car dès les années 70-80, les mouvements LGBT et féministes étaient majoritairement dominés et représentés par des blancs et des blanches de classe moyenne…

Et encore une fois, faites le test et tapez gay sur votre barre de recherche images google…

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coucou c’est nous les gays de google
Il y a un noir et éventuellement deux types latino.

C’est ce problème de représentation, qui pousse certaines personnes à considérer que si le coming-out est en soi un acte politique, ne pas le faire constitue également une sorte de protestation contre cette identité universelle imposée très homonormative et l’impérialisme blanc.

Ainsi, certains membres du Parti des Indigènes de la République par exemple vont même jusqu’à dire que si le coming-out est aussi encouragé par le groupe blanc dominant, au point d’en féliciter les personnes qui le font (du moins de la façon dont il est convenu qu’il doit se faire), c’est bien sûr pour des questions racistes mais également homophobes. L’extrait du livre Les Blancs, les Juifs, et nous par Houria Bouteldja, la porte parole du Parti des Indigènes de la République ci dessous illustre bien ce propos:

«Il faut arrêter de se raconter des histoires. Les Blancs, lorsqu’ils se réjouissent du coming out du mâle indigène, c’est à la fois par homophobie et par racisme. Comme chacun sait, « la tarlouze » n’est pas tout à fait « un homme », ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme. Et ça c’est bien. C’est même vachement bien. Et puis, c’est tellement rassurant. Il va sans dire que le message sera capté cinq sur cinq de l’autre côté du périphérique aussi, on ne s’étonnera pas de la compétition viriliste et homophobe qui s’installera dans le camp d’en face et qui prendra un plaisir vicieux à surjouer une sexualité fabriquée par le regard colonial dans cette guerre sournoise que se livrent des forces antagonistes et irréductibles.»

Houria Bouteldja écrivait également en 2013 au sujet du mariage gay:

« L’enjeu est donc bien de convaincre des non-Blancs qu’ils doivent s’identifier comme homosexuels. C’est un choix qui s’inscrit dans le militantisme homosexuel hégémonique : c’est le choix entre la fierté et la honte, le placard ou le coming out. 

S’identifier comme homosexuels sous entend ici faire son coming-out. Nous serions poussés par le mouvement blanc à s’identifier à défaut de se voir condamnés à vivre dans le déni la honte et être tout simplement malheureux… mais s’agit-il vraiment des seuls choix de vie? Et ne pas le faire pour lutter contre l’impérialisme blanc comme le laisse entendre le PIR est ce vraiment l’alternative à suivre?

L’analyse de Bouteldja est tout à fait discutable, mais il n’empêche que cela fait réfléchir aux mécanismes qui sont mis en jeu autour de la question du coming-out par la classe dominante. Par exemple, comment trouver ça normal que dans un pays blanc on parle plus librement de coming-out alors que dans la plupart de pays colonisés le terme n’existe même pas. Comment justifier que dans un pays comme la France, on considère que des pays arabes ou latino soient extrêmement homophobes, si ce n’est pour renforcer une mécanique raciste en pointant du doigt des torts qu’ils ont eux mêmes créés en colonisant les gens ET leurs sexualités.  Comment trouver ça cohérent qu’un blanc puisse décider de ce qui est bien pour toi alors qu’il ne sait rien sur ta culture tes luttes tes intérêts… en gros, qu’il vienne te sauver de tes origines désignées machistes homophobes et j’en passe.

III. Alternatives

Pour moi il est évident que m’assumer en tant que gay queer au sein de mes potes que je considère comme ma deuxième très grande famille, m’a permis d’évoluer dans un espace safe, de découvrir ma sexualité en me sentant libre, et d’effacer pas mal de peurs et d’inquiétudes que j’ai pu avoir en étant jeune. Mais assumer ma sexualité ne s’est pas fait selon le schéma classique qu’on peut avoir sur Youtube. Autour de moi, beaucoup de gens l’ont appris par des formes très variées mais seules quelques personnes que je peux compter sur les doigts d’une main m’ont entendu affirmer « je suis gay » à l’oral, et cela ne s’est jamais passé au cours d’une émouvante discussion pleine de larmes comme on peut voir dans les médias.

My point is, qu’il est tout à fait possible d’avoir une vie épanouie sans forcément adhérer au modèle du coming-out qui est largement représenté. En tant que latinX notamment, je tiens énormément à respecter mes racines, mes traditions, ma bouffe, mes grand mères, et toutes ces choses qui m’ont inspiré et formé en grandissant, et ma sexualité est quelque chose qui n’a pas spécialement à se mêler de tout ça. Au final c’est une question très personnelle qui n’a pas besoin d’être dictée par des modèles établis.

Cependant, il est tout de même intéressant je trouve de questionner la narrative blanche du coming-out dans laquelle on peut ne pas tous se reconnaître, et analyser les mécanismes qui sont mis en jeu. Evidemment, il me paraît tout aussi pertinent de questionner des directives anti-racistes comme celle du PIR qui dans le même temps visent à dicter un autre mode de fonctionnement.

Le combat pour moi ne se situe pas dans le fait de crier « je suis gay » sur tous les toits comme on peut l’imaginer, mais bien de démanteler ce système hétéronormé et post-colonialiste qui nous bouffe tous en tant qu’être humains, hétéro ou pd confondus. Et ça passe bien évidemment par donner plus de visibilité aux LGBT+ de couleur, qui font partie et qui ont lancé le mouvement pour l’égalité, et admettre que le modèle dominant, s’il est bien, n’est pas le seul et unique modèle acceptable. Nous avons tous aimé les coming out d’Ellen, de Neil Patrick Junior, de Ellen Page et j’en passe… mais on a aussi envie de voir d’autres histoires de personnes de couleur et qui ne collent pas spécialement à ces déclarations qu’on voit dans les séries et dans les films… on a envie de voir plus de gens authentiques vivre leurs vérités.

On finira cet article par une photo de Ricky Martin car c’est le seul pd latinX que je connais… vu voyez à quel point c’est problématique??

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Et aussi par une photo d’arepas parce que fuck thats delicious:

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Liens utiles:

Verbal Disclosure Of Gay Identity May Improve Well-Being For White Men, But What About Latino Men?

Research: Saying ‘I’m gay’ doesn’t boost well-being equally for gay men of every ethnicity

Coming out of a white queer world – Dismantling the myth of the global LGBTQI community

«Les indigènes de la république sont nos amiEs», par Thierry Schaffauser

Universalisme gay, homoracialisme et « mariage pour tous »

The Coming-Out Speech Act: It’s OK, Jodie, Saying ‘I’m Gay’ Is Optional

 

 

 

#19 QUEERTY – EDIT

Wesh mes petites icônes queer,

Aujourd’hui on va parler queer. Queer queer queer queer, queer queer, queer queer queer queer. Queer queer queer, queer queer, queer queer queer queer ! LOLILOL

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Non en vrai, je me suis rendu compte que dans mon entourage, beaucoup de gens ne savaient pas ce qui se cachait derrière le Q de LGBTQ+. Je me suis donc dit que j’allais écrire un petit post pour l’expliquer en me disant que ça ne prendrait pas trop de temps… ERREUR ! Me voilà perdu sur les internets à lire plein d’articles de pédés, de goudous, de queer véner, de chercheurs et chercheuses, de profs, de théoriciens, de journalistes, qui expliquent que le queer c’est pas uniquement un truc mignon du type « ouais soyez ce que vous voulez et fier de vous »…

… En fait c’est ça mais c’est aussi et surtout un mouvement politique et un courant de pensée militant qui vise à déconstruire le statu quo hétéro et homonormé dans lequel on vit (j’avais déjà parlé de ces deux sujets ici). Dingue non? Mais totalement en rapport avec ce qu’on raconte sur ce blog donc.

Sans plus attendre un récap de mes recherches.

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I. LA NAISSANCE DU QUEER

Non. Je ne vous montrerai pas des photos de moi bébé si c’est ça que vous attendiez par ce titre.

En allant faire un tour sur le dictionnaire étymologique Etymonline, on s’aperçoit que le terme (qui est en anglais je ne vous apprend rien je pense), peut se traduire à la base comme synonyme d’étrange, de particulier, ou excentrique. Il est utilisé au sens d' »homosexuel » en 1922 pour la première fois, puis en 35 il apparaît en tant que nom à proprement parler. Le mot queer est donc utilisé à cette époque, et ça reste le cas aujourd’hui, comme une insulte à l’instar de son joli cousin français: « pédé ». Certaines personnes le considèrent, de même que pour le « N word » en anglais pour les noir(e)s, comme un terme interdit dans la bouche des hétérosexuels (on ne va pas rentrer dans le débat ici c’est pas le but).

De plus le terme Queer, est tout en opposition au terme « straight » (encore de l’anglais), qui veut dire « droit », mais qui est utilisé également pour désigner une personne hétérosexuelle.

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Du coup, beaucoup de gens pensent (et pas forcément à tort) que le terme Queer est utilisé uniquement pour désigner un homme homosexuel. On va voir dans la suite de cet article qu’en fait c’est pas tout à fait ça.

Nota: il faut garder à l’esprit que le mot Queer n’a pas vraiment de traduction littérale en français. Insulte anglo-saxonne au départ, il est difficile de trouver un équivalent en français qui lui corresponde stricto sensu.

II.THEORIE QUEER ET MILITANTISME

On a vu que le terme Queer, à la base, est une insulte. Mais comme on n’aime pas se laisser faire, on essaye de se réapproprier ce terme pour en faire une source d’Empowerment (même principe que le triangle rose utilisé par les nazis par exemple). Il n’est donc pas surprenant voir le mot utilisé dans les milieux militants, comme un symbole d' »identité » et d’intégration. C’est bien pour ça d’ailleurs qu’il fait partie du sigle LGBTQ+ (on parlera peut être des controverses et des limites de ce sigle dans un autre post).

Et c’est justement dans les milieux militants que le terme a commencé à prendre de l’ampleur dans les années 70-80. En effet, aux USA, pendant ce qu’on appelle la troisième vague du mouvement féministe, des groupes de femmes (cis/trans), composés de chicanas (latinas/mexicaines), de femmes noires, de chômeuses, qui ont été mises de côté par les femmes blanches dans les mouvements féministes, mais aussi par les mouvements gays, majoritairement dominés par des mecs blancs, se sont auto-proclamées « Queers ». Ceci dans le but de contrer le féminisme bourgeois et radical blanc, ainsi que les luttes homosexuelles dans lesquelles elles n’étaient pas reconnues, voire, qui les attaquaient férocement.

Viennent ensuite les années 90, et c’est au tour des militants de Queer Nation (organisation activiste fondée par des membres d’Act Up NY) de s’approprier le terme, en envahissant les lieux de la ville de New York en hurlant le fameux slogan:

« We’re here, we’re Queer, get used to it »

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« Dykes and Fags bash back » – Mouvement mené par Queer Nation en 1990

Le but des militants de Queer Nation, était comme le rappelle Stéphane Lavignotte sur le site des Panthères Roses:

« Accuser le mouvement gay de  » libération  » et d’égalité des droits de s’enfermer dans une  » identité gay  » intégrée dans l’hétéronorme, à son tour normalisante, stigmatisant ses propres anormaux: transgenres, folles, prostituées… »

C’est à dire, que tout ce qui était considéré comme hors norme, et qui  ne collait pas au modèle hétérosexuel et/ou homosexuel idéal (entendre par là: couple de mecs cis blancs de classe moyenne dans une relation stable exclusive avec un pavillon en banlieue et des pulls sur les épaules et des mocassins aux pieds, l’enfer quoi), était ostracisé à l’intérieur même de la communauté LGBT+.

Spoiler alert: c’est encore le cas aujourd’hui.

Mais du coup, tous ces « marginaux » avaient enfin un vrai mouvement dans lequel ils pouvaient s’identifier. Par la suite, toujours dans les années 90, des auteures comme Judith Butler ou Teresa de Lauretis vont s’attaquer à ce courant de pensée, et vont développer un peu plus ce qu’on appelle aujourd’hui la « Théorie Queer ».

Comme l’écrit le chercheur Samuel Minne, le Queer:

« Par opposition à une optique identitaire et assimilationniste, rejette les catégorisations sexuelles, l’opposition «hétérosexuel/homosexuel», l’exclusion des autres minorités sexuelles. Le terme «queer» est ainsi un terme parapluie qui regroupe toute personne, toute pratique transgressant les classification en vigueur, les représentations traditionnelles, les normes sexuelles. Les transsexuel(le)s, les travesti(e)s hétérosexuel(le)s, les bisexuel(le)s, les sadomasochistes, sont autant pris en compte que les lesbiennes et les gays »

La théorie vise donc à déconstruire tout simplement les normes admises par la société, et à interroger les mécanismes de domination qui sont mis en place (sexistes, homophobes, raciaux, etc). Ainsi, toute personne ne se retrouvant pas dans ce système et qui de part ses engagements et sa vie quotidienne lutte pour le déconstuire, est tout à fait légitime de s’identifier comme une personne Queer. Peu importe le genre ou la sexualité.

Vous avez entendu les copains hétéro sado-maso échangistes et polyamoureux? vous aussi vous pouvez faire partie de la teuf ouaaais !**

** Cette phrase, peut faire grincer des dents pour plusieurs raisons. Beaucoup de pédés ou gouines refusent catégoriquement que des hétérosexuels par exemple puissent se proclamer comme faisant partie du mouvement. Ce que j’entends complètement et je partage dans une certaine mesure. Mais ce qu’il faut comprendre ici c’est que le Queer, ou l’identité pour ceux qui l’appellent comme ça Queer, n’est pas exclusivement liée à la sexualité. En admettant par ailleurs qu’il qu’il existe des hétérosexualités marginales et minoritaires, tout comme il existe aussi des homosexualités majoritaires (coucou homonormativité), il devient tout à fait envisageable d’imaginer que certaines personnes hétérosexuelles marginalisées s’identifient comme queer, non pas pour des questions de mode ou pour la jouer cool, mais pour des questions de représentation et d’engagement politique. Alors oui, évidemment, ça pose la question de l’appropriation dont j’ai déjà discuté sur ce blog. Peut-on vraiment se revendiquer queer lorsqu’on ne subit pas les discriminations que le reste de la communauté LGBT+ et qu’on fait partie de la classe dominante?…. sachant que l’ensemble des LGBT+ ne sont pas TOUS soumis aux mêmes formes de discriminations… la question est mal posée. Mais je pense qu’individuellement, chacun est assez grand pour savoir comment se définir et pour quelles raisons. Si le modèle hétéronormé ne convient pas, et qu’on contribue à le démanteler… pourquoi pas queer?

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Ce qui est d’autant plus intéressant avec la théorie Queer, c’est que celle-ci dissocie entièrement les notions de genre et de sexe. Par exemple, quand vous dites d’une personne qu’elle est gay ou lesbienne, vous identifiez tout de suite dans vos têtes qu’il s’agit d’un homme, ou d’une femme, qui ont des relations sexuelles avec des personnes du même genre. Alors qu’en utilisant le terme queer, vous effacez complètement la notion de genre et de sexualité. Raison de plus pour admettre qu’on puisse être queer selon ses actions et engagements politiques plus que par des questions de genre ou d’orientation sexuelle.

III. CULTURE QUEER

Alors bien sûr, de nombreux espaces sont créés pour que la culture Queer puisse se développer. Mais qu’est ce que la culture Queer me direz vous? Les organisateurs du festival Loud & Proud qui a eu lieu à Paris cette année pour la deuxième fois (et dont l’affiche illustre cet article), définissent la culture Queer comme suit:

« Des œuvres et des discours, drôles, puissants et beaux qui interrogent ces normes et ces rapports de domination. Des productions porteuses de valeurs progressistes et émancipatrices qu’il est urgent d’entendre et de défendre à l’heure où les principes d’égalité et de fraternité sont largement mis à mal. »

Des artistes comme Big Freedia, Mykki Blanco, Big Dipper, le street art de Jeremy Novi, des réalisateurs comme Maxime Donzel, les artivistes Daniel Arzola, Gabriel Garcia Roman, ou même le milieu clubbing avec les fameuses soirées House Of Moda menées par le duo Crame & Reno sur Paris et autres contrées lointaines, sont tout autant d’espaces qui permettent à la Queer culture, et donc aux identités de se développer, de contribuer à la lutte contre les dominations dans l’expression de quelque chose de beau et spectaculaire.

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Famous Kia Labeija pour la série de portraits Queer Icons de Gabriel Garcia Roman

Car au final, plus qu’une identité, le Queer c’est aussi et surtout une zone, un espace où des comportements subversifs et des discours anti assimilationnistes, anti normatifs peuvent s’exprimer librement. S’identifier comme Queer, c’est en fait faire partie de cet espace (ou ces espaces), et résister aux figures imposées comme étant des standards dominants.

On finira cet article par cette citation de Sam Bourcier dans Q comme Queer:

« Nous sommes différents donc nous voulons vivre différemment, et inventer de nouvelles formes culturelles et sociales ».

Ainsi qu’un extrait du Queer Nation Manifesto, manifeste distribué en 1990 par des personnes marchant aux côtés du contingent d’Act Up à la Gay Pride de New York.

« Etre queer signifie mener une vie différente. Il ne s’agit pas de la tendance dominante, de profit sur la marge, de patriotisme, de patriarcat ou d’être assimiléE. Il ne s’agit pas de PDG, de privilèges ou d’élitisme mais d’être dans les marges, de se définir, il s’agit de niquer son genre, de secrets, de ce qui est sous la ceinture et tout au fond du coeur; il s’agit de la nuit.

Etre queer émane de la base parce que nous savons que chacunE de nous, chaque corps, chaque chatte, chaque coeur et cul et bite est un monde de plaisir qui attend d’être exploré. ChacunE de nous est un monde d’infinies possibilités. Nous sommes une armée parce que nous devons l’être.

Nous sommes une armée car nous sommes puissantEs. (Nous avons tant de choses pour lesquelles nous devons nous battre; nous sommes la plus précieuse de toutes les espèces en danger). Et nous sommes une armée d’amantEs parce que c’est nous qui savons ce qu’est l’amour. »

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Links

Difference between gay & queer

Being Queer Means…

Whats the difference between Lesbian & Queer

Whats Queer – By Arnaud Alessandrin

5 Things to know about the Q in LGBTQ

Le Mouvement Queer – des sexualités mutantes? – Pascale Macary

Théorie Queer – Wiki

#18 RENCONTRES DU TROISIEME GENRE

Wesh mes petites Fridas Kahlo,

Je me suis encore perdu sur internet et voilà que j’ai encore appris l’existence d’un truc trop beau que je veux partager avec vous.

Je reviens un peu aux fondements de ce blog qui étaient, non pas de râler sur des sujets qui me donnent de l’urticaire, mais de partager un peu de culture queer LGBT+ auprès de mes proches, surtout hétéro car je sais qu’ils adorent ça :).

Aujourd’hui on va parler du genre, le RE-définir, et voir qu’il existe tout un prisme d’identités possibles et valides entre l’éternel fille vs garçon. On va faire un tour en Amérique du nord chez nos amis les Muxes et, si on a le temps, on fera un petit tour du monde express d’autres communautés, où la notion de genre est beaucoup plus comprise qu’ici en France, et où un troisième genre est accepté socialement, voire légalement.

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I. Mais genre c’est quoi le genre?

J’avais déjà fait un post fut un temps où je voulais expliquer aux copains la notion de genre, de transgendérisme, transexualité, etc. Je vous remets le lien ici. Ca vaut ce que ça vaut, et ça mérite certainement des précisions.

Pour ceux qui ont la flemme de lire, on va se contenter de rappeler que si « Le sexe est biologique, le genre est social. »

Ce qu’il faut entendre par là, c’est que tous les stéréotypes qu’on assigne aux sexes biologiques (assignés à la naissance selon l’expression de vos attributs sexuels), relèvent d’une construction sociale. Les stéréotypes sont ces idées, implicitement véhiculées par la société, de ce qui est attendu d’un homme et d’une femme (un homme est censé être robuste, responsable, logique et aventurier, tandis qu’une femme sera douce, sensible, pleurnicheuse ou sentimentale). Vous êtes bien éduqués et donc pas sans savoir que ces mêmes stéréotypes, ont des conséquences désastreuses dans la construction d’un enfant, et dans sa vie d’adulte. Et ils expliquent en partie l’importante domination des hommes sur les femmes dans à peu près TOUS les domaines.

Une fois qu’on a compris cela, il paraît beaucoup plus simple de s’en affranchir sans être jugé anormal.

Sauf si vous faites partie de ces gens là (on ne citera pas de nom) qui pensent que maintenir le patriarcat c’est cool et trop stylé. Auquel cas, qu’est ce que vous faites sur ce blog??

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Enfin, il faut noter la différence entre identité de genre et l’expression du genre, l’un étant la façon dont vous vous identifiez: est ce que vous êtes plutôt un homme ou une femme, et l’autre est la façon dont vous l’exprimez. Les deux pouvant être dissociés bien évidemment. (ex: un mec « biologique » qui s’identifie comme un mec (cisgenre) mais qui aime porter des jupes au quotidien par exemple et se maquiller, pourrait avoir une expression de genre féminine puisque la jupe est considérée comme un vêtement féminin et que les garçons ont pas le droit de se maquiller). Bon c’est très caricaturé mais vous voyez l’idée.

II. Le cul entre deux genres

Donc, socialement il est admis qu’il existe en fait deux genres, masculin et féminin. Un zizi une zezette ou chacun dans son rôle. Sauf qu’en fait on a vu précédemment, qu’étant une construction sociale, et bien on peut remettre en question toute cette organisation autour du mâle dominant et commencer à envisager que ouais, une nana ça peut avoir un côté masculin, et ouais, un mec aussi peut avoir un côté féminin. Et… c’est très bien comme ça.

Dans la tête de certains c’est encore un peu compliqué n’est ce pas… et bien ça ne risque pas de s’arranger avec ce que je vais vous raconter.

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Que faire en effet lorsqu’une personne ne s’identifie ni à l’un ni à l’autre? ou qu’elle s’identifie à 50-50 entre les deux? Que se passe-t-il si biologiquement cette personne n’est en plus ni femme ni homme? Si en fait le sexe n’est ni homme ni femme ?? OH MON DIEU !!! EST CE QUE C’EST POSSIBLE ? ON VA TOUS MOURIR ?!

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Du calme. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il existe en réalité, une multitude incroyable de genres et d’expressions du genre, comme il existe autant de personnalités diverses et variées et presqu’autant de schémas et diagrammes qui trainent sur internet pour les représenter. Saviez vous par exemple que Facebook permet aujourd’hui de choisir son genre dans une liste composée de pas moins de 52 propositions ?? (j’ai appris ça en rédigeant cet article).

Parmi ces propositions on retrouve les termes de transgenre, transexuel, cisgenre, mais aussi genderfluid, genderqueer, agenre, pangenre, non binaire, et même two spirits, terme un peu chapeau qui englobe toutes les variantes de genre dans les communautés amérindiennes.

Ci dessous, un ourson mignon (JPP) pour illustrer ce qu’on vient d’apprendre qui vient du word press Justice for Sisters.

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On voit bien que l’identité de genre, l’orientation sexuelle, le sexe et l’expression du genre, sont des choses qui peuvent être tout à fait dissociées 🙂 et que oui, il en existe de toutes sortes !!

III. MUCHO MACHO MUXES

Bon… vous imaginez bien que dans la société dans laquelle on vit, avoir une expression ou une identité de genre différente de son genre « biologique », c’est encore très très très très très incompris, mal vu et peu toléré. Ouais en France aussi.

Par contre, il existe dans le monde des communautés où la notion de troisième genre est beaucoup plus acceptée (et tant mieux).

C’est le cas de Juchitan à Oaxaca, dans le sud du Mexique, où les Muxes vivent, travaillent et peuvent exprimer leur identité de genre librement.

Le terme Muxe, vient du dialecte Zapotèque (civilisation amérindienne pré colombienne de Oaxaca), qui signifie à la fois efféminé et peur. Il est utilisé par les non muxe pour désigner un homme (désigné comme tel à la naissance) homosexuel, qui sort en général avec des hommes « hétérosexuels » (ou se définissant comme tel), et qui exprime son genre à travers des vêtements typiquement féminins. Point culture, dans le dialecte zapothèque, les notions de lui ou elle n’existent pas, ces termes de langage ont été introduits par qui? les colons. Cimer.

 

Je vous invite à regarder le travail de Nicola Okin Frioli via le lien suivant pour admirer toute la beauté de ces personnes à travers des superbes photographies. Ainsi que le tout petit documentaire de Ivan Olita, qui est magnifique et m’a fait connaître cette communauté.

Alors c’est difficile de rattacher les Muxes aux mouvements trans occidentaux, voire, à la communauté LGBT+, tellement leurs traditions et coutumes sont locales, et ancrées dans un passé « indigène ». Mais elles restent néanmoins un super bel exemple que la binarité du genre est en fait séparée par un énorme spectre, et nous amène à nous questionner sur nos propres définitions: La majorité de personnes muxes vivent leurs vies comme des femmes (assumant entièrement le rôle social construit pour le genre féminin), mais ne s’identifient pas comme telles pour autant. Elles sont MUXES point.

Les muxes, font partie intégrante de la vie à Juchitan, que ce soit au quotidien où elles exercent leurs professions librement mêlées aux autres femmes cis genre (en tant qu’infirmières, enseignantes, couturières, etc), ou lors de nombreux événements festifs de la région où elles sont bienvenues et très appréciées. En fait, les notions de genre sont tellement différentes à Juchitan, que vue de l’extérieur la région est considérée comme une zone matriarcale, où ce sont en fait les femmes qui gèrent presque tout, et les muxes jouent un rôle important dans ce système social avec l’appui et le soutien des femmes cis genre.

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Pas besoin de mecs pour s’éclater wesh

C’est TROP BEAU.

IV. VOYAGE VOYAGE

Les Muxes au mexique ne sont pas une exception. Dans le monde il existe, et ont existé, de nombreuses communautés où la notion de troisième genre est (ou était), beaucoup plus intégrée et normalisée et fluide qu’ici en France, ou dans beaucoup d’autres sociétés occidentales en général.

C’est le cas en Inde par exemple, où le terme HIJRA est utilisé pour désigner une personne dont le genre n’est ni homme ni femme. Historiquement dans la culture Hindou, les Hijra étaient représentés comme des demi dieux, et avaient des rôles importants de conseillers dans les palais. Cependant, avec l’arrivée de nos amis les colons (encore eux), les expressions du troisième genre sont devenues illégales, et donc ont forcé les hijra à devenir underground.

Elles se sont donc créé des familles, un peu comme dans le système des houses de voguing si on peut faire un rapprochement, où les enfants 3 genre, étaient protégés des discriminations et violences, nourris, chéris par une sorte de Guru (mother) lui/elle aussi Hijra.

 

Les violences et discriminations envers les Hijra sont encore aujourd’hui très fréquentes. Néanmoins, depuis les dernières années on observe beaucoup de progrès sociaux. En 2014 notamment, suite au mouvement lancé par l’activiste Laxmi Narayan Tripathi, la court suprême de l’Inde a reconnu le troisième genre  pour permettre aux personnes trans d’avoir les mêmes opportunités que les personnes cis genre.

Au japon, il y a quatre siècles de cela, de jeunes adolescents appelés wakashu formaient également un troisième genre. Ces garçons, mâles de naissance, éveillaient le désir des hommes et des femmes par leur immense beauté pendant la période Edo de 1603 à 1868. Les peintures de l’époque montrent avec beaucoup de clarté, que la notion de genre n’est encore une fois par si binaire que les sociétés occidentales ont voulu l’imposer. Les hommes et femmes traversaient en effet le spectre avec beaucoup plus de fluidité.

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Images tirées de l’expoisiton A Third Gender: Beautiful Youths in Japanese Prints

Autre exemple, et après on termine car cet article se fait plus long que prévu, les Fa’afafines, dans les îles Samoa en polynésie. Où le terme veut dire litteralement, « à la manière d’une femme ».  Les fa’afafines sont acceptés aux Samoa depuis très longtemps, avant que les colons débarquent avec le christianisme. La communauté Samoa conçoit en effet, que chaque individu a un rôle à jouer dans la société. Qu’il soit homme, femme, ou entre les deux. Comme dans le cas des Muxe, il est difficile de les rapprocher des notions de transgendérisme occidentales, puisque les fa’afafines se considèrent comme un genre à part entière, hors notions donc de homme ou femme.

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Werk that puss henny

La notion de genre n’est au final pas quelque chose de difficile à concevoir, ni de déconstruire à titre personnel. Pas mal de communautés le font déjà à travers le monde et l’ont déjà fait par le passé. Ma question est donc, pourquoi venir embêter aujourd’hui nos copains et copines trans en leur interdisant d’aller aux chiottes qu’ils/elles veulent? Au delà de ça, qu’est ce qui bloque pour la reconnaissance de leurs droits ? Macron tu entends? Allo?

Meet The Muxes

Muxe Wikipedia

Identités de genre non binaires

Les hijras un corps d’homme dans une ame de femme

#17 – LIFE IN TECHNICOLOR

Wesh ma petite palette de gouaches et aquarelles,

Aujourd’hui dans D&CO, on va vous parler camaïeu, couleurs complémentaires et stickers muraux.

AHA JE VOUS AI EU !! en vrai, on va parler racisme. OUAAAAAAAAAIIS mon sujet préféré ❤

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Hier matin j’ai lu un article intéressant sur TETU, où on nous dit que « Le racisme serait endémique chez les gays » (cliquez sur le lien pour accéder à l’article). Ceci est appuyé par une enquête menée par le magazine en ligne The Fact Site, et qui arrive à la conclusion que noirs, asiatiques, arabes et latinos, sont très souvent victimes de racisme dans la communauté gay.

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Jusque là… rien de surprenant. Je parlais déjà il y a quelques temps ici sur les problématiques liées à des profils oppressifs sur les applications de rencontre gay, avec les fameux « no fat no fem no asian » et les « no black » qui vont avec.

Ce qui m’a SHOOK dans cet article, ce sont en fait les chiffres annoncés.
D’une part on a seulement 30% des latinos qui ont répondu à l’enquête qui affirment avoir été victimes du racisme, contre 86% de mecs d’asie du sud, ou 70% de noirs par exemple.

Là, en tant que membre de la communauté latinX, je me suis dit que ce chiffre était bien plus bas que ce que je pensais. Ou en tout cas pas représentatif de ce que je vis au quotidien.

Ensuite, et c’est là le plus choquant, on apprend que 49% des hommes gays blancs, ne pensent pas que le racisme soit un problème. (Je suppose ici que 100% des mecs ont admis que le racisme existe bien mais que c’est pas problématique).

Et là en tant que membre de la communauté « êtres humains », je me suis dit que le chiffre était beaucoup trop haut.

Maintenant, allumez grindr, et dites vous que sur la grille de mecs proposés, la moitié pense de cette façon. Et manque de pot, c’est la moitié qui vous intéressait…

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En allant faire un tour sur la section commentaires de l’article proposé sur têtu, on peut lire sans complexe des trucs comme ça:

Je dois dire avec beaucoup de rage que je n’ai pas du tout galéré à trouver ces commentaires, certains font limite partie des commentaires mis en avant par fb car plus likés ou sous-commentés. Et je n’ai pas fait le calcul, mais je pense qu’on n’est pas loin du 1/2…

Ma question est POURQUOI GOD DAMMIT?

Pourquoi seulement 30% de latinos disent être victimes du racisme, alors que j’ai l’impression moi, que le racisme est tout le temps accroché  à mon dos? et pourquoi ces mecs cis blancs continuent à affirmer que ce qu’ils font et disent ce n’est pas raciste, et ce n’est donc pas vraiment un problème? Qu’est ce qu’il s’est passé dans vos vies ?! SECURITE !

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La seule réponse que je trouve à ça, c’est qu’en fait les gens, ne savent pas ce que c’est le racisme. Tout simplement. Dans ce cas, on peut comprendre facilement que des phrases du style « tu m’intéresses pas t’es noir » ou « t’es trop sexy comme tous les latinos », ne soient pas perçues de la même façon par les gens qui les disent et celles/ceux qui les perçoivent, alors qu’elles partagent toutes les deux un fond profondément raciste.

Je vais donc invoquer la classe de Julie Andrews pour essayer de vous expliquer ce qu’est le racisme très rapidement. Et vous faire part de mes réflexions sur le cas particulier des latinX. Et franchement, ceux qui sont pas contents ou ceux qui ont cette passion de lire de travers ou mal comprendre, vous pouvez aller manger des cailloux.

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I. MOI RACISTE? JAMAIS

Pour commencer, ce qu’il faut savoir c’est que la race est une construction sociale. Mathilde LARRERE explique très bien dans l’émission Arrêtsurimages du 18/02/2017, que le racisme a été monté de toutes parts, pour justifier les violences et atrocités qui ont été commises dans le passé sur des peuples qui ont été esclavagés et massacrés. Notamment les indigènes pendant l’époque de la colonisation de l’Amérique et les noirs de façon extrême après que ces premiers aient été décimés.

L’idée était alors de montrer que noirs et indigènes étaient des « esclaves nés », qu’ils était démunis de morale, et inférieurs en tout point au colon occidental. Et donc, après avoir utilisé le christianisme comme source de vérité absolue (échec), on s’est servis de la « science », pour essayer de tenter de prouver qu’il existait plusieurs races humaines, et que la race blanche était au sommet de l’échelle naturelle.

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Or, il s’avère que ces justifications biologiques ne sont plus du tout mobilisables, en effet, après la chute du nazisme, l’UNESCO a publié une étude rassemblant un grand nombre de savants et penseurs, qui récuse la notion de race humaine parce qu’elle a perdu tout intérêt scientifique et toute validité anthropologique. Aujourd’hui TOUT le monde scientifique s’accorde à dire, que biologiquement il n’existe pas de race différente. A savoir qu’un blanc et un noir n’ont pas plus de différences génomiques qu’un asiatique et un latino.

Mais que le race biologique n’existe pas, ne veut pas dire que le concept de race lui est complètement caduc. Au contraire. Ce qui reste est une construction sociale de la race et donc un racisme systémique et latent. Construction qui s’est faite autour d’un référent neutre: l’homme blanc. L’exemple le plus parlant: le fait qu’on prenne souvent des acteurs blancs pour jouer TOUTES les ethnies possibles et imaginables sur cette terre, alors que le contraire n’arrive jamais.

Ensuite, ce qu’il faut comprendre et intégrer (SOS racisme je vous vois),  c’est que le racisme ce n’est pas une question de sentiments individuels, de ressentis, de couleur de peau, d’opinions, ou d’affect. NON. En tout cas, c’est très insuffisant de penser comme ça.

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Big news: Le racisme est un système.  Pas un système de préjugés, mais un système de PRI-VI-LEGES. Un système qui permet de maintenir une domination de certains, sur tous les autres.

Pierre TEVANIAN (coucou Pierre) écrit sur le sujet dans La Mécanique Raciste (avril 2017) :

« Prendre le racisme au sérieux, c’est aussi considérer ce que l’antiracisme dans ses formes les plus convenues est trop enclin à nier ou minimiser : sa dimension politique et socio-économique. Loin d’être une simple pathologie, circonscrite à quelques extrémistes, et n’appelant donc que l’expertise psychologique ou le sermon moral, le racisme est une idéologie et un système politique, intimement lié à des forces sociales et des institutions, y compris étatiques – et à l’usage de la violence, notamment économique et policière. Le racisme est, en un mot, un système de domination »

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Thomas COUTROT rappelle aussi sur Médiapart :

Le racisme est « Un système à la fois informel et institutionnel de discrimination et d’exploitation, un système à contester et à renverser »

La racisme donc, c’est, au delà d’une question de discrimination, une question de pouvoir. Un pouvoir qui est réservé et qui bénéficie à un certain groupe de personnes, au détriment des autres. Je ne vous apprends rien je pense (j’espère), en rappelant que c’est ce système qui crée des inégalités entre blancs et racisés lorsqu’il s’agit d’avoir accès à un emploi par exemple, face à la police lors d’un simple contrôle d’identité supposé aléatoire, face aux violences et agressions au quotidien, dans l’accès et le traitement aux soins hospitaliers, dans l’éducation, lorsqu’il s’agit de trouver un appartement décent, etc etc etc etc.

Donc NON le racisme dans la communauté LGBT vient pas des noirs et des arabes comme on peut le voir sur la fachosphère, mais bien des dominants qui font TOUT pour maintenir ce système qui leur profite à eux et uniquement à eux.

Evidemment, le racisme est alimenté par les préjugés, les stéréotypes (positifs ou négatifs!!), les hostilités, et en réalité par beaucoup d’imaginaire créé par les politiques menées sur l’existence de l’autre. Mais il faut garder à l’esprit, que puisque le racisme est encore une fois, un système de pouvoir et de privilèges, que traiter quelqu’un de sale noir, ou quelqu’un de sale blanc, n’ont pas du tout les mêmes impacts. Evidemment c’est blessant, sauf que dans un cas l’un n’aura pas de conséquences dans sa vie au quotidien, l’autre si.

II. EXOTISATION ET RACISME

Si seulement 30% des gays latino qui ont répondu à cette enquête considèrent qu’ils sont victimes de racisme, c’est je pense, lié à ce phénomène dont j’ai déjà parlé ici qu’est l’exotisation. En tant que latinX, je peux affirmer qu’à la différence de mes copains copines noires par exemple, je ne suis pas du tout sujet de remarques « désobligeantes » ou dégradantes vis à vis de ma culture ou mes origines. En tout cas, d’après ce que les gens s’imaginent sur ma culture et mes origines.

Surtout sur les app de rencontre type grindr, je suis perçu comme quelque chose de sensuel, d’exotique, de « chaleureux », etc. Bref, je suis très souvent érotisé, convoité et considéré dans certains cas comme un produit disponible à la consommation. C’est tout simplement déshumanisant. Et même si en apparence ça peut être flatteur, en réalité ça ne l’est pas du tout.

L’exotisation (de même que les formes de discrimination hostiles) est un outil très efficace du racisme, et dangereux car difficile à concevoir (autant du côté du racisé comme du dominant). L’exotisation permet en effet au dominant de ramener l’exotisé à sa condition d’objet, et de maintenir sa position dans la société, via la perpétration de stéréotypes coloniaux et post coloniaux supposés positifs. En tant que latinX, je n’ai pas vraiment le choix d’être considéré de telle ou telle façon, ni le pouvoir de faire quoi que ce soit par rapport à ça.

Du coup… je peux comprendre que d’autres mecs latinX ou assimilés latinX, face à ce type de remarque, qui en soit ne se veulent pas hostiles, n’aient pas l’impression de faire face à du racisme. Alors qu’en vérité, il est là en permanence sur les sites de rencontre gay, mais également dans les bars, saunas, et tout lieu gay propice aux rencontres. Il se présente juste différemment sous une forme plus flatteuse.

De plus, je pense que si les latinos ne se sentent pas concernés par le racisme, c’est qu’en dehors du fait qu’ils méconnaissent ses mécanismes et sa logique, ils sont eux mêmes enclins à adopter des attitudes et comportements racistes.

L’autre jour je suis tombé sur un article très intéressant de El Estimulo (désolé l’article est en espagnol), où l’on apprend que le Venezuela (mon pays d’origine) a été considéré le pays le plus raciste de l’Amérique en 2013, suite à une étude publiée par le Washington Post. Cette étude montrait que le pays maintient encore aujourd’hui des pratiques discriminantes héritées de l’époque de la conquête espagnole.

Pour l’histoire, à cette époque, les pardos, c’est à dire les gens issus du métissage entre natifs, blancs et noirs, essayaient de se mélanger aux blancs dans le but d’améliorer leur statut social. Chose qui est restée très ancrée dans la conscience collective du pays et qui se maintient encore au XXIe siècle. Plus ta peau est sombre, et plus tu es stigmatisé comme pauvre, illettré,  ou incivilisé. Au contraire, plus ta peau est claire et plus tes traits sont européens occidentaux, plus tu as de chances d’être favorisé dans un contexte social de plus en plus contraignant dangereux et traumatisé par des crises économiques sans fin. C’est ce que l’on appelle colorisme (préférer les peaux plus claires) et l’assimilation, et c’est vrai que beaucoup de latinos que j’ai eu l’occasion de rencontrer, ont cette tendance à se considérer comme blancs… (papa maman je vous vois).

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III. OUI LE NOIR EST UNE COULEUR

Récemment, la ville de Philadelphie aux USA, a eu l’excellente initiative d’inclure au drapeau créé par Gilbert Baker en 78 (j’en parlais ici), une bande noire et marron pour rappeler que la communauté LGBT+, n’est pas et ne doit pas, être représentée uniquement par des personnes blanches, et ouvrir le débat sur les questions de race et d’inclusion réelle.

Ceci a été fait dans le cadre de la campagne More Color More Pride pour le mois des fiertés 2017 aux USA.

Etonnamment, cette initiative que j’ai trouvé excellente, a énormément divisé la communauté… enfin… surtout certains blancs qui tout de suite se sont sentis attaqués. Défendant que le drapeau représente déjà l’unité face à l’oppression du système hétéronormé, et criant sans complexe qu’il serait raciste car il n’inclut pas de bande blanche pour eux…

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Alors, le drapeau n’est pas un drapeau officiel et ne remplacera pas celui de Baker. Le bonhomme est décédé cette année et le nouveau modèle n’a pas été discuté avec lui. Mais l’intention derrière est néanmoins plus que nécessaire, vu le contexte actuel et les alarmants chiffres que l’article de TETU nous rapporte. Les discussions sur la race sont très importantes et nécessaires pour pouvoir déconstruire le système, et il est nécessaire de comprendre le fonctionnement pour surpasser le malaise.

Le problème est bien réel, et les discriminations raciales au sein de la communauté LGBT+ sont bien quantifiables. Donc on applaudit ce genre d’initiative et on reste à l’écoute pour attaquer le racisme et démanteler ses logiques. Pour les ouin ouins qui ne sont pas contents, et qui ne veulent pas participer au débat, je n’ai qu’une chose à dire:

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Racisme en 10 bandes dessinées

Campagne SOS racisme

#TousUnisContreLaHaine

La construction du Racisme – Actuel Marx

Le racisme comme système

#16 WHAT’S YOURS IS MINE

Wesh mes petits makis nutella banane,

Aujourd’hui je vais vous parler d’un sujet (très très difficile) sur lequel je suis en train d’apprendre pas mal de choses et qui, commence à résonner un peu partout dans cette source inépuisable d’informations qu’est internet. Pour info, j’ai commencé à écrire cet article il y a bien 5 mois, sans avoir le temps d’en venir à bout… cependant, vu les derniers incidents (accidents?) médiatiques dans la pop culture… je me suis senti obligé d’intervenir… (et parce que j’ai du temps à tuer également).

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OUI KATY PERRY C’EST DE TOI QUE JE PARLE
Sans plus tarder, et sans tourner autour du pot de nutella, je vous présent notre invitée pour cet épisode: L’appropriation culturelle.

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Certains d’entre vous m’ont déjà vu poster des articles et des vidéos sur ce sujet dans les réseaux sociaux, pas toujours de manière avenante sans doute, puisque c’est un sujet sur lequel je tends à être assez vigilant (relou).

Pourquoi en parler sur ce blog dont le but principal est de partager et discuter de thématiques liées à la culture LGBT+? Et bien parce que plusieurs questions peuvent se poser sur le sujet. Est il légitime de penser par exemple que le milieu LGBT+ serait / pourrait être victime d’appropriation culturelle par le milieu hétérosexuel? Il y a t il, même au sein des LGBT+, des cas d’appropriation culturelle récurrents? Peut on encore dire qu’une sous culture LGBT+ peut être comparée à la culture d’un pays ou ethnique?

En tant que communauté LGBT+, il est évident nous avons développé notre propre culture et (sous cultures) qui nous caractérisent et nous démarquent (icônes, littérature, musique, ciné, spectacles, pratiques sexuelles, langage, codes, etc). Certes, différenciées selon les sigles du terme LGBT+ (les lesbiennes, les gays et les trans n’ont pas les mêmes vécus dans toutes les situations, voire les mêmes combats), mais on partage tout de même pas mal de références à mon avis. Il est évident également, que beaucoup de ces éléments culturels se sont retrouvés aujourd’hui dans le monde « mainstream », accessible à tous, sans savoir forcément pourquoi et surtout d’où ça vient. L’appropriation culturelle des hétérosexuels pourrait en être la cause si on considère que cela s’applique à une sous culture.

Mais les hétérosexuels ne sont pas les seuls à faire de l’appropriation culturelle, nous mêmes au sein de notre communauté avons été influencés par d’autres cultures et sous cultures et avons adopté (volé) les codes et stéréotypes qui les caractérisent.

La limite entre l’échange culturel et l’appropriation culturelle est très mince, voire floue dans certains cas. Raison pour laquelle je vais essayer de définir ici ce qu’est l’appropriation culturelle, ce qui la différencie de l’échange ou partage culturel, en quoi elle peut être dangereuse, et en quoi ça peut impacter la communauté LGBT+ et les autres… j’ai déjà mal à la tête avant même de commencer.

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I. CE QUI EST A TOI EST A MOI

I.1. Echange ou Appropriation?

On dit que « l’imitation est la plus sincère forme de flatterie ». En tout cas, c’est le proverbe préféré de ceux qui veulent à tout prix défendre leur appropriation culturelle déguisée en appréciation culturelle, face à ceux qui la trouvent tout simplement offensante.

Si la question de l’appropriation culturelle devient de plus en plus présente sur internet (et peut être même dans vos conversations à la cantine ou la machine à café, ou dans vos timeline FB) c’est que, de plus en plus, de personnes (appartenant en général à une certaine minorité sociale) commencent à se manifester pour faire comprendre que certaines représentations, dont le but supposé est de « rendre hommage » ou « refléter » tel ou tel aspect d’une culture, sont en fait la plupart du temps irrespectueuses, stigmatisantes, et complètement à côté de la pompe comme dirait Chrisitina Cordula…

En cliquant sur le lien ci dessous, vous tomberez directement sur un exemple illustré, de ce qu’est l’appropriation culturelle. Attention ça vaut le détour.

Pour comprendre en quoi c’est gênant, il suffit de se laisser glisser vers les premiers commentaires sous la vidéo. #InstantPopCorn

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On voit tout de suite que les gens sont pas contents (ils le sont rarement sur internet, encore moins dans la section commentaires), mais les raisons ici sont tout à fait légitimes.

 Des exemples comme ça, il y en a énormément dans la vie de tous les jours, que ce soit à notre niveau, ou dans le star system et autres institutions. Il y a par exemple le cas Katy Perry avec ses représentations (caricaturales et donc loupées) de la culture asiatique lors des American Music Awards de 2013 (voir critique en anglais ici), ou dernièrement son live catastrophique avec les Migos où la meuf veut clairement essayer d’être noire (voir video ici), le cas Miley Cyrus qui depuis a compris que faire du twerk n’allait pas la rendre noire non plus, le cas Kylie Jenner (et toutes les soeurs Kardashian-Jenner pour le coup) qui, elles aussi veulent être noires  visiblement, en copiant leurs styles de coiffures d’une culture qui n’est pas la leur (voir une critique ici), ou encore le cas de Marcs Jacobs et ses mannequins (blanches) qui portaient des perruques dreadées (ce mot n’existe pas) lors de la NYFW de 2016 (voir explications ici).

Marc Jacobs - Runway - September 2016 - New York Fashion Week
JP YIM / GETTY IMAGES

La dernière en date qui s’est illustrée en plein délit d’appropriation culturelle, n’est autre que cette chere Victoria Abril (qu’on adorait au passage), lors du festival de Cannes. Du coup, elle nous fait le plaisir d’illustrer la couverture de cet article tellement c’est incohérent et déconnant.

Selon Gala, « Celle qui avait monté les marches en string orangé sur un shorty en 1997 et qui était appa­rue dans une robe à para­pluie inté­gré en 2005, a encore réussi son pari de l’origi­na­lité »
Pour le coup… c’est original, une geisha maasaï blanche on n’en croise pas tous les jours…
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« Victoria Abril vient de rentrer de Tokyo, la capitale de Guinée Bissau »

A notre niveau, l’appropriation culturelle peut se traduire par plein de petits trucs qui vont, de servir des « makis » complètement inventés pour satisfaire les goûts occidentaux à planet sushi (voir la réaction de Lena Dunham sur ce sujet ici), à faire du yoga (et surtout ouvrir des centres de « yoga » à 1000€ le mois) sans en comprendre les fondements et sans pratiquer le sens spirituel de la discipline (voir un article sur le sujet ici), en passant par porter des costumes stéréotypés à halloween pour le « fun », ou encore par l’utilisation de tatouages tribaux, complètement vidés de leurs symboliques et utilités d’origine pour devenir un truc de beauf de base (déso). La liste est longue, mais le but de cet article ce n’est pas de faire une liste des dos and donts du savoir vivre.

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Campagne par les étudiants de l’université de l’Ohio contre les costumes d’halloween racistes « We’re a culture not a costume » 2011
Certaines personnes ne veulent absolument pas entendre parler de l’appropriation culturelle, et nient de toutes parts son existence ou les effets négatifs de celle ci, défendant (à tort) le fait qu’il s’agisse d’un échange culturel, et qui la considèrent donc comme une conséquence positive de la mondialisation.
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vu sur FB en 2017… je n’invente rien
Ces mêmes personnes pensent sans doute, qu’il n’y a rien de mal à s’inspirer (voler) d’autres éléments culturels, et donc qu’il est possible de faire un peu ce qu’on veut, comme on veut, où on veut, avec ce qu’on veut. Au final, on devrait réussir à créer un « melting pot culturel » et pouvoir baigner dans toutes les cultures dont on a la chance de disposer… C’est trop boooo :’).
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Seulement c’est un point de vue idyllique et surtout très ignorant de la réalité et des problématiques de certaines communautés, traduisant un manque d’empathie considérable.
Il est donc super important de bien distinguer l’appropriation culturelle de l’échange culturel:
James O Young, définit dans son ouvrage « Cultural appropriation and the arts » (février 2010) l’appropriation culturelle comme suit:
« Members of one culture (I will call them outsiders) take for their own, or for their own use, items produced by a member or members of another culture (call them insiders) »
En d’autres termes, c’est prendre quelque chose qui appartient à une culture à laquelle on n’appartient pas et l’utiliser hors du contexte culturel de base. Cela peut être fait par effet de « mode », on pense ici par exemple aux meufs qui se font des cornrows sur la plage, ou pour tirer un certain profit en dépit des groupes marginalisés (typiquement planet sushi). 
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OK ça a l’air bon
L’échange culturel lui, a lieu quand deux groupes (où il n’existe aucun système d’oppression entre l’un et l’autre de préférence) échangent des idées, des objets, des traditions, etc. de façon équitable/réciproque. Chacun définissant l’échange selon ses propres termes. Par exemple, en tant qu’occidental, si on t’invite à un mariage indien, et donc à adopter les vêtements, bijoux, coiffures, danses, musique, etc. traditionnels pour ce genre de cérémonie, entouré de personnes appartenant à cette culture, la question de l’appropriation culturelle ne se pose pas car l’échange est clairement défini. Il n’y a pas d’offense si l’invitation est claire et acceptée, et au contraire favorise la découverte de nouvelles cultures.

Par contre, si tu décides de t’habiller avec un sari pour aller faire tes courses juste parce que tu trouves ça joli, sans à minima connaître l’histoire du vêtement (qui le porte, dans quelles circonstances, est ce que c’est représentatif d’un certain milieu, classe, est ce que des personnes se font maltraiter pour porter ce type de vêtement)… tu ne fais que t’approprier quelque chose qui ne t’appartient pas pour en faire un usage personnel. De même si tu décides d’acheter un petit bouddha pour décorer ta salle de bains par exemple… est ce que je dois vraiment expliquer en quoi c’est offensant de prendre un objet religieux, que les industries se sont réapproprié pour tirer du fric, tout ça dans le but de donner une ambiance « exotique » à tes chiottes ??

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Sérieusement GIFY?

OUI SUN CITY ! ON TE VOIT TOI ET TA DECO

I.2. Outsiders vs Insiders

Lorsqu’on parle d’appropriation culturelle ou d’échange culturel, il faut être vigilant sur les deux groupes qui « échangent ». En d’autres termes, savoir s’il existe un rapport de dominant – dominé entre les Outsiders et les Insiders, et si oui, à qui l’appropriation culturelle peut causer du tort (socialement, économiquement, etc.).
Les insiders correspondent en général au groupé dominé, tandis que les Outsiders correspondent au groupe dominant lorsqu’on parle d’appropriation culturelle.

MAIS QUI SONT CES DOMINES ET DOMINANTS ?
On parle pas ici de pratiques sexuelles pour ceux qui vont débarquer en criant que ce sont des dom top, ou dom bottom (je vous vois). On parle bien de votre condition dans la société.
Sans surprise, les dominés font parties des minorités: les gens de couleur, les personnes LGBT+, les minorités religieuses, les minorités de genre (femmes ou queer ou gender fluid, etc), etc.
Les dominants en général: sans surprise les hommes cis blancs hétérosexuels.

Dans le schéma « classique » et simplifié de l’appropriation culturelle, le dominant prend au dominé sans lui demander son avis, tire bénéfice de l’utilisation, et ne rend pas crédit à son origine.

Dans la réalité, c’est un peu plus complexe. Les dominés pouvant également faire de l’appropriation culturelle entre eux. Un colombien qui prendrait des vêtements traditionnels mexicains hors contexte par exemple, ou un chinois qui se ferait des cornrows c’est de l’appropriation culturelle également.

Mais dans le cas inverse où les dominés prennent des choses au groupe dominant?

Il faut comprendre et avoir en tête que les groupes dominés,  sont en génréral « invités » à adopter des coutumes du groupe dominant (religion, codes vestimentaires, langage, etc.). Cependant, cette « invitation » au partage ne porte en elle que le nom. Dans la réalité, c’est plutôt une obligation pour « s’intégrer » au mode de vie eurocentré / occidental défini comme étant la norme.
COUCOU LES RELENTS DE LA COLONISATION. Dans ce contexte, on ne peut pas vraiment parler d’échange culturel. Mais… on ne peut pas parler d’appropriation non plus.

 

Dès lors qu’il y a un système d’oppression en place entre les deux parties de « l’échange », et que le dominé prend au dominant (noirs qui prennent des trucs aux blancs par ex), on appelle ça de l’assimilation. Quand un immigré « dominé » adopte les codes d’un autre pays : c’est une question de survie en général. Ces personnes n’ont en effet pas le pouvoir de décider si ces nouvelles coutumes leurs conviennent, ou s’ils préféreraient garder leurs propres traditions, même lorsqu’ils arrivent en terrain inconnu.

 Cette question est d’ailleurs complètement d’actualité, d’autant plus avec un certain Fillon qui a failli se retrouver président de la répupu en 2017… (voir son discours sur les apports de la colonisation ici). Mr Fillon soutient que la France ne peut pas être accusée aujourd’hui d’avoir une attitude néocolonialiste, et qu’elle ne doit rien à tous ces pays sur lesquelles elle s’est installée pour « partager sa culture » (sous entendu, sauver ces pauvres sauvages de leurs misérables conditions).

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Il est donc important de bien garder en tête le contexte, les acteurs, les enjeux, et les conditions sociales lorsqu’on aborde la question de l’échange culturel, de l’appropriation, et de l’assimilation.

I.3. Les dangers de l’appropriation culturelle

L’appropriation culturelle est vraiment une mauvaise chose? Dans l’ensemble oui.
MAIS ! comme on ne peut pas échapper à la réalité dans laquelle on vit, on ne peut pas nier qu’elle a permis de propager certains éléments culturels dans le monde entier, et donc eu un côté « bénéfique ». L’exemple le plus typique et cité est la musique, le rock & roll notamment ou la country, des musiques noires à la base, rendues populaires par des blancs. On voit bien que les noirs n’ont eu aucune reconnaissance dans tout ça, les basic bitches out there pensent  sans doute que c’est Elvis qui a inventé le rock & roll (d’ailleurs Elvis c’était un mec plutôt correct, il ne s’est jamais vanté d’avoir crée le rock & roll, et a même affirmé qu’il était influencé par des artistes noirs, même s’il en a tiré tout le mérite on est d’accord), mais il est vrai que d’excellentes créations ont suivi et on en profite tous aujourd’hui. Il y a de nombreux exemples de ce type, au niveau du langage, architectural, de la mode, de l’art en général.
Dans ce lien une petite vidéo de Decoded avec Franchesca Ramsey (ma pref) sur tout ce qui a été apporté par les noirs par exemple, et qui est pris pour acquis par les blancs.
L’appropriation culturelle est cependant problématique car elle présente plusieurs risques, dont les principaux sont:
  • Banaliser les violences historiques commises lors de la récupération des éléments culturels (masques africains, objets religieux, habits, …)
  • Détourner la signification originelle du symbole ou de l’élément pris de base (pensez à la statuette du Bouddha);
  • Ridiculiser les éléments culturels par des représentations approximatives, caricaturales, voire complètement fausses (pensez à l’exemple de la danse polynésienne);
  • Perpétrer les stéréotypes (négatifs ou positifs les deux sont mauvais) ;
  • Maintenir ce système qui implique que lorsqu’un blanc porte une coiffe amérindienne pour coachella c’est cool, mais lorsqu’un amérindien le fait c’est trop communautariste –> les privilèges

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cocou les bouffonnes 
Cela finit donc inévitablement par offenser les « appropriés », et quoi de plus normal franchement?
Mais tout le monde ne voit pas les choses de cette façon… en général, lorsqu’on signale à une personne qu’elle fait de l’appropriation culturelle les premières réactions sont: l’offense suivie d’un sentiment d’accusation et de censure non méritée. Le fameux « on peut plus rien faire sans offenser quelqu’un » ou le « j’ai autant le droit que n’importe qui de profiter de telle culture » ou le « de toutes façons y a pas de mal on est dans un monde multiculturel » sont très très très très fréquents. Balayant ainsi avec une larmichette, des années et des années d’oppression et de stigmatisations réductrices au profit d’un supposé droit sur les autres.
Ironie du sort lorsqu’un opprimé pleure parce qu’on lui dénie son droit d’opprimer….
Encore une fois, quand on prend des choses d’une autre culture, il faut se poser la question sur ce qu’on adopte et COMMENT on le fait. Et surtout, est ce qu’adopter certains éléments, continuent à perpétuer les stéréotypes négatifs des cultures. Est ce que ce sont des choses qui appartiennent à une communauté discriminée ? est ce que les représentations qu’on en fait rendent justice à la culture de base ? Bref, toujours avoir un esprit critique. Perpétuer les stéréotypes réduit les cultures qu’on est soit disant en train de valoriser, et donc, contribue à justifier l’oppression qui existe encore

II. ET LES LGBT+ DANS TOUT CA?

II.1. C’est MON Lipsync

Du coup, la question de l’appropriation culturelle se pose évidemment dans le milieu LGBT+.

Mais honnêtement la réponse n’est pas simple du tout. La première raison étant qu’il n’est pas si évident que ça de comparer une sous culture de genres ou des minorités sexuelles, à la culture d’un pays ou d’une ethnie par exemple.

Pour rappel à nos amis hétéro qui nous lisent, la communauté LGBT+ a bien une culture très riche, qui ne se résume pas à un clip de YMCA. Je vous recommande de lire le bouquin de Cathy Crimmins HOW THE HOMOSEXUALS SAVED CIVILIZATION  pour un aperçu des apports culturels des PD dans le monde moderne (depuis les 50 dernièrs années environ).

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Le mot culture a lui même des centaines de définitions et d’utilisations possibles, ce qui ne facilite pas la chose. Mais si on part sur le sens anthropologique et social du terme le plus répandu, on peut considérer que la culture « sert donc à désigner l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société ou à un groupe social particulier ». 

En se basant sur ça, il ne me paraît pas grossier de faire un parallèle entre la culture d’un pays et la culture LGBT+.

Peut on donc parler dans ce cas d’appropriation culturelle?

Là encore, c’est compliqué. Pour commencer il faudrait définir au préalable deux groupes, un dominant et un dominé. Instinctivement (et peut être trop facilement) on pourrait considérer les LGBT+ comme étant un groupe dominé, et les hétérosexuels, comme le groupe dominant. MAIS ! cela simplifie trop le débat puisqu’on efface complètement les rapports de pouvoir (et donc les luttes) qui existent au sein même du sigle LGBT+.

Dans la réalité, les hommes cis blancs homosexuels, ont tout de même plus de force et dominent les lettres L et T, d’autant plus si ces dernières ont un peu de couleur

Et si on s’intéresse uniquement aux hommes cis gays dans ce cas? Franchement… c’est impossible. La culture LGBT+, même si elle est représentée en majorité par des mecs blancs aux yeux du public, est née d’un mélange absolument incroyable et beau de personnes de tout genre et de couleur. Donc je maintiens le sigle et on parlera des luttes trans, lesbiennes et bis dans un autre post.

 

Admettons donc que pour cet article on simplifie le schéma et qu’on prenne les hétérosexuels comme étant tout de même un groupe dominant, et qu’on englobe l’ensemble des LGBT+ comme le groupe dominé. Dans ce cas, on peut certainement trouver quelques éléments qui illustrent que nos amis hétéro, aiment bien de temps en temps se frotter à nos pratiques culturelles, pour finalement les récupérer.
Premièrement, le langage. OK les pd n’ont pas inventé le langage, mais on ne peut pas nier le fait que beaucoup d’expressions, surtout des termes anglosaxons pour être exacts, sont nés dans la sous culture de la scene ball dans les années 60, et qui aujourd’hui sont de plus en plus repris par nos amis hétéro. Les « yaass queen », les « slay mama », les « werk bitch » et autres termes employés dans ce milieu, sont de plus en plus repris par nos amis hétéro. Que ce soit dans la vie de tous les jours comme dans le star system. On pense notamment à cette chere Ilana encore une fois dans Broad City, dont c’est carrément devenu un tic de langage:
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C’est drôle, mais des fois on se sent un peu comme ça :

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Ensuite, parlons un peu des performances et de l’entertainment. Le voguing par exemple, cette forme d’expression née dans les années 70 dans les clubs underground, fréquentés par des homos, des trans, latino et afro-américains pour la plupart à New York, et qui aujourd’hui évoque à la plupart de nos amis hétérosexuels uniquement le (très bon) morceau de Madonna Vogue (revoir et revoir la vidéo ici). Je ferai peut être un article sur le voguing un jour pour expliquer à quel point c’est tellement plus que ça, mais le fait est qu’aujourd’hui la danse se popularise énormément grâce à la scène hétérosexuelle dominante, sans rendre spécialement crédit aux houses fondatrices du mouvement. Voir exemple d’Elle qui illustre un article sur le voguing avec une femme cis blanche, et qui se fait rappeler à l’ordre par mon beau JJ.

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On peut aussi parler de cette fameuse émission américaine, Lip Sync Battle, dont le concept est de se faire affronter deux célébrités (chanteurs ou non) sur des performances en lip sync (pour rappel le lip sync c’est ce que fait Britney spears quand elle monte sur scène, et elle le fait si bien <3).

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Le fait est que, ce programme date de 2015, or le lip sync, c’est quelque chose qui baigne profondément dans la culture drag depuis de très nombreuses années. L’émission Rupauls Drag Race l’a rendu d’ailleurs accessible à tous depuis notre écran de télé, avec des performances plus que spectaculaires (un petit aperçu ici)

Or, en regardant la page wikipedia de Lip Sync Battle, aucune mention à la culture drag n’est faite à aucun moment. A croire que c’est tout simplement sorti de la tête des créateurs Stephen Merchant and John Krasinski. La ressemblance avec l’émission de Rupaul est tout de même assez troublante…

Dernièrement, on peut penser également à Sia et sa performance à Coachella en 2016, dans sa robe sublime, calquée sur la performance d’une Drag queen Nommée Nina West (voir article ici). Bon même si Sia a donné du crédit à Nina via twitter en disant clairement que c’était elle son inspiration, c’est pas Nina qui a touché le chèque de Coachella on est d’accord.

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Encore un cas, ce cher Bowie, qui soyons honnêtes, a TOUS les codes de la queer culture. Mais TOUS ! Et pourtant, bien qu’ayant voulu semer le doute sur sa sexualité par moments, est bien très très hétéro et su tirer avantage et profit du public LGBT+ (voir article ici)

Enfin la mode, so cliché bien sûr de parler de mode sur un article de culture PD, mais prenons le cas de Gucci qui dernièrement s’est pris sa petite dose de bad buzz sur internet (oui j’ai dit bad buzz). Avec le lancement de sa nouvelle collection « Queercore », gucci s’approprie de façon scandaleuse un mouvement queer punk des années 80, pour nommer des pompes vendues 1700 dollars la paire. Si ça c’est pas un typique cas d’appropriation culturelle je ne sais plus quoi vous dire… Bien évidemment les fondateurs du mouvement ont rappelé à l’ordre la marque sur les internets (voir article ici).

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Queercore shoes by Gucci

II.2. Les LGBT+ coupables d’appropriation culturelle?

OUI évidemment. Là la question ne se pose pas. Déjà par le fait que quand on parle de LGBT+, on prend tout de même un bon paquet de mecs cis blancs dans le tas. Et qu’ils adorent faire ça, voler des trucs aux autres. Alors un PD déguisé en indienne sexy on en a déjà vu et on en verra encore plein…

Mais un truc que les PD adorent s’approprier particulièrement, et pas uniquement les white gays de west hollywood, c’est la culture des femmes noires américaines. Cette superbe video de Buzzfeed illustre par exemple, comment le langage aux Etats Unis évolue. On voit clairement que beaucoup de termes sont nés en fait dans les milieux underground noirs, puis repris par qui? les PD.

Le schéma est le suivant:

Culture Noire Underground > Culture Noire Mainstream  > Culture Gay Noire > Culture Gay Blanche > Culture blanche Underground  > Culture Mainstream Blanche > International.

Donc en fait, ce qu’on prend pour de la culture LGBT+ est grandement issu d’un milieu noir underground. Qu’on parle musique, style, icones, langage, etc.

Au delà de ça, au sein même du sigle LGBT+, on peut considérer qu’il y a de l’appropriation culturelle qui tendent à diviser. C’est le cas lorsqu’on se réapproprie des faits historiques propres à la culture LGBT+, pour en faire du profit en mettant en avant les mauvais côtés de l’appropriation culturelle.

Dans la version du film Stonewall de Roland Emmerich (Godzilla, Independance Day), on assiste à ce cas de figure. Le synopsis est le suivant:

« Inspirés des faits survenus dans le bar Stonewall, à Greenwich Village, le 28 juin 1969 : un raid de police a été organisé dans ce bar déténu par la mafia, dans lequel la communauté LGBT se retrouvait. Ce lieu est devenu important dans les combats menés par la communauté homosexuelle… »

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Bien que ce cher Roland soit ouvertement gay, et qu’il donne de l’argent à la Legacy Project et d’autres associations LGBT, il n’en reste pas moins un homme cisgenre blanc. Ainsi le film s’est retrouvé en plein milieu d’une controverse, attaqué par beaucoup d’associations et d’activistes LGBT+, puisque ce dernier ne rendait pas crédit à l’histoire qu’il était censé représenter. En cause, le manque cruel de diversité dans le film, et le pauvre rôle donné à un personnage  trans historique tel que Marsha P Johnson, aux détriments d’une histoire fictive d’un personnage blanc qui n’avait rien à faire là. Les émeutes dans le film sont très peu représentées. Voilà ce qu’est réécrire l’histoire selon un groupe dominant. Et encore un exemple des luttes dissociés des mecs homos et des trans.

II.3. A quel moment cela devient problématique?

Le fait que les hétérosexuels piquent des trucs et s’inspirent des cultures LGBT+ (sans le savoir souvent), n’est pas en soi si grave que ça selon moi. C’est au mieux drôle, au pire un peu agaçant. 

Cependant, dans certains cas cela peut être problématique pour les raisons qui ont été évoquées précédemment:

  • Banaliser les violences historiques commises lors de la récupération des éléments culturels
  • Détourner la signification originelle du symbole ou de l’élément pris de base 
  • Ridiculiser les éléments culturels par des représentations approximatives, caricaturales, voire complètement fausses (pensez au sketch d’Hanouna récemment)
  • Perpétrer les stéréotypes (négatifs ou positifs les deux sont mauvais) (pensez au sketch d’Hanouna récemment) ;
  • Maintenir ce système de privilèges pour les hétérosexuels (et pour les homos cis blancs > trans par ex).

L’exemple le plus flagrant, reste le monde du cinéma où la représentation de l’homosexuel et ses codes culturels est le plus souvent associée à une kyrielle de clichés et de tabous, dont les homos n’en sortent jamais indemnes. Tout cela bien sûr, au bénéfice d’une industrie majoritairement hétérosexuelle et cis genre.

La plupart de films mettant en scène des personnages et des narrations LGBT+, et donc exploitant leur culture restent des films réalisés par et pour des hétérosexuels. Même si souvent, le point de vue adopté est celui du couple homosexuel, c’est un couple homosexuel tel que la société hétérosexuelle le perçoit.

 

III. CONCLUSION

L’appropriation culturelle c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours. L’être humain est un être sociable, qui aime créer et découvrir de nouvelles choses, tout ce qu’on fait, vient forcément inspiré de quelque part, que ce soit la nature elle même, ou les créations des autres. Rien de nouveau sous le soleil de ce côté là.

Cependant, elle pose beaucoup de problèmes qui vont de l’exploitation économique de minorités, au maintien des systèmes d’oppression stigmatisants injustes. Malheureusement dans un monde où le système capitaliste est prédominant, il est très difficile de faire autrement puisque tout ce qu’on fait, est fait pour faire du profit.

Comment s’en sortir? Je pense qu’il est important de revoir notre conception de la notion de culture (et tout ce qu’elle englobe). La culture, au sens anthropologique et social qu’on a défini plus haut, ce n’est pas un buffet à volonté dont on pourrait se servir à loisir et sans limite. Il faudrait la penser plutôt comme une seule et unique salade, dans laquelle toutes les sous cultures seraient mélangées. On adore les métaphores alimentaires ici et celle là me parle bien.

Chaque culture garde ainsi sa saveur et est unique et se suffit à elle même.

Bien évidemment, rien ne nous empêche de nous inspirer des autres pour créer quelque chose de nouveau, mais il faut toujours s’interroger sur ce qu’on prend, sur comment on le reflète, sur l’impact que cela peut avoir, sur l’histoire, et pourquoi pas si possible, avoir un aval des personnes concernées avant de faire quoique ce soit.

Enfin, garder à l’esprit qu’on ne peut pas, lorsqu’on veut récupérer quelque chose d’une autre culture, s’intéresser uniquement aux choses positives qui nous intéressent. Par exemple, les Jenner qui volent les coupes identitaires des femmes noires, mais qui derrière pondent une pub pour Pepsi où elles inversent les rôles des luttes raciales et donnent une image complètement erronée des violences policières…. là ça pose un énorme problème. C’est valable pour tous les LGBT+ qui pensent à faire une soirée mexicaine et qui vont faire des burritos… pitié arrêtez.

De même chers amis hétéro, pensez qu’avant de nous piquer nos styles, nos slangs, notre musique, nos danses, nos icônes, etc… il faut prendre également tout le paquet qui va avec, à savoir nos insécurités (physiques et morales), nos persécutions, nos moqueries, nos discriminations, nos faiblesses et impuissances face au monde dominant. Montrez nous que vous vous intéressez réellement à nos luttes et à notre culture (en lisant ce blog, en allant voir vos drag queens locales se produire dans les bars, en allant à des soirées PDQUEERTRANS+++, en participant à des mouvements militants, en lisant,…) et ne nous réduisez pas à ce que vous vous imaginez (cf YMCA).

Que ce soit dans le milieu LGBT+ ou hétéro, toujours avoir un esprit critique sur ce qu’on fait c’est essentiel.

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Maintenant je vais manger un maki nutella banane confiture. BYE

Liens:

https://lechodessorcieres.net/quest-quil-y-a-de-mal-a-faire-de-lappropriation-culturelle-ces-9-reponses-revelent-pourquoi-cest-blessant/

http://data.whicdn.com/images/45463444/large.gif

https://journalencouleur.wordpress.com/2016/08/31/lappropriation-culturelle-y-voir-plus-clair/

http://wikipedia.qwika.com/en2fr/Cultural_appropriation

https://en.wikipedia.org/wiki/Cultural_appropriation

https://equimauves.wordpress.com/2014/06/14/petites-notes-sur-lappropriation-culturelle/

http://www.dazeddigital.com/artsandculture/article/32038/1/lena-dunham-supports-that-sushi-is-cultural-appropriation

http://lesglorieuses.fr/interview-mrs-roots/

http://motto.time.com/4501037/cultural-appropriation-marc-jacobs-dreadlocks/

http://magazineantidote.com/mode/appropriation-culturelle-ou-appreciation-de-la-culture-ou-se-situe-la-limite/

http://transadvocate.com/considering-trans-and-queer-appropriation_n_10271.htm

http://www.huffingtonpost.com/entry/heres-the-real-origin-of-the-word-yas_us_578ce747e4b0fa896c3f4306

http://www.womanistmusings.com/there-is-no-excuse-for-glbt-or-cultural/

http://www.huffingtonpost.com/j-nelson-aviance/appropriation-and-the-gay_b_9626874.html

http://www.canwecomplain.com/response-to-sierra-mannie-dear-straight-people-stop-stealing-gay-culture/

http://www.futura-sciences.com/sciences/dossiers/philosophie-culture-reflet-monde-polymorphe-227/page/4/

https://medium.com/@Etinni_/white-gays-are-appropriating-black-gay-appropriation-edb6313fe266

#15 THE UPSIDE DOWN

Wesh mes petits mangeurs de saucisses (et les autres),

Suite au dernier article au sujet des discriminations rencontrées, et affichées sans complexe sur les sites/app de rencontre LGBT+, qui a été relayé par YAGG (merci beaucoup au passage vous avez explosé la fréquentation de ce torchon de blog ^^ (d’ailleurs abonnez vous à Yagg et faites un don!)), et qui a été vivement et ardemment critiqué par ces messieurs:

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On vous voit

Je me suis dit qu’il était temps de remettre une grosse couche baveuse moralisatrice et bien pensante sur tous ces petits trolls d’internet qui pensent que, parce qu’ils sont tranquilles derrière leurs écrans, ont le droit de dire et faire n’importe quoi. Merci l’anonymat des torses et des photos de plage.

Aujourd’hui on va donc retourner sur mon endroit préféré de la terre: GRINDR. Ou comme j’aime l’appeler désormais, le « Upside Down » en référence à la génialissime série Stranger Things (sorte d’univers parallèle froid et toxique où vivent des créature des plus effrayantes selon la def d’Allociné).

Entre discriminations décomplexées, harcèlements en ligne et autres comportements envahissants, l’ambiance qui règne sur l’app du sexe facile pour certains, peut vite tourner au deal breaker le plus total.

I. L’EMPIRE GRINDR

Avant de rentrer dans le sujet (et pas autre chose), un petit point explicatif et informatif pour les copains hétéro qui ont le plaisir de nous lire de temps en temps (des bisous).

Le site BOYS.ONE  présente l’application comme suit:

« Grindr est une application de rencontre géolocalisée qui s’adresse spécifiquement aux Gays et bisexuels [je rajoute aux hétéros curieux ou toute personne souhaitant voir des dick pics à foison]. Son but est d’aider ses utilisateurs à faire des rencontres dans leur région.

La force de l’application est son offre de géolocalisation qui permet de trouver d’autres utilisateurs à proximité [des fois à des distances inquiétantes…]. Pour cela, elle s’appuie sur les fonctionnalités des appareils mobiles (smartphone et tablette). Ainsi, l’interface utilisateur affiche une grille de photos des hommes selon leur éloignement. En tapant sur une image, on voit le profil de cet utilisateur et on a la possibilité de discuter directement avec lui, envoyer des photos et se donner rendez-vous »

Dans la pratique, ça devrait donc se présenter comme ceci (photo non contractuelle tirée d’internet avant qu’on vienne me disputer):

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Plein de beaux garçons souriants aux corps de rêve et aux regards brûlants.

Dans les faits ça ressemble plutôt à ça:

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Photo non contractuelle bis

Plein de torses saillants aux regards brûlants et aux sourires ravageurs.

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que le but de cet article ce n’est pas de basher l’application de Joel Simkhai. Au contraire! celle ci est pour moi l’une des meilleurs inventions et avancées technologiques dont la communauté homosexuelle masculine, et bi dans une certaine mesure, a pu et su bénéficier en long en large et en travers depuis les 20 dernières années.

La raison principale pour moi étant que Grindr, a énormément facilité les intéractions entre hommes gays, bis, hétéro curieux, cis/trans, à travers le monde entier (l’appli est déployée dans pas moins de 192 pays et jouit d’un peu plus d’un million d’utilisateurs par jour… on est loin de 10M de Tinder mais c’est tout de même respectable).

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En dehors du caractère sexuel évident, l’app permet aussi de répondre à un besoin identitaire en facilitant le contact et les échanges. La nature de ces échanges et surtout la façon dont ils sont mis en avant… c’est un sujet qui peut être discuté.

L’impact de Grindr dans la communauté LGBT+ et hétéro est bien présent, à tel point qu’on peut trouver des références à l’application dans des séries mainstream comme 2 Broke Girls, Family Guy, et récemment Broad City (Ilana <3)

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Know that feeling

Ce qui est surprenant (voire déconcertant), c’est l’extrême rapidité avec laquelle l’application est venue se greffer dans notre quotidien, et avec elle, tout un tas de comportements que je trouve désastreux, mais qui se sont peu à peu normalisés et devenus acceptables. L’appli a en effet vu le jour en 2009 (il y a seulement 7 ans!!!), et est née, en plus du besoin identitaire mentionné précédemment, de l’envie de simplifier notre façon de consommer et d’explorer notre sexualité, puisque in fine, c’est bien de ça qu’il s’agit.

Pour info, l’appli a été créé par ce monsieur, qu’on appelle aussi le Zuckerberg du cul tellement il a révolutionné notre façon de « draguer ».

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Joel Simkhai, guru du cul, maître de nos fins de soirée

II. LE VRAI VISAGE DU UPSIDE DOWN

Alors ok, Grindr c’est cette pépite technologique qui aujourd’hui, nous évite de faire du cruising comme faisaient nos copains LGBT+ à l’époque (je dis à  l’époque bien que ça se fasse encore aujourd’hui dans une moindre mesure), de devoir galérer dans une ville à trouver le moindre bar (SANS GOOGLE MAPS) pour rencontrer du monde, de traîner dans des endroits « peu fréquentables » mais bien identifiés et considérés comme des « zones de drague » à la recherche d’une conquête occasionnelle et anonyme. Elle a donc un intérêt certain, voire essentiel pour beaucoup d’entre nous.

Malheureusement c’est aussi l’endroit où la « drague » s’est transformée en une sorte de marché impitoyable et ultra saturé, où les « hors norme » trouvent rarement leur place. Ou du moins c’est ce qu’on pense.

Mais s’est elle réellement transformée ? Et si oui, est ce la faute des applications ? Est ce Grindr qui dicte les codes du virtuel que nous avons tous adoptés, et qui justifient des comportements qui seraient condamnés dans d’autres situations?

II.1 DRAGUE OU MARCHANDAGE

Bon… la question est difficile. Pour ça il faudrait déjà savoir ce qu’on définit comme étant la drague. Pour Erwin Goffman dans L’Arrangement des sexes  « la drague est pour le sens commun une technique de rapprochement qui se faufile dans les conventions de l’interaction et de la conversation : le tact et la réserve, l’empiètement et le jeu des apparences »

La drague est intéressée, elle se différencie de la sociabilisation par cette notion de désir.

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Michael Pollak et André Béjin, décrivent le modèle de la drague homosexuelle dans les années 70  dans « La Rationalisation de la Sexualité » comme suit:

« La drague homosexuelle traduit une recherche d’efficacité et d’économie comportant, à la fois, la maximisation du ‘rendement’ quantitativement exprimée (en nombre de partenaires et d’orgasmes) et la minimisation du ‘coût’ (la perte de temps et le risque de refus opposés aux avances) » 

Dans les années 80, dans « L’homosexualité masculine ou: le bonheur dans le guetto? » Pollak décrit déjà l’homosexualité comme une carrière à part entière, et la sexualité comme un marché. Marché qui selon moi grandit, et fait du profit (littéralement).

Dire que les applications de rencontre d’aujourd’hui, comme grindr, hornet, tinder etc ont rendu la drague homosexuelle (ou bi), impitoyable, difficile, déshumanisante, etc… c’est faire l’autruche sur des comportements assez obscurs qui ne sont pas inhérents aux nouvelles technologies mais plutôt intériorisés en chacun d’entre nous depuis bien des années. D’ailleurs, certaines applications l’ont très bien compris et jouent le jeu de façon complètement assumée… n’est ce pas?

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II.2 GRINDR MADE ME DO IT

Mais quels sont ces comportements et ces attitudes détestables qu’on peut rencontrer sans complexe sur ce type de plateforme ?

II.2.1. OPPRESSION IS NOT A SEXUAL PREFERENCE

Le premier est bien sûr toute forme de rejet affichée et proclamée comme étant une préférence, et dont j’ai largement discuté ici. Je ne vais pas revenir là dessus car l’article était assez clair, sauf pour les personnes qui ont voulu lire ce qu’ils voulaient lire.

D’autant plus que, si on accepte le postulat « on est sur grindr pour baiser », il faut m’expliquer en quoi la couleur de peau ou l’âge d’une personne sont des paramètres proportionnels à l’orgasme atteint… je cherche encore et j’adore les maths.

Je compléterai juste en disant que, si dans un premier temps je demandais aux gens, à défaut de se remettre en question, de réfléchir à ce qu’ils projettent aux autres, ils devraient en fait laisser leurs profils oppressifs tels quels, pour qu’on puisse les repérer plus facilement. Au moins, on est prévenus.

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II.2.2. « PAS DE RÉPONSE C’EST UNE RÉPONSE »

On dit que l’indifférence est le pire des mépris… cette phrase perd en fait tout son sens quand on arrive sur le monde pervers des applications et sites des échanges virtuels, tant le concept d’ignorer l’autre est maîtrisé et accepté (j’en suis moi même un expert).

On pourra lire sur beaucoup de profils « pas de réponse est une réponse » ou « pas de réponse n’est pas une réponse, c’est un manque d’éducation »… comme le profil ci dessous:

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Visiblement sa maman lui a appris à répondre aux inconnus sur Grindr de façon polie pour refuser leurs avances. Je dis bravo.

Le fait est que les deux camps se livrent la guerre sur internet. Les uns estimant que le monde virtuel ne correspond pas au monde IRL (in real life), et que donc ignorer un « bonjour » est tout à fait légitime, surtout lorsqu’il n’est pas désiré. Les autres estimant qu’une réponse, même négative est nécessaire.

Le sujet est polarisant car les deux camps peuvent avoir raison selon les circonstances.

C’est vrai, ne pas répondre à un « salut » ou un « compliment », peut être mal perçu par la personne de l’autre côté de l’écran. Mais est ce une raison suffisante pour devoir répondre à chaque sollicitation en ligne? que faire surtout lorsque ces sollicitations sont pour le moins intrusives et envahissantes? Je pense aux « slt tu ch » à répétition qui ont remplacé les « asv » par exemple, ou les « slt cho » qui sous entendent que t’es un radiateur, ou le « act ou pass » qui arrive très souvent dans les premières lignes des échanges!

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OK, c’est du virtuel, il y a des codes. Mais tout comme tu as la liberté de harceler qui tu veux, il faut accepter aussi que la personne en face décide de ne pas t’accorder l’attention réciproque que t’attends, voire, qu’elle te rejette parce que t’es lourd (et c’est la seule raison valable pour rejeter quelqu’un de façon violente), ou PIRE ! qu’elle te bloque (ouch).

Voici selon moi les raisons qui justifient qu’on ne réponde pas (ou plus) à un profil:

  • Malheureusement (et ça arrive), le mec n’est pas à ton goût

Oui oui c’est superficiel… mais n’est ce pas donner de faux espoirs à l’autre que de laisser la porte ouverte? Mon expérience, est qu’il vaut mieux ne pas se lancer dans des échanges creux, au risque de réveiller le démon qu’il y a en face, pour preuve les échanges suivants (moi en jaune, le charmant monsieur en bleu):

Donc non seulement c’est ma faute de m’être fait aborder et qu’on me fasse des propositions qui ne m’intéressaient pas, mais en plus mon mec (qui n’a rien demandé) se fait traiter d’huître en phase terminale… alors qu’on DÉTESTE LES HUÎTRES 😥

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  • Le mec est méga lourd du type, « slt t cho t dispo quand t act pass? »
  • Le mec te dit qu’il est act XXL ou Power btm avant même de te donner son prénom

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  • Le mec n’a pas de photo (franchement…. envoyez au moins une photo au premier message, ne vous plaignez pas que grindr déshumanise si déjà vous même vous ressemblez à un torse ou à une plage en bretagne).
  • Le mec est ultra envahissant (on a tous une vie en dehors de grindr alors les slt slt slt slt slt ça va 2 min)
  • Le mec t’envoie une dick pic sans que tu l’aies demandée (on y reviendra un peu plus loin)

Si le mec remplit 2 ou plus catégories ci dessus, je prends la fuite ma chérie.

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Si nous étions dans la rue, ça s’appellerait du harcèlement de rue. Sur internet, pas de surprise ça s’appelle le harcèlement en ligne. Personne s’en plaint cependant, et c’est même accepté pour les raisons que j’évoque plus loin.

II.2.4. « COUCOU TU VEUX VOIR MA BITE »

Margaret Cho appelle Grindr « le GPS de la bite », et croyez moi, ça porte très bien son surnom. Honnêtement, il ne se passe pas un seul jour sans qu’on vienne agiter devant moi des photos de verges, pas spécialement mises en valeur, sans âme, insipides, molles, bref… pas nécessaires.

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Détrompez vous, je n’ai rien contre une bonne dick pic. Je trouve d’ailleurs le concept fascinant. Oui mais à condition que ce soit dans un échange consentant. Or… imposer sa teub à l’autre sans qu’il l’ait expressément demandé, c’est aussi une forme de harcèlement. Genre… qui fait ça pour dire bonjour franchement?? (attention image choquante)

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censuré pour des raisons évidentes

Honnêtement, si je voulais voir des (jolies) teubs, j’irais chercher du porno sur le net, comme tout le monde. Pour le coup je l’aurais choisi et ce serait fait selon mes termes.

Ça ne vous viendrait pas à l’esprit de sortir votre chichi pour dire bonjour à quelqu’un dans un bar, ni faire un grand écart pour montrer votre nunuss en disant bonjour. Alors pourquoi le faire sur le monde virtuel ?!

Le problème, c’est d’un côté l’anonymat que procure l’application, car cachés derrière un torse, un paysage ou une paire de lunettes, on perd toute retenue et notion de sociabilisation. Ensuite, tout comme dans la culture du viol, ce type de harcèlement en ligne est normalisé et justifié par beaucoup de gens en évoquant tour à tour les mêmes mécanismes de défense des comportements typiques de prédateurs sexuels:

  • La condition humaine :  « on est des mecs on peut pas aller contre nos pulsions »
  • La fatalité: « c’est grindr c’est comme ça et pas autrement » (CF échanges avec le mec huître)
  • La résilience: « être choqué une fois, deux fois, puis trouver ça habituel et ne rien dire »
  • La tradition: car certes, dans les zones de cruising ou autres lieux dédiés au sexe, et dans certaines circonstances, montrer ses attributs font partie du jeu de la séduction.
  • Le blâme de la victime: car oui, puisque Grindr est fait pour ça, c’est TA faute si t’es offensé par les bites qu’on t’envoie. (CF échanges avec le mec huître)

Toutes ces justifications contribuent à rendre le geste acceptable, or c’est tout de même assez problématique d’arriver dans un endroit (que ce soit virtuel ou IRL) et se sentir mal à l’aise car certains ont des comportements gênants.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne dis pas qu’envoyer une dick pic non sollicitée constitue un viol comme on l’entend traditionnellement (même si la définition évolue au fil des années), mais certains mécanismes pour accepter et banaliser ce type de harcèlement sexuel se retrouvent dans les deux situations et ne sont pas complètement dissociés.

Alors la dick pic, OUI BIEN SUR, mais toujours sur demande et avec consentement! Je vous mets ici un récap pour savoir quand il est acceptable d’envoyer une photo de votre pénis:

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College humor

III. LE PARADOXE GRINDR

En vérité, les applications de rencontre comme grindr ne sont pas intrinsèquement bonnes ou mauvaises. Elles sont juste de nouveaux outils que nous avons appris à maîtriser et dont on arrive à tirer plus ou moins profit selon nos envies, profils, attentes, etc.  Une nouvelle interface pour les interactions humaines qui… malheureusement… font ressortir le Demogorgon qui sommeille en nous de temps à autres. Entre rejet violent de l’autre, harcèlement en ligne et autres messages corrosifs et agressifs… l’ambiance sur grindr peut vite devenir très toxique et oppressante.

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Ceci est un Demogorgon et non pas une photo d’anus sur grindr

Cependant, dire que les app ont ruiné les façons de séduire et construire des relations durables, c’est un peu hypocrite si on n’a pas conscience des comportements et attitudes dont nous sommes les seuls responsables. Ce ne sont pas les app qui dictent les comportements que nous devons avoir et ce qu’on doit projeter envers les autres. Elles devraient au contraire nous pousser à nous montrer sous notre meilleur jour pour plaire et attirer l’autre.

Ce qui est paradoxal, c’est que pour une application qui est considérée par beaucoup comme LE moyen pour avoir des relations sexuelles sans complications, il soit en fait quasi impossible pour chacun de trouver son plaisir tellement les décalages entre les attentes et les attitudes des gens sont marqués.

Des critères comme l’âge, la couleur de peau, le statut social, la taille du sexe, le poids, etc etc… tous les paramètres qui en fait viennent contredire le fameux « on est là pour ça ». Car au final, libération et épanouissement sexuel oui, mais archi conditionné par tout un tas de paramètres sociaux dont on n’arrive pas à se détacher.

Bien sûr, Grindr a ramassé depuis le temps son tout plein de controverses pour pas mal de raisons, notamment l’insupportable normalisation de comportements oppressifs dont j’ai déjà parlé précédemment… mais comme Joel Simkhai l’a dit à plusieurs reprises… il n’est pas maîtresse d’école et ce n’est pas son job de nous obliger à nous comporter comme des êtres humains. A nous de prendre les choses en main comme des grands garçons.

Des grands garçons hyper coquins mais conscients.

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Links:

Should you send a dick pic ? a guide for men

11 annoying things guys need to stop doing on grindr

How grindr turned me into an asshole

Drague et cruising – Géométaphores d’un mouvement exploratoire 

The sex education of Grindr’s Joel Simkhai

Are you obligated to respond to a grindr message?

Grindr: everything thats wrong in the gay world?