#18 RENCONTRES DU TROISIEME GENRE

Wesh mes petites Fridas Kahlo,

Je me suis encore perdu sur internet et voilà que j’ai encore appris l’existence d’un truc trop beau que je veux partager avec vous.

Je reviens un peu aux fondements de ce blog qui étaient, non pas de râler sur des sujets qui me donnent de l’urticaire, mais de partager un peu de culture queer LGBT+ auprès de mes proches, surtout hétéro car je sais qu’ils adorent ça :).

Aujourd’hui on va parler du genre, le RE-définir, et voir qu’il existe tout un prisme d’identités possibles et valides entre l’éternel fille vs garçon. On va faire un tour en Amérique du nord chez nos amis les Muxes et, si on a le temps, on fera un petit tour du monde express d’autres communautés, où la notion de genre est beaucoup plus comprise qu’ici en France, et où un troisième genre est accepté socialement, voire légalement.

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I. Mais genre c’est quoi le genre?

J’avais déjà fait un post fut un temps où je voulais expliquer aux copains la notion de genre, de transgendérisme, transexualité, etc. Je vous remets le lien ici. Ca vaut ce que ça vaut, et ça mérite certainement des précisions.

Pour ceux qui ont la flemme de lire, on va se contenter de rappeler que si « Le sexe est biologique, le genre est social. »

Ce qu’il faut entendre par là, c’est que tous les stéréotypes qu’on assigne aux sexes biologiques (assignés à la naissance selon l’expression de vos attributs sexuels), relèvent d’une construction sociale. Les stéréotypes sont ces idées, implicitement véhiculées par la société, de ce qui est attendu d’un homme et d’une femme (un homme est censé être robuste, responsable, logique et aventurier, tandis qu’une femme sera douce, sensible, pleurnicheuse ou sentimentale). Vous êtes bien éduqués et donc pas sans savoir que ces mêmes stéréotypes, ont des conséquences désastreuses dans la construction d’un enfant, et dans sa vie d’adulte. Et ils expliquent en partie l’importante domination des hommes sur les femmes dans à peu près TOUS les domaines.

Une fois qu’on a compris cela, il paraît beaucoup plus simple de s’en affranchir sans être jugé anormal.

Sauf si vous faites partie de ces gens là (on ne citera pas de nom) qui pensent que maintenir le patriarcat c’est cool et trop stylé. Auquel cas, qu’est ce que vous faites sur ce blog??

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Enfin, il faut noter la différence entre identité de genre et l’expression du genre, l’un étant la façon dont vous vous identifiez: est ce que vous êtes plutôt un homme ou une femme, et l’autre est la façon dont vous l’exprimez. Les deux pouvant être dissociés bien évidemment. (ex: un mec « biologique » qui s’identifie comme un mec (cisgenre) mais qui aime porter des jupes au quotidien par exemple et se maquiller, pourrait avoir une expression de genre féminine puisque la jupe est considérée comme un vêtement féminin et que les garçons ont pas le droit de se maquiller). Bon c’est très caricaturé mais vous voyez l’idée.

II. Le cul entre deux genres

Donc, socialement il est admis qu’il existe en fait deux genres, masculin et féminin. Un zizi une zezette ou chacun dans son rôle. Sauf qu’en fait on a vu précédemment, qu’étant une construction sociale, et bien on peut remettre en question toute cette organisation autour du mâle dominant et commencer à envisager que ouais, une nana ça peut avoir un côté masculin, et ouais, un mec aussi peut avoir un côté féminin. Et… c’est très bien comme ça.

Dans la tête de certains c’est encore un peu compliqué n’est ce pas… et bien ça ne risque pas de s’arranger avec ce que je vais vous raconter.

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Que faire en effet lorsqu’une personne ne s’identifie ni à l’un ni à l’autre? ou qu’elle s’identifie à 50-50 entre les deux? Que se passe-t-il si biologiquement cette personne n’est en plus ni femme ni homme? Si en fait le sexe n’est ni homme ni femme ?? OH MON DIEU !!! EST CE QUE C’EST POSSIBLE ? ON VA TOUS MOURIR ?!

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Du calme. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il existe en réalité, une multitude incroyable de genres et d’expressions du genre, comme il existe autant de personnalités diverses et variées et presqu’autant de schémas et diagrammes qui trainent sur internet pour les représenter. Saviez vous par exemple que Facebook permet aujourd’hui de choisir son genre dans une liste composée de pas moins de 52 propositions ?? (j’ai appris ça en rédigeant cet article).

Parmi ces propositions on retrouve les termes de transgenre, transexuel, cisgenre, mais aussi genderfluid, genderqueer, agenre, pangenre, non binaire, et même two spirits, terme un peu chapeau qui englobe toutes les variantes de genre dans les communautés amérindiennes.

Ci dessous, un ourson mignon (JPP) pour illustrer ce qu’on vient d’apprendre qui vient du word press Justice for Sisters.

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On voit bien que l’identité de genre, l’orientation sexuelle, le sexe et l’expression du genre, sont des choses qui peuvent être tout à fait dissociées 🙂 et que oui, il en existe de toutes sortes !!

III. MUCHO MACHO MUXES

Bon… vous imaginez bien que dans la société dans laquelle on vit, avoir une expression ou une identité de genre différente de son genre « biologique », c’est encore très très très très très incompris, mal vu et peu toléré. Ouais en France aussi.

Par contre, il existe dans le monde des communautés où la notion de troisième genre est beaucoup plus acceptée (et tant mieux).

C’est le cas de Juchitan à Oaxaca, dans le sud du Mexique, où les Muxes vivent, travaillent et peuvent exprimer leur identité de genre librement.

Le terme Muxe, vient du dialecte Zapotèque (civilisation amérindienne pré colombienne de Oaxaca), qui signifie à la fois efféminé et peur. Il est utilisé par les non muxe pour désigner un homme (désigné comme tel à la naissance) homosexuel, qui sort en général avec des hommes « hétérosexuels » (ou se définissant comme tel), et qui exprime son genre à travers des vêtements typiquement féminins. Point culture, dans le dialecte zapothèque, les notions de lui ou elle n’existent pas, ces termes de langage ont été introduits par qui? les colons. Cimer.

 

Je vous invite à regarder le travail de Nicola Okin Frioli via le lien suivant pour admirer toute la beauté de ces personnes à travers des superbes photographies. Ainsi que le tout petit documentaire de Ivan Olita, qui est magnifique et m’a fait connaître cette communauté.

Alors c’est difficile de rattacher les Muxes aux mouvements trans occidentaux, voire, à la communauté LGBT+, tellement leurs traditions et coutumes sont locales, et ancrées dans un passé « indigène ». Mais elles restent néanmoins un super bel exemple que la binarité du genre est en fait séparée par un énorme spectre, et nous amène à nous questionner sur nos propres définitions: La majorité de personnes muxes vivent leurs vies comme des femmes (assumant entièrement le rôle social construit pour le genre féminin), mais ne s’identifient pas comme telles pour autant. Elles sont MUXES point.

Les muxes, font partie intégrante de la vie à Juchitan, que ce soit au quotidien où elles exercent leurs professions librement mêlées aux autres femmes cis genre (en tant qu’infirmières, enseignantes, couturières, etc), ou lors de nombreux événements festifs de la région où elles sont bienvenues et très appréciées. En fait, les notions de genre sont tellement différentes à Juchitan, que vue de l’extérieur la région est considérée comme une zone matriarcale, où ce sont en fait les femmes qui gèrent presque tout, et les muxes jouent un rôle important dans ce système social avec l’appui et le soutien des femmes cis genre.

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Pas besoin de mecs pour s’éclater wesh

C’est TROP BEAU.

IV. VOYAGE VOYAGE

Les Muxes au mexique ne sont pas une exception. Dans le monde il existe, et ont existé, de nombreuses communautés où la notion de troisième genre est (ou était), beaucoup plus intégrée et normalisée et fluide qu’ici en France, ou dans beaucoup d’autres sociétés occidentales en général.

C’est le cas en Inde par exemple, où le terme HIJRA est utilisé pour désigner une personne dont le genre n’est ni homme ni femme. Historiquement dans la culture Hindou, les Hijra étaient représentés comme des demi dieux, et avaient des rôles importants de conseillers dans les palais. Cependant, avec l’arrivée de nos amis les colons (encore eux), les expressions du troisième genre sont devenues illégales, et donc ont forcé les hijra à devenir underground.

Elles se sont donc créé des familles, un peu comme dans le système des houses de voguing si on peut faire un rapprochement, où les enfants 3 genre, étaient protégés des discriminations et violences, nourris, chéris par une sorte de Guru (mother) lui/elle aussi Hijra.

 

Les violences et discriminations envers les Hijra sont encore aujourd’hui très fréquentes. Néanmoins, depuis les dernières années on observe beaucoup de progrès sociaux. En 2014 notamment, suite au mouvement lancé par l’activiste Laxmi Narayan Tripathi, la court suprême de l’Inde a reconnu le troisième genre  pour permettre aux personnes trans d’avoir les mêmes opportunités que les personnes cis genre.

Au japon, il y a quatre siècles de cela, de jeunes adolescents appelés wakashu formaient également un troisième genre. Ces garçons, mâles de naissance, éveillaient le désir des hommes et des femmes par leur immense beauté pendant la période Edo de 1603 à 1868. Les peintures de l’époque montrent avec beaucoup de clarté, que la notion de genre n’est encore une fois par si binaire que les sociétés occidentales ont voulu l’imposer. Les hommes et femmes traversaient en effet le spectre avec beaucoup plus de fluidité.

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Images tirées de l’expoisiton A Third Gender: Beautiful Youths in Japanese Prints

Autre exemple, et après on termine car cet article se fait plus long que prévu, les Fa’afafines, dans les îles Samoa en polynésie. Où le terme veut dire litteralement, « à la manière d’une femme ».  Les fa’afafines sont acceptés aux Samoa depuis très longtemps, avant que les colons débarquent avec le christianisme. La communauté Samoa conçoit en effet, que chaque individu a un rôle à jouer dans la société. Qu’il soit homme, femme, ou entre les deux. Comme dans le cas des Muxe, il est difficile de les rapprocher des notions de transgendérisme occidentales, puisque les fa’afafines se considèrent comme un genre à part entière, hors notions donc de homme ou femme.

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Werk that puss henny

La notion de genre n’est au final pas quelque chose de difficile à concevoir, ni de déconstruire à titre personnel. Pas mal de communautés le font déjà à travers le monde et l’ont déjà fait par le passé. Ma question est donc, pourquoi venir embêter aujourd’hui nos copains et copines trans en leur interdisant d’aller aux chiottes qu’ils/elles veulent? Au delà de ça, qu’est ce qui bloque pour la reconnaissance de leurs droits ? Macron tu entends? Allo?

Meet The Muxes

Muxe Wikipedia

Identités de genre non binaires

Les hijras un corps d’homme dans une ame de femme

#17 – LIFE IN TECHNICOLOR

Wesh ma petite palette de gouaches et aquarelles,

Aujourd’hui dans D&CO, on va vous parler camaïeu, couleurs complémentaires et stickers muraux.

AHA JE VOUS AI EU !! en vrai, on va parler racisme. OUAAAAAAAAAIIS mon sujet préféré ❤

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Hier matin j’ai lu un article intéressant sur TETU, où on nous dit que « Le racisme serait endémique chez les gays » (cliquez sur le lien pour accéder à l’article). Ceci est appuyé par une enquête menée par le magazine en ligne The Fact Site, et qui arrive à la conclusion que noirs, asiatiques, arabes et latinos, sont très souvent victimes de racisme dans la communauté gay.

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Jusque là… rien de surprenant. Je parlais déjà il y a quelques temps ici sur les problématiques liées à des profils oppressifs sur les applications de rencontre gay, avec les fameux « no fat no fem no asian » et les « no black » qui vont avec.

Ce qui m’a SHOOK dans cet article, ce sont en fait les chiffres annoncés.
D’une part on a seulement 30% des latinos qui ont répondu à l’enquête qui affirment avoir été victimes du racisme, contre 86% de mecs d’asie du sud, ou 70% de noirs par exemple.

Là, en tant que membre de la communauté latinX, je me suis dit que ce chiffre était bien plus bas que ce que je pensais. Ou en tout cas pas représentatif de ce que je vis au quotidien.

Ensuite, et c’est là le plus choquant, on apprend que 49% des hommes gays blancs, ne pensent pas que le racisme soit un problème. (Je suppose ici que 100% des mecs ont admis que le racisme existe bien mais que c’est pas problématique).

Et là en tant que membre de la communauté « êtres humains », je me suis dit que le chiffre était beaucoup trop haut.

Maintenant, allumez grindr, et dites vous que sur la grille de mecs proposés, la moitié pense de cette façon. Et manque de pot, c’est la moitié qui vous intéressait…

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En allant faire un tour sur la section commentaires de l’article proposé sur têtu, on peut lire sans complexe des trucs comme ça:

Je dois dire avec beaucoup de rage que je n’ai pas du tout galéré à trouver ces commentaires, certains font limite partie des commentaires mis en avant par fb car plus likés ou sous-commentés. Et je n’ai pas fait le calcul, mais je pense qu’on n’est pas loin du 1/2…

Ma question est POURQUOI GOD DAMMIT?

Pourquoi seulement 30% de latinos disent être victimes du racisme, alors que j’ai l’impression moi, que le racisme est tout le temps accroché  à mon dos? et pourquoi ces mecs cis blancs continuent à affirmer que ce qu’ils font et disent ce n’est pas raciste, et ce n’est donc pas vraiment un problème? Qu’est ce qu’il s’est passé dans vos vies ?! SECURITE !

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La seule réponse que je trouve à ça, c’est qu’en fait les gens, ne savent pas ce que c’est le racisme. Tout simplement. Dans ce cas, on peut comprendre facilement que des phrases du style « tu m’intéresses pas t’es noir » ou « t’es trop sexy comme tous les latinos », ne soient pas perçues de la même façon par les gens qui les disent et celles/ceux qui les perçoivent, alors qu’elles partagent toutes les deux un fond profondément raciste.

Je vais donc invoquer la classe de Julie Andrews pour essayer de vous expliquer ce qu’est le racisme très rapidement. Et vous faire part de mes réflexions sur le cas particulier des latinX. Et franchement, ceux qui sont pas contents ou ceux qui ont cette passion de lire de travers ou mal comprendre, vous pouvez aller manger des cailloux.

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I. MOI RACISTE? JAMAIS

Pour commencer, ce qu’il faut savoir c’est que la race est une construction sociale. Mathilde LARRERE explique très bien dans l’émission Arrêtsurimages du 18/02/2017, que le racisme a été monté de toutes parts, pour justifier les violences et atrocités qui ont été commises dans le passé sur des peuples qui ont été esclavagés et massacrés. Notamment les indigènes pendant l’époque de la colonisation de l’Amérique et les noirs de façon extrême après que ces premiers aient été décimés.

L’idée était alors de montrer que noirs et indigènes étaient des « esclaves nés », qu’ils était démunis de morale, et inférieurs en tout point au colon occidental. Et donc, après avoir utilisé le christianisme comme source de vérité absolue (échec), on s’est servis de la « science », pour essayer de tenter de prouver qu’il existait plusieurs races humaines, et que la race blanche était au sommet de l’échelle naturelle.

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Or, il s’avère que ces justifications biologiques ne sont plus du tout mobilisables, en effet, après la chute du nazisme, l’UNESCO a publié une étude rassemblant un grand nombre de savants et penseurs, qui récuse la notion de race humaine parce qu’elle a perdu tout intérêt scientifique et toute validité anthropologique. Aujourd’hui TOUT le monde scientifique s’accorde à dire, que biologiquement il n’existe pas de race différente. A savoir qu’un blanc et un noir n’ont pas plus de différences génomiques qu’un asiatique et un latino.

Mais que le race biologique n’existe pas, ne veut pas dire que le concept de race lui est complètement caduc. Au contraire. Ce qui reste est une construction sociale de la race et donc un racisme systémique et latent. Construction qui s’est faite autour d’un référent neutre: l’homme blanc. L’exemple le plus parlant: le fait qu’on prenne souvent des acteurs blancs pour jouer TOUTES les ethnies possibles et imaginables sur cette terre, alors que le contraire n’arrive jamais.

Ensuite, ce qu’il faut comprendre et intégrer (SOS racisme je vous vois),  c’est que le racisme ce n’est pas une question de sentiments individuels, de ressentis, de couleur de peau, d’opinions, ou d’affect. NON. En tout cas, c’est très insuffisant de penser comme ça.

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Big news: Le racisme est un système.  Pas un système de préjugés, mais un système de PRI-VI-LEGES. Un système qui permet de maintenir une domination de certains, sur tous les autres.

Pierre TEVANIAN (coucou Pierre) écrit sur le sujet dans La Mécanique Raciste (avril 2017) :

« Prendre le racisme au sérieux, c’est aussi considérer ce que l’antiracisme dans ses formes les plus convenues est trop enclin à nier ou minimiser : sa dimension politique et socio-économique. Loin d’être une simple pathologie, circonscrite à quelques extrémistes, et n’appelant donc que l’expertise psychologique ou le sermon moral, le racisme est une idéologie et un système politique, intimement lié à des forces sociales et des institutions, y compris étatiques – et à l’usage de la violence, notamment économique et policière. Le racisme est, en un mot, un système de domination »

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Thomas COUTROT rappelle aussi sur Médiapart :

Le racisme est « Un système à la fois informel et institutionnel de discrimination et d’exploitation, un système à contester et à renverser »

La racisme donc, c’est, au delà d’une question de discrimination, une question de pouvoir. Un pouvoir qui est réservé et qui bénéficie à un certain groupe de personnes, au détriment des autres. Je ne vous apprends rien je pense (j’espère), en rappelant que c’est ce système qui crée des inégalités entre blancs et racisés lorsqu’il s’agit d’avoir accès à un emploi par exemple, face à la police lors d’un simple contrôle d’identité supposé aléatoire, face aux violences et agressions au quotidien, dans l’accès et le traitement aux soins hospitaliers, dans l’éducation, lorsqu’il s’agit de trouver un appartement décent, etc etc etc etc.

Donc NON le racisme dans la communauté LGBT vient pas des noirs et des arabes comme on peut le voir sur la fachosphère, mais bien des dominants qui font TOUT pour maintenir ce système qui leur profite à eux et uniquement à eux.

Evidemment, le racisme est alimenté par les préjugés, les stéréotypes (positifs ou négatifs!!), les hostilités, et en réalité par beaucoup d’imaginaire créé par les politiques menées sur l’existence de l’autre. Mais il faut garder à l’esprit, que puisque le racisme est encore une fois, un système de pouvoir et de privilèges, que traiter quelqu’un de sale noir, ou quelqu’un de sale blanc, n’ont pas du tout les mêmes impacts. Evidemment c’est blessant, sauf que dans un cas l’un n’aura pas de conséquences dans sa vie au quotidien, l’autre si.

II. EXOTISATION ET RACISME

Si seulement 30% des gays latino qui ont répondu à cette enquête considèrent qu’ils sont victimes de racisme, c’est je pense, lié à ce phénomène dont j’ai déjà parlé ici qu’est l’exotisation. En tant que latinX, je peux affirmer qu’à la différence de mes copains copines noires par exemple, je ne suis pas du tout sujet de remarques « désobligeantes » ou dégradantes vis à vis de ma culture ou mes origines. En tout cas, d’après ce que les gens s’imaginent sur ma culture et mes origines.

Surtout sur les app de rencontre type grindr, je suis perçu comme quelque chose de sensuel, d’exotique, de « chaleureux », etc. Bref, je suis très souvent érotisé, convoité et considéré dans certains cas comme un produit disponible à la consommation. C’est tout simplement déshumanisant. Et même si en apparence ça peut être flatteur, en réalité ça ne l’est pas du tout.

L’exotisation (de même que les formes de discrimination hostiles) est un outil très efficace du racisme, et dangereux car difficile à concevoir (autant du côté du racisé comme du dominant). L’exotisation permet en effet au dominant de ramener l’exotisé à sa condition d’objet, et de maintenir sa position dans la société, via la perpétration de stéréotypes coloniaux et post coloniaux supposés positifs. En tant que latinX, je n’ai pas vraiment le choix d’être considéré de telle ou telle façon, ni le pouvoir de faire quoi que ce soit par rapport à ça.

Du coup… je peux comprendre que d’autres mecs latinX ou assimilés latinX, face à ce type de remarque, qui en soit ne se veulent pas hostiles, n’aient pas l’impression de faire face à du racisme. Alors qu’en vérité, il est là en permanence sur les sites de rencontre gay, mais également dans les bars, saunas, et tout lieu gay propice aux rencontres. Il se présente juste différemment sous une forme plus flatteuse.

De plus, je pense que si les latinos ne se sentent pas concernés par le racisme, c’est qu’en dehors du fait qu’ils méconnaissent ses mécanismes et sa logique, ils sont eux mêmes enclins à adopter des attitudes et comportements racistes.

L’autre jour je suis tombé sur un article très intéressant de El Estimulo (désolé l’article est en espagnol), où l’on apprend que le Venezuela (mon pays d’origine) a été considéré le pays le plus raciste de l’Amérique en 2013, suite à une étude publiée par le Washington Post. Cette étude montrait que le pays maintient encore aujourd’hui des pratiques discriminantes héritées de l’époque de la conquête espagnole.

Pour l’histoire, à cette époque, les pardos, c’est à dire les gens issus du métissage entre natifs, blancs et noirs, essayaient de se mélanger aux blancs dans le but d’améliorer leur statut social. Chose qui est restée très ancrée dans la conscience collective du pays et qui se maintient encore au XXIe siècle. Plus ta peau est sombre, et plus tu es stigmatisé comme pauvre, illettré,  ou incivilisé. Au contraire, plus ta peau est claire et plus tes traits sont européens occidentaux, plus tu as de chances d’être favorisé dans un contexte social de plus en plus contraignant dangereux et traumatisé par des crises économiques sans fin. C’est ce que l’on appelle colorisme (préférer les peaux plus claires) et l’assimilation, et c’est vrai que beaucoup de latinos que j’ai eu l’occasion de rencontrer, ont cette tendance à se considérer comme blancs… (papa maman je vous vois).

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III. OUI LE NOIR EST UNE COULEUR

Récemment, la ville de Philadelphie aux USA, a eu l’excellente initiative d’inclure au drapeau créé par Gilbert Baker en 78 (j’en parlais ici), une bande noire et marron pour rappeler que la communauté LGBT+, n’est pas et ne doit pas, être représentée uniquement par des personnes blanches, et ouvrir le débat sur les questions de race et d’inclusion réelle.

Ceci a été fait dans le cadre de la campagne More Color More Pride pour le mois des fiertés 2017 aux USA.

Etonnamment, cette initiative que j’ai trouvé excellente, a énormément divisé la communauté… enfin… surtout certains blancs qui tout de suite se sont sentis attaqués. Défendant que le drapeau représente déjà l’unité face à l’oppression du système hétéronormé, et criant sans complexe qu’il serait raciste car il n’inclut pas de bande blanche pour eux…

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Alors, le drapeau n’est pas un drapeau officiel et ne remplacera pas celui de Baker. Le bonhomme est décédé cette année et le nouveau modèle n’a pas été discuté avec lui. Mais l’intention derrière est néanmoins plus que nécessaire, vu le contexte actuel et les alarmants chiffres que l’article de TETU nous rapporte. Les discussions sur la race sont très importantes et nécessaires pour pouvoir déconstruire le système, et il est nécessaire de comprendre le fonctionnement pour surpasser le malaise.

Le problème est bien réel, et les discriminations raciales au sein de la communauté LGBT+ sont bien quantifiables. Donc on applaudit ce genre d’initiative et on reste à l’écoute pour attaquer le racisme et démanteler ses logiques. Pour les ouin ouins qui ne sont pas contents, et qui ne veulent pas participer au débat, je n’ai qu’une chose à dire:

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Racisme en 10 bandes dessinées

Campagne SOS racisme

#TousUnisContreLaHaine

La construction du Racisme – Actuel Marx

Le racisme comme système

#16 WHAT’S YOURS IS MINE

Wesh mes petits makis nutella banane,

Aujourd’hui je vais vous parler d’un sujet (très très difficile) sur lequel je suis en train d’apprendre pas mal de choses et qui, commence à résonner un peu partout dans cette source inépuisable d’informations qu’est internet. Pour info, j’ai commencé à écrire cet article il y a bien 5 mois, sans avoir le temps d’en venir à bout… cependant, vu les derniers incidents (accidents?) médiatiques dans la pop culture… je me suis senti obligé d’intervenir… (et parce que j’ai du temps à tuer également).

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OUI KATY PERRY C’EST DE TOI QUE JE PARLE
Sans plus tarder, et sans tourner autour du pot de nutella, je vous présent notre invitée pour cet épisode: L’appropriation culturelle.

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Certains d’entre vous m’ont déjà vu poster des articles et des vidéos sur ce sujet dans les réseaux sociaux, pas toujours de manière avenante sans doute, puisque c’est un sujet sur lequel je tends à être assez vigilant (relou).

Pourquoi en parler sur ce blog dont le but principal est de partager et discuter de thématiques liées à la culture LGBT+? Et bien parce que plusieurs questions peuvent se poser sur le sujet. Est il légitime de penser par exemple que le milieu LGBT+ serait / pourrait être victime d’appropriation culturelle par le milieu hétérosexuel? Il y a t il, même au sein des LGBT+, des cas d’appropriation culturelle récurrents? Peut on encore dire qu’une sous culture LGBT+ peut être comparée à la culture d’un pays ou ethnique?

En tant que communauté LGBT+, il est évident nous avons développé notre propre culture et (sous cultures) qui nous caractérisent et nous démarquent (icônes, littérature, musique, ciné, spectacles, pratiques sexuelles, langage, codes, etc). Certes, différenciées selon les sigles du terme LGBT+ (les lesbiennes, les gays et les trans n’ont pas les mêmes vécus dans toutes les situations, voire les mêmes combats), mais on partage tout de même pas mal de références à mon avis. Il est évident également, que beaucoup de ces éléments culturels se sont retrouvés aujourd’hui dans le monde « mainstream », accessible à tous, sans savoir forcément pourquoi et surtout d’où ça vient. L’appropriation culturelle des hétérosexuels pourrait en être la cause si on considère que cela s’applique à une sous culture.

Mais les hétérosexuels ne sont pas les seuls à faire de l’appropriation culturelle, nous mêmes au sein de notre communauté avons été influencés par d’autres cultures et sous cultures et avons adopté (volé) les codes et stéréotypes qui les caractérisent.

La limite entre l’échange culturel et l’appropriation culturelle est très mince, voire floue dans certains cas. Raison pour laquelle je vais essayer de définir ici ce qu’est l’appropriation culturelle, ce qui la différencie de l’échange ou partage culturel, en quoi elle peut être dangereuse, et en quoi ça peut impacter la communauté LGBT+ et les autres… j’ai déjà mal à la tête avant même de commencer.

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I. CE QUI EST A TOI EST A MOI

I.1. Echange ou Appropriation?

On dit que « l’imitation est la plus sincère forme de flatterie ». En tout cas, c’est le proverbe préféré de ceux qui veulent à tout prix défendre leur appropriation culturelle déguisée en appréciation culturelle, face à ceux qui la trouvent tout simplement offensante.

Si la question de l’appropriation culturelle devient de plus en plus présente sur internet (et peut être même dans vos conversations à la cantine ou la machine à café, ou dans vos timeline FB) c’est que, de plus en plus, de personnes (appartenant en général à une certaine minorité sociale) commencent à se manifester pour faire comprendre que certaines représentations, dont le but supposé est de « rendre hommage » ou « refléter » tel ou tel aspect d’une culture, sont en fait la plupart du temps irrespectueuses, stigmatisantes, et complètement à côté de la pompe comme dirait Chrisitina Cordula…

En cliquant sur le lien ci dessous, vous tomberez directement sur un exemple illustré, de ce qu’est l’appropriation culturelle. Attention ça vaut le détour.

Pour comprendre en quoi c’est gênant, il suffit de se laisser glisser vers les premiers commentaires sous la vidéo. #InstantPopCorn

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On voit tout de suite que les gens sont pas contents (ils le sont rarement sur internet, encore moins dans la section commentaires), mais les raisons ici sont tout à fait légitimes.

 Des exemples comme ça, il y en a énormément dans la vie de tous les jours, que ce soit à notre niveau, ou dans le star system et autres institutions. Il y a par exemple le cas Katy Perry avec ses représentations (caricaturales et donc loupées) de la culture asiatique lors des American Music Awards de 2013 (voir critique en anglais ici), ou dernièrement son live catastrophique avec les Migos où la meuf veut clairement essayer d’être noire (voir video ici), le cas Miley Cyrus qui depuis a compris que faire du twerk n’allait pas la rendre noire non plus, le cas Kylie Jenner (et toutes les soeurs Kardashian-Jenner pour le coup) qui, elles aussi veulent être noires  visiblement, en copiant leurs styles de coiffures d’une culture qui n’est pas la leur (voir une critique ici), ou encore le cas de Marcs Jacobs et ses mannequins (blanches) qui portaient des perruques dreadées (ce mot n’existe pas) lors de la NYFW de 2016 (voir explications ici).

Marc Jacobs - Runway - September 2016 - New York Fashion Week
JP YIM / GETTY IMAGES

La dernière en date qui s’est illustrée en plein délit d’appropriation culturelle, n’est autre que cette chere Victoria Abril (qu’on adorait au passage), lors du festival de Cannes. Du coup, elle nous fait le plaisir d’illustrer la couverture de cet article tellement c’est incohérent et déconnant.

Selon Gala, « Celle qui avait monté les marches en string orangé sur un shorty en 1997 et qui était appa­rue dans une robe à para­pluie inté­gré en 2005, a encore réussi son pari de l’origi­na­lité »
Pour le coup… c’est original, une geisha maasaï blanche on n’en croise pas tous les jours…
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« Victoria Abril vient de rentrer de Tokyo, la capitale de Guinée Bissau »

A notre niveau, l’appropriation culturelle peut se traduire par plein de petits trucs qui vont, de servir des « makis » complètement inventés pour satisfaire les goûts occidentaux à planet sushi (voir la réaction de Lena Dunham sur ce sujet ici), à faire du yoga (et surtout ouvrir des centres de « yoga » à 1000€ le mois) sans en comprendre les fondements et sans pratiquer le sens spirituel de la discipline (voir un article sur le sujet ici), en passant par porter des costumes stéréotypés à halloween pour le « fun », ou encore par l’utilisation de tatouages tribaux, complètement vidés de leurs symboliques et utilités d’origine pour devenir un truc de beauf de base (déso). La liste est longue, mais le but de cet article ce n’est pas de faire une liste des dos and donts du savoir vivre.

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Campagne par les étudiants de l’université de l’Ohio contre les costumes d’halloween racistes « We’re a culture not a costume » 2011
Certaines personnes ne veulent absolument pas entendre parler de l’appropriation culturelle, et nient de toutes parts son existence ou les effets négatifs de celle ci, défendant (à tort) le fait qu’il s’agisse d’un échange culturel, et qui la considèrent donc comme une conséquence positive de la mondialisation.
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vu sur FB en 2017… je n’invente rien
Ces mêmes personnes pensent sans doute, qu’il n’y a rien de mal à s’inspirer (voler) d’autres éléments culturels, et donc qu’il est possible de faire un peu ce qu’on veut, comme on veut, où on veut, avec ce qu’on veut. Au final, on devrait réussir à créer un « melting pot culturel » et pouvoir baigner dans toutes les cultures dont on a la chance de disposer… C’est trop boooo :’).
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Seulement c’est un point de vue idyllique et surtout très ignorant de la réalité et des problématiques de certaines communautés, traduisant un manque d’empathie considérable.
Il est donc super important de bien distinguer l’appropriation culturelle de l’échange culturel:
James O Young, définit dans son ouvrage « Cultural appropriation and the arts » (février 2010) l’appropriation culturelle comme suit:
« Members of one culture (I will call them outsiders) take for their own, or for their own use, items produced by a member or members of another culture (call them insiders) »
En d’autres termes, c’est prendre quelque chose qui appartient à une culture à laquelle on n’appartient pas et l’utiliser hors du contexte culturel de base. Cela peut être fait par effet de « mode », on pense ici par exemple aux meufs qui se font des cornrows sur la plage, ou pour tirer un certain profit en dépit des groupes marginalisés (typiquement planet sushi). 
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OK ça a l’air bon
L’échange culturel lui, a lieu quand deux groupes (où il n’existe aucun système d’oppression entre l’un et l’autre de préférence) échangent des idées, des objets, des traditions, etc. de façon équitable/réciproque. Chacun définissant l’échange selon ses propres termes. Par exemple, en tant qu’occidental, si on t’invite à un mariage indien, et donc à adopter les vêtements, bijoux, coiffures, danses, musique, etc. traditionnels pour ce genre de cérémonie, entouré de personnes appartenant à cette culture, la question de l’appropriation culturelle ne se pose pas car l’échange est clairement défini. Il n’y a pas d’offense si l’invitation est claire et acceptée, et au contraire favorise la découverte de nouvelles cultures.

Par contre, si tu décides de t’habiller avec un sari pour aller faire tes courses juste parce que tu trouves ça joli, sans à minima connaître l’histoire du vêtement (qui le porte, dans quelles circonstances, est ce que c’est représentatif d’un certain milieu, classe, est ce que des personnes se font maltraiter pour porter ce type de vêtement)… tu ne fais que t’approprier quelque chose qui ne t’appartient pas pour en faire un usage personnel. De même si tu décides d’acheter un petit bouddha pour décorer ta salle de bains par exemple… est ce que je dois vraiment expliquer en quoi c’est offensant de prendre un objet religieux, que les industries se sont réapproprié pour tirer du fric, tout ça dans le but de donner une ambiance « exotique » à tes chiottes ??

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Sérieusement GIFY?

OUI SUN CITY ! ON TE VOIT TOI ET TA DECO

I.2. Outsiders vs Insiders

Lorsqu’on parle d’appropriation culturelle ou d’échange culturel, il faut être vigilant sur les deux groupes qui « échangent ». En d’autres termes, savoir s’il existe un rapport de dominant – dominé entre les Outsiders et les Insiders, et si oui, à qui l’appropriation culturelle peut causer du tort (socialement, économiquement, etc.).
Les insiders correspondent en général au groupé dominé, tandis que les Outsiders correspondent au groupe dominant lorsqu’on parle d’appropriation culturelle.

MAIS QUI SONT CES DOMINES ET DOMINANTS ?
On parle pas ici de pratiques sexuelles pour ceux qui vont débarquer en criant que ce sont des dom top, ou dom bottom (je vous vois). On parle bien de votre condition dans la société.
Sans surprise, les dominés font parties des minorités: les gens de couleur, les personnes LGBT+, les minorités religieuses, les minorités de genre (femmes ou queer ou gender fluid, etc), etc.
Les dominants en général: sans surprise les hommes cis blancs hétérosexuels.

Dans le schéma « classique » et simplifié de l’appropriation culturelle, le dominant prend au dominé sans lui demander son avis, tire bénéfice de l’utilisation, et ne rend pas crédit à son origine.

Dans la réalité, c’est un peu plus complexe. Les dominés pouvant également faire de l’appropriation culturelle entre eux. Un colombien qui prendrait des vêtements traditionnels mexicains hors contexte par exemple, ou un chinois qui se ferait des cornrows c’est de l’appropriation culturelle également.

Mais dans le cas inverse où les dominés prennent des choses au groupe dominant?

Il faut comprendre et avoir en tête que les groupes dominés,  sont en génréral « invités » à adopter des coutumes du groupe dominant (religion, codes vestimentaires, langage, etc.). Cependant, cette « invitation » au partage ne porte en elle que le nom. Dans la réalité, c’est plutôt une obligation pour « s’intégrer » au mode de vie eurocentré / occidental défini comme étant la norme.
COUCOU LES RELENTS DE LA COLONISATION. Dans ce contexte, on ne peut pas vraiment parler d’échange culturel. Mais… on ne peut pas parler d’appropriation non plus.

 

Dès lors qu’il y a un système d’oppression en place entre les deux parties de « l’échange », et que le dominé prend au dominant (noirs qui prennent des trucs aux blancs par ex), on appelle ça de l’assimilation. Quand un immigré « dominé » adopte les codes d’un autre pays : c’est une question de survie en général. Ces personnes n’ont en effet pas le pouvoir de décider si ces nouvelles coutumes leurs conviennent, ou s’ils préféreraient garder leurs propres traditions, même lorsqu’ils arrivent en terrain inconnu.

 Cette question est d’ailleurs complètement d’actualité, d’autant plus avec un certain Fillon qui a failli se retrouver président de la répupu en 2017… (voir son discours sur les apports de la colonisation ici). Mr Fillon soutient que la France ne peut pas être accusée aujourd’hui d’avoir une attitude néocolonialiste, et qu’elle ne doit rien à tous ces pays sur lesquelles elle s’est installée pour « partager sa culture » (sous entendu, sauver ces pauvres sauvages de leurs misérables conditions).

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Il est donc important de bien garder en tête le contexte, les acteurs, les enjeux, et les conditions sociales lorsqu’on aborde la question de l’échange culturel, de l’appropriation, et de l’assimilation.

I.3. Les dangers de l’appropriation culturelle

L’appropriation culturelle est vraiment une mauvaise chose? Dans l’ensemble oui.
MAIS ! comme on ne peut pas échapper à la réalité dans laquelle on vit, on ne peut pas nier qu’elle a permis de propager certains éléments culturels dans le monde entier, et donc eu un côté « bénéfique ». L’exemple le plus typique et cité est la musique, le rock & roll notamment ou la country, des musiques noires à la base, rendues populaires par des blancs. On voit bien que les noirs n’ont eu aucune reconnaissance dans tout ça, les basic bitches out there pensent  sans doute que c’est Elvis qui a inventé le rock & roll (d’ailleurs Elvis c’était un mec plutôt correct, il ne s’est jamais vanté d’avoir crée le rock & roll, et a même affirmé qu’il était influencé par des artistes noirs, même s’il en a tiré tout le mérite on est d’accord), mais il est vrai que d’excellentes créations ont suivi et on en profite tous aujourd’hui. Il y a de nombreux exemples de ce type, au niveau du langage, architectural, de la mode, de l’art en général.
Dans ce lien une petite vidéo de Decoded avec Franchesca Ramsey (ma pref) sur tout ce qui a été apporté par les noirs par exemple, et qui est pris pour acquis par les blancs.
L’appropriation culturelle est cependant problématique car elle présente plusieurs risques, dont les principaux sont:
  • Banaliser les violences historiques commises lors de la récupération des éléments culturels (masques africains, objets religieux, habits, …)
  • Détourner la signification originelle du symbole ou de l’élément pris de base (pensez à la statuette du Bouddha);
  • Ridiculiser les éléments culturels par des représentations approximatives, caricaturales, voire complètement fausses (pensez à l’exemple de la danse polynésienne);
  • Perpétrer les stéréotypes (négatifs ou positifs les deux sont mauvais) ;
  • Maintenir ce système qui implique que lorsqu’un blanc porte une coiffe amérindienne pour coachella c’est cool, mais lorsqu’un amérindien le fait c’est trop communautariste –> les privilèges

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cocou les bouffonnes 
Cela finit donc inévitablement par offenser les « appropriés », et quoi de plus normal franchement?
Mais tout le monde ne voit pas les choses de cette façon… en général, lorsqu’on signale à une personne qu’elle fait de l’appropriation culturelle les premières réactions sont: l’offense suivie d’un sentiment d’accusation et de censure non méritée. Le fameux « on peut plus rien faire sans offenser quelqu’un » ou le « j’ai autant le droit que n’importe qui de profiter de telle culture » ou le « de toutes façons y a pas de mal on est dans un monde multiculturel » sont très très très très fréquents. Balayant ainsi avec une larmichette, des années et des années d’oppression et de stigmatisations réductrices au profit d’un supposé droit sur les autres.
Ironie du sort lorsqu’un opprimé pleure parce qu’on lui dénie son droit d’opprimer….
Encore une fois, quand on prend des choses d’une autre culture, il faut se poser la question sur ce qu’on adopte et COMMENT on le fait. Et surtout, est ce qu’adopter certains éléments, continuent à perpétuer les stéréotypes négatifs des cultures. Est ce que ce sont des choses qui appartiennent à une communauté discriminée ? est ce que les représentations qu’on en fait rendent justice à la culture de base ? Bref, toujours avoir un esprit critique. Perpétuer les stéréotypes réduit les cultures qu’on est soit disant en train de valoriser, et donc, contribue à justifier l’oppression qui existe encore

II. ET LES LGBT+ DANS TOUT CA?

II.1. C’est MON Lipsync

Du coup, la question de l’appropriation culturelle se pose évidemment dans le milieu LGBT+.

Mais honnêtement la réponse n’est pas simple du tout. La première raison étant qu’il n’est pas si évident que ça de comparer une sous culture de genres ou des minorités sexuelles, à la culture d’un pays ou d’une ethnie par exemple.

Pour rappel à nos amis hétéro qui nous lisent, la communauté LGBT+ a bien une culture très riche, qui ne se résume pas à un clip de YMCA. Je vous recommande de lire le bouquin de Cathy Crimmins HOW THE HOMOSEXUALS SAVED CIVILIZATION  pour un aperçu des apports culturels des PD dans le monde moderne (depuis les 50 dernièrs années environ).

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Le mot culture a lui même des centaines de définitions et d’utilisations possibles, ce qui ne facilite pas la chose. Mais si on part sur le sens anthropologique et social du terme le plus répandu, on peut considérer que la culture « sert donc à désigner l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société ou à un groupe social particulier ». 

En se basant sur ça, il ne me paraît pas grossier de faire un parallèle entre la culture d’un pays et la culture LGBT+.

Peut on donc parler dans ce cas d’appropriation culturelle?

Là encore, c’est compliqué. Pour commencer il faudrait définir au préalable deux groupes, un dominant et un dominé. Instinctivement (et peut être trop facilement) on pourrait considérer les LGBT+ comme étant un groupe dominé, et les hétérosexuels, comme le groupe dominant. MAIS ! cela simplifie trop le débat puisqu’on efface complètement les rapports de pouvoir (et donc les luttes) qui existent au sein même du sigle LGBT+.

Dans la réalité, les hommes cis blancs homosexuels, ont tout de même plus de force et dominent les lettres L et T, d’autant plus si ces dernières ont un peu de couleur

Et si on s’intéresse uniquement aux hommes cis gays dans ce cas? Franchement… c’est impossible. La culture LGBT+, même si elle est représentée en majorité par des mecs blancs aux yeux du public, est née d’un mélange absolument incroyable et beau de personnes de tout genre et de couleur. Donc je maintiens le sigle et on parlera des luttes trans, lesbiennes et bis dans un autre post.

 

Admettons donc que pour cet article on simplifie le schéma et qu’on prenne les hétérosexuels comme étant tout de même un groupe dominant, et qu’on englobe l’ensemble des LGBT+ comme le groupe dominé. Dans ce cas, on peut certainement trouver quelques éléments qui illustrent que nos amis hétéro, aiment bien de temps en temps se frotter à nos pratiques culturelles, pour finalement les récupérer.
Premièrement, le langage. OK les pd n’ont pas inventé le langage, mais on ne peut pas nier le fait que beaucoup d’expressions, surtout des termes anglosaxons pour être exacts, sont nés dans la sous culture de la scene ball dans les années 60, et qui aujourd’hui sont de plus en plus repris par nos amis hétéro. Les « yaass queen », les « slay mama », les « werk bitch » et autres termes employés dans ce milieu, sont de plus en plus repris par nos amis hétéro. Que ce soit dans la vie de tous les jours comme dans le star system. On pense notamment à cette chere Ilana encore une fois dans Broad City, dont c’est carrément devenu un tic de langage:
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C’est drôle, mais des fois on se sent un peu comme ça :

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Ensuite, parlons un peu des performances et de l’entertainment. Le voguing par exemple, cette forme d’expression née dans les années 70 dans les clubs underground, fréquentés par des homos, des trans, latino et afro-américains pour la plupart à New York, et qui aujourd’hui évoque à la plupart de nos amis hétérosexuels uniquement le (très bon) morceau de Madonna Vogue (revoir et revoir la vidéo ici). Je ferai peut être un article sur le voguing un jour pour expliquer à quel point c’est tellement plus que ça, mais le fait est qu’aujourd’hui la danse se popularise énormément grâce à la scène hétérosexuelle dominante, sans rendre spécialement crédit aux houses fondatrices du mouvement. Voir exemple d’Elle qui illustre un article sur le voguing avec une femme cis blanche, et qui se fait rappeler à l’ordre par mon beau JJ.

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On peut aussi parler de cette fameuse émission américaine, Lip Sync Battle, dont le concept est de se faire affronter deux célébrités (chanteurs ou non) sur des performances en lip sync (pour rappel le lip sync c’est ce que fait Britney spears quand elle monte sur scène, et elle le fait si bien <3).

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Le fait est que, ce programme date de 2015, or le lip sync, c’est quelque chose qui baigne profondément dans la culture drag depuis de très nombreuses années. L’émission Rupauls Drag Race l’a rendu d’ailleurs accessible à tous depuis notre écran de télé, avec des performances plus que spectaculaires (un petit aperçu ici)

Or, en regardant la page wikipedia de Lip Sync Battle, aucune mention à la culture drag n’est faite à aucun moment. A croire que c’est tout simplement sorti de la tête des créateurs Stephen Merchant and John Krasinski. La ressemblance avec l’émission de Rupaul est tout de même assez troublante…

Dernièrement, on peut penser également à Sia et sa performance à Coachella en 2016, dans sa robe sublime, calquée sur la performance d’une Drag queen Nommée Nina West (voir article ici). Bon même si Sia a donné du crédit à Nina via twitter en disant clairement que c’était elle son inspiration, c’est pas Nina qui a touché le chèque de Coachella on est d’accord.

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Encore un cas, ce cher Bowie, qui soyons honnêtes, a TOUS les codes de la queer culture. Mais TOUS ! Et pourtant, bien qu’ayant voulu semer le doute sur sa sexualité par moments, est bien très très hétéro et su tirer avantage et profit du public LGBT+ (voir article ici)

Enfin la mode, so cliché bien sûr de parler de mode sur un article de culture PD, mais prenons le cas de Gucci qui dernièrement s’est pris sa petite dose de bad buzz sur internet (oui j’ai dit bad buzz). Avec le lancement de sa nouvelle collection « Queercore », gucci s’approprie de façon scandaleuse un mouvement queer punk des années 80, pour nommer des pompes vendues 1700 dollars la paire. Si ça c’est pas un typique cas d’appropriation culturelle je ne sais plus quoi vous dire… Bien évidemment les fondateurs du mouvement ont rappelé à l’ordre la marque sur les internets (voir article ici).

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Queercore shoes by Gucci

II.2. Les LGBT+ coupables d’appropriation culturelle?

OUI évidemment. Là la question ne se pose pas. Déjà par le fait que quand on parle de LGBT+, on prend tout de même un bon paquet de mecs cis blancs dans le tas. Et qu’ils adorent faire ça, voler des trucs aux autres. Alors un PD déguisé en indienne sexy on en a déjà vu et on en verra encore plein…

Mais un truc que les PD adorent s’approprier particulièrement, et pas uniquement les white gays de west hollywood, c’est la culture des femmes noires américaines. Cette superbe video de Buzzfeed illustre par exemple, comment le langage aux Etats Unis évolue. On voit clairement que beaucoup de termes sont nés en fait dans les milieux underground noirs, puis repris par qui? les PD.

Le schéma est le suivant:

Culture Noire Underground > Culture Noire Mainstream  > Culture Gay Noire > Culture Gay Blanche > Culture blanche Underground  > Culture Mainstream Blanche > International.

Donc en fait, ce qu’on prend pour de la culture LGBT+ est grandement issu d’un milieu noir underground. Qu’on parle musique, style, icones, langage, etc.

Au delà de ça, au sein même du sigle LGBT+, on peut considérer qu’il y a de l’appropriation culturelle qui tendent à diviser. C’est le cas lorsqu’on se réapproprie des faits historiques propres à la culture LGBT+, pour en faire du profit en mettant en avant les mauvais côtés de l’appropriation culturelle.

Dans la version du film Stonewall de Roland Emmerich (Godzilla, Independance Day), on assiste à ce cas de figure. Le synopsis est le suivant:

« Inspirés des faits survenus dans le bar Stonewall, à Greenwich Village, le 28 juin 1969 : un raid de police a été organisé dans ce bar déténu par la mafia, dans lequel la communauté LGBT se retrouvait. Ce lieu est devenu important dans les combats menés par la communauté homosexuelle… »

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Bien que ce cher Roland soit ouvertement gay, et qu’il donne de l’argent à la Legacy Project et d’autres associations LGBT, il n’en reste pas moins un homme cisgenre blanc. Ainsi le film s’est retrouvé en plein milieu d’une controverse, attaqué par beaucoup d’associations et d’activistes LGBT+, puisque ce dernier ne rendait pas crédit à l’histoire qu’il était censé représenter. En cause, le manque cruel de diversité dans le film, et le pauvre rôle donné à un personnage  trans historique tel que Marsha P Johnson, aux détriments d’une histoire fictive d’un personnage blanc qui n’avait rien à faire là. Les émeutes dans le film sont très peu représentées. Voilà ce qu’est réécrire l’histoire selon un groupe dominant. Et encore un exemple des luttes dissociés des mecs homos et des trans.

II.3. A quel moment cela devient problématique?

Le fait que les hétérosexuels piquent des trucs et s’inspirent des cultures LGBT+ (sans le savoir souvent), n’est pas en soi si grave que ça selon moi. C’est au mieux drôle, au pire un peu agaçant. 

Cependant, dans certains cas cela peut être problématique pour les raisons qui ont été évoquées précédemment:

  • Banaliser les violences historiques commises lors de la récupération des éléments culturels
  • Détourner la signification originelle du symbole ou de l’élément pris de base 
  • Ridiculiser les éléments culturels par des représentations approximatives, caricaturales, voire complètement fausses (pensez au sketch d’Hanouna récemment)
  • Perpétrer les stéréotypes (négatifs ou positifs les deux sont mauvais) (pensez au sketch d’Hanouna récemment) ;
  • Maintenir ce système de privilèges pour les hétérosexuels (et pour les homos cis blancs > trans par ex).

L’exemple le plus flagrant, reste le monde du cinéma où la représentation de l’homosexuel et ses codes culturels est le plus souvent associée à une kyrielle de clichés et de tabous, dont les homos n’en sortent jamais indemnes. Tout cela bien sûr, au bénéfice d’une industrie majoritairement hétérosexuelle et cis genre.

La plupart de films mettant en scène des personnages et des narrations LGBT+, et donc exploitant leur culture restent des films réalisés par et pour des hétérosexuels. Même si souvent, le point de vue adopté est celui du couple homosexuel, c’est un couple homosexuel tel que la société hétérosexuelle le perçoit.

 

III. CONCLUSION

L’appropriation culturelle c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours. L’être humain est un être sociable, qui aime créer et découvrir de nouvelles choses, tout ce qu’on fait, vient forcément inspiré de quelque part, que ce soit la nature elle même, ou les créations des autres. Rien de nouveau sous le soleil de ce côté là.

Cependant, elle pose beaucoup de problèmes qui vont de l’exploitation économique de minorités, au maintien des systèmes d’oppression stigmatisants injustes. Malheureusement dans un monde où le système capitaliste est prédominant, il est très difficile de faire autrement puisque tout ce qu’on fait, est fait pour faire du profit.

Comment s’en sortir? Je pense qu’il est important de revoir notre conception de la notion de culture (et tout ce qu’elle englobe). La culture, au sens anthropologique et social qu’on a défini plus haut, ce n’est pas un buffet à volonté dont on pourrait se servir à loisir et sans limite. Il faudrait la penser plutôt comme une seule et unique salade, dans laquelle toutes les sous cultures seraient mélangées. On adore les métaphores alimentaires ici et celle là me parle bien.

Chaque culture garde ainsi sa saveur et est unique et se suffit à elle même.

Bien évidemment, rien ne nous empêche de nous inspirer des autres pour créer quelque chose de nouveau, mais il faut toujours s’interroger sur ce qu’on prend, sur comment on le reflète, sur l’impact que cela peut avoir, sur l’histoire, et pourquoi pas si possible, avoir un aval des personnes concernées avant de faire quoique ce soit.

Enfin, garder à l’esprit qu’on ne peut pas, lorsqu’on veut récupérer quelque chose d’une autre culture, s’intéresser uniquement aux choses positives qui nous intéressent. Par exemple, les Jenner qui volent les coupes identitaires des femmes noires, mais qui derrière pondent une pub pour Pepsi où elles inversent les rôles des luttes raciales et donnent une image complètement erronée des violences policières…. là ça pose un énorme problème. C’est valable pour tous les LGBT+ qui pensent à faire une soirée mexicaine et qui vont faire des burritos… pitié arrêtez.

De même chers amis hétéro, pensez qu’avant de nous piquer nos styles, nos slangs, notre musique, nos danses, nos icônes, etc… il faut prendre également tout le paquet qui va avec, à savoir nos insécurités (physiques et morales), nos persécutions, nos moqueries, nos discriminations, nos faiblesses et impuissances face au monde dominant. Montrez nous que vous vous intéressez réellement à nos luttes et à notre culture (en lisant ce blog, en allant voir vos drag queens locales se produire dans les bars, en allant à des soirées PDQUEERTRANS+++, en participant à des mouvements militants, en lisant,…) et ne nous réduisez pas à ce que vous vous imaginez (cf YMCA).

Que ce soit dans le milieu LGBT+ ou hétéro, toujours avoir un esprit critique sur ce qu’on fait c’est essentiel.

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Maintenant je vais manger un maki nutella banane confiture. BYE

Liens:

https://lechodessorcieres.net/quest-quil-y-a-de-mal-a-faire-de-lappropriation-culturelle-ces-9-reponses-revelent-pourquoi-cest-blessant/

http://data.whicdn.com/images/45463444/large.gif

https://journalencouleur.wordpress.com/2016/08/31/lappropriation-culturelle-y-voir-plus-clair/

http://wikipedia.qwika.com/en2fr/Cultural_appropriation

https://en.wikipedia.org/wiki/Cultural_appropriation

https://equimauves.wordpress.com/2014/06/14/petites-notes-sur-lappropriation-culturelle/

http://www.dazeddigital.com/artsandculture/article/32038/1/lena-dunham-supports-that-sushi-is-cultural-appropriation

http://lesglorieuses.fr/interview-mrs-roots/

http://motto.time.com/4501037/cultural-appropriation-marc-jacobs-dreadlocks/

http://magazineantidote.com/mode/appropriation-culturelle-ou-appreciation-de-la-culture-ou-se-situe-la-limite/

http://transadvocate.com/considering-trans-and-queer-appropriation_n_10271.htm

http://www.huffingtonpost.com/entry/heres-the-real-origin-of-the-word-yas_us_578ce747e4b0fa896c3f4306

http://www.womanistmusings.com/there-is-no-excuse-for-glbt-or-cultural/

http://www.huffingtonpost.com/j-nelson-aviance/appropriation-and-the-gay_b_9626874.html

http://www.canwecomplain.com/response-to-sierra-mannie-dear-straight-people-stop-stealing-gay-culture/

http://www.futura-sciences.com/sciences/dossiers/philosophie-culture-reflet-monde-polymorphe-227/page/4/

https://medium.com/@Etinni_/white-gays-are-appropriating-black-gay-appropriation-edb6313fe266

#15 THE UPSIDE DOWN

Wesh mes petits mangeurs de saucisses (et les autres),

Suite au dernier article au sujet des discriminations rencontrées, et affichées sans complexe sur les sites/app de rencontre LGBT+, qui a été relayé par YAGG (merci beaucoup au passage vous avez explosé la fréquentation de ce torchon de blog ^^ (d’ailleurs abonnez vous à Yagg et faites un don!)), et qui a été vivement et ardemment critiqué par ces messieurs:

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On vous voit

Je me suis dit qu’il était temps de remettre une grosse couche baveuse moralisatrice et bien pensante sur tous ces petits trolls d’internet qui pensent que, parce qu’ils sont tranquilles derrière leurs écrans, ont le droit de dire et faire n’importe quoi. Merci l’anonymat des torses et des photos de plage.

Aujourd’hui on va donc retourner sur mon endroit préféré de la terre: GRINDR. Ou comme j’aime l’appeler désormais, le « Upside Down » en référence à la génialissime série Stranger Things (sorte d’univers parallèle froid et toxique où vivent des créature des plus effrayantes selon la def d’Allociné).

Entre discriminations décomplexées, harcèlements en ligne et autres comportements envahissants, l’ambiance qui règne sur l’app du sexe facile pour certains, peut vite tourner au deal breaker le plus total.

I. L’EMPIRE GRINDR

Avant de rentrer dans le sujet (et pas autre chose), un petit point explicatif et informatif pour les copains hétéro qui ont le plaisir de nous lire de temps en temps (des bisous).

Le site BOYS.ONE  présente l’application comme suit:

« Grindr est une application de rencontre géolocalisée qui s’adresse spécifiquement aux Gays et bisexuels [je rajoute aux hétéros curieux ou toute personne souhaitant voir des dick pics à foison]. Son but est d’aider ses utilisateurs à faire des rencontres dans leur région.

La force de l’application est son offre de géolocalisation qui permet de trouver d’autres utilisateurs à proximité [des fois à des distances inquiétantes…]. Pour cela, elle s’appuie sur les fonctionnalités des appareils mobiles (smartphone et tablette). Ainsi, l’interface utilisateur affiche une grille de photos des hommes selon leur éloignement. En tapant sur une image, on voit le profil de cet utilisateur et on a la possibilité de discuter directement avec lui, envoyer des photos et se donner rendez-vous »

Dans la pratique, ça devrait donc se présenter comme ceci (photo non contractuelle tirée d’internet avant qu’on vienne me disputer):

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Plein de beaux garçons souriants aux corps de rêve et aux regards brûlants.

Dans les faits ça ressemble plutôt à ça:

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Photo non contractuelle bis

Plein de torses saillants aux regards brûlants et aux sourires ravageurs.

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que le but de cet article ce n’est pas de basher l’application de Joel Simkhai. Au contraire! celle ci est pour moi l’une des meilleurs inventions et avancées technologiques dont la communauté homosexuelle masculine, et bi dans une certaine mesure, a pu et su bénéficier en long en large et en travers depuis les 20 dernières années.

La raison principale pour moi étant que Grindr, a énormément facilité les intéractions entre hommes gays, bis, hétéro curieux, cis/trans, à travers le monde entier (l’appli est déployée dans pas moins de 192 pays et jouit d’un peu plus d’un million d’utilisateurs par jour… on est loin de 10M de Tinder mais c’est tout de même respectable).

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En dehors du caractère sexuel évident, l’app permet aussi de répondre à un besoin identitaire en facilitant le contact et les échanges. La nature de ces échanges et surtout la façon dont ils sont mis en avant… c’est un sujet qui peut être discuté.

L’impact de Grindr dans la communauté LGBT+ et hétéro est bien présent, à tel point qu’on peut trouver des références à l’application dans des séries mainstream comme 2 Broke Girls, Family Guy, et récemment Broad City (Ilana <3)

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Know that feeling

Ce qui est surprenant (voire déconcertant), c’est l’extrême rapidité avec laquelle l’application est venue se greffer dans notre quotidien, et avec elle, tout un tas de comportements que je trouve désastreux, mais qui se sont peu à peu normalisés et devenus acceptables. L’appli a en effet vu le jour en 2009 (il y a seulement 7 ans!!!), et est née, en plus du besoin identitaire mentionné précédemment, de l’envie de simplifier notre façon de consommer et d’explorer notre sexualité, puisque in fine, c’est bien de ça qu’il s’agit.

Pour info, l’appli a été créé par ce monsieur, qu’on appelle aussi le Zuckerberg du cul tellement il a révolutionné notre façon de « draguer ».

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Joel Simkhai, guru du cul, maître de nos fins de soirée

II. LE VRAI VISAGE DU UPSIDE DOWN

Alors ok, Grindr c’est cette pépite technologique qui aujourd’hui, nous évite de faire du cruising comme faisaient nos copains LGBT+ à l’époque (je dis à  l’époque bien que ça se fasse encore aujourd’hui dans une moindre mesure), de devoir galérer dans une ville à trouver le moindre bar (SANS GOOGLE MAPS) pour rencontrer du monde, de traîner dans des endroits « peu fréquentables » mais bien identifiés et considérés comme des « zones de drague » à la recherche d’une conquête occasionnelle et anonyme. Elle a donc un intérêt certain, voire essentiel pour beaucoup d’entre nous.

Malheureusement c’est aussi l’endroit où la « drague » s’est transformée en une sorte de marché impitoyable et ultra saturé, où les « hors norme » trouvent rarement leur place. Ou du moins c’est ce qu’on pense.

Mais s’est elle réellement transformée ? Et si oui, est ce la faute des applications ? Est ce Grindr qui dicte les codes du virtuel que nous avons tous adoptés, et qui justifient des comportements qui seraient condamnés dans d’autres situations?

II.1 DRAGUE OU MARCHANDAGE

Bon… la question est difficile. Pour ça il faudrait déjà savoir ce qu’on définit comme étant la drague. Pour Erwin Goffman dans L’Arrangement des sexes  « la drague est pour le sens commun une technique de rapprochement qui se faufile dans les conventions de l’interaction et de la conversation : le tact et la réserve, l’empiètement et le jeu des apparences »

La drague est intéressée, elle se différencie de la sociabilisation par cette notion de désir.

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Michael Pollak et André Béjin, décrivent le modèle de la drague homosexuelle dans les années 70  dans « La Rationalisation de la Sexualité » comme suit:

« La drague homosexuelle traduit une recherche d’efficacité et d’économie comportant, à la fois, la maximisation du ‘rendement’ quantitativement exprimée (en nombre de partenaires et d’orgasmes) et la minimisation du ‘coût’ (la perte de temps et le risque de refus opposés aux avances) » 

Dans les années 80, dans « L’homosexualité masculine ou: le bonheur dans le guetto? » Pollak décrit déjà l’homosexualité comme une carrière à part entière, et la sexualité comme un marché. Marché qui selon moi grandit, et fait du profit (littéralement).

Dire que les applications de rencontre d’aujourd’hui, comme grindr, hornet, tinder etc ont rendu la drague homosexuelle (ou bi), impitoyable, difficile, déshumanisante, etc… c’est faire l’autruche sur des comportements assez obscurs qui ne sont pas inhérents aux nouvelles technologies mais plutôt intériorisés en chacun d’entre nous depuis bien des années. D’ailleurs, certaines applications l’ont très bien compris et jouent le jeu de façon complètement assumée… n’est ce pas?

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II.2 GRINDR MADE ME DO IT

Mais quels sont ces comportements et ces attitudes détestables qu’on peut rencontrer sans complexe sur ce type de plateforme ?

II.2.1. OPPRESSION IS NOT A SEXUAL PREFERENCE

Le premier est bien sûr toute forme de rejet affichée et proclamée comme étant une préférence, et dont j’ai largement discuté ici. Je ne vais pas revenir là dessus car l’article était assez clair, sauf pour les personnes qui ont voulu lire ce qu’ils voulaient lire.

D’autant plus que, si on accepte le postulat « on est sur grindr pour baiser », il faut m’expliquer en quoi la couleur de peau ou l’âge d’une personne sont des paramètres proportionnels à l’orgasme atteint… je cherche encore et j’adore les maths.

Je compléterai juste en disant que, si dans un premier temps je demandais aux gens, à défaut de se remettre en question, de réfléchir à ce qu’ils projettent aux autres, ils devraient en fait laisser leurs profils oppressifs tels quels, pour qu’on puisse les repérer plus facilement. Au moins, on est prévenus.

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II.2.2. « PAS DE RÉPONSE C’EST UNE RÉPONSE »

On dit que l’indifférence est le pire des mépris… cette phrase perd en fait tout son sens quand on arrive sur le monde pervers des applications et sites des échanges virtuels, tant le concept d’ignorer l’autre est maîtrisé et accepté (j’en suis moi même un expert).

On pourra lire sur beaucoup de profils « pas de réponse est une réponse » ou « pas de réponse n’est pas une réponse, c’est un manque d’éducation »… comme le profil ci dessous:

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Visiblement sa maman lui a appris à répondre aux inconnus sur Grindr de façon polie pour refuser leurs avances. Je dis bravo.

Le fait est que les deux camps se livrent la guerre sur internet. Les uns estimant que le monde virtuel ne correspond pas au monde IRL (in real life), et que donc ignorer un « bonjour » est tout à fait légitime, surtout lorsqu’il n’est pas désiré. Les autres estimant qu’une réponse, même négative est nécessaire.

Le sujet est polarisant car les deux camps peuvent avoir raison selon les circonstances.

C’est vrai, ne pas répondre à un « salut » ou un « compliment », peut être mal perçu par la personne de l’autre côté de l’écran. Mais est ce une raison suffisante pour devoir répondre à chaque sollicitation en ligne? que faire surtout lorsque ces sollicitations sont pour le moins intrusives et envahissantes? Je pense aux « slt tu ch » à répétition qui ont remplacé les « asv » par exemple, ou les « slt cho » qui sous entendent que t’es un radiateur, ou le « act ou pass » qui arrive très souvent dans les premières lignes des échanges!

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OK, c’est du virtuel, il y a des codes. Mais tout comme tu as la liberté de harceler qui tu veux, il faut accepter aussi que la personne en face décide de ne pas t’accorder l’attention réciproque que t’attends, voire, qu’elle te rejette parce que t’es lourd (et c’est la seule raison valable pour rejeter quelqu’un de façon violente), ou PIRE ! qu’elle te bloque (ouch).

Voici selon moi les raisons qui justifient qu’on ne réponde pas (ou plus) à un profil:

  • Malheureusement (et ça arrive), le mec n’est pas à ton goût

Oui oui c’est superficiel… mais n’est ce pas donner de faux espoirs à l’autre que de laisser la porte ouverte? Mon expérience, est qu’il vaut mieux ne pas se lancer dans des échanges creux, au risque de réveiller le démon qu’il y a en face, pour preuve les échanges suivants (moi en jaune, le charmant monsieur en bleu):

Donc non seulement c’est ma faute de m’être fait aborder et qu’on me fasse des propositions qui ne m’intéressaient pas, mais en plus mon mec (qui n’a rien demandé) se fait traiter d’huître en phase terminale… alors qu’on DÉTESTE LES HUÎTRES 😥

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  • Le mec est méga lourd du type, « slt t cho t dispo quand t act pass? »
  • Le mec te dit qu’il est act XXL ou Power btm avant même de te donner son prénom

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  • Le mec n’a pas de photo (franchement…. envoyez au moins une photo au premier message, ne vous plaignez pas que grindr déshumanise si déjà vous même vous ressemblez à un torse ou à une plage en bretagne).
  • Le mec est ultra envahissant (on a tous une vie en dehors de grindr alors les slt slt slt slt slt ça va 2 min)
  • Le mec t’envoie une dick pic sans que tu l’aies demandée (on y reviendra un peu plus loin)

Si le mec remplit 2 ou plus catégories ci dessus, je prends la fuite ma chérie.

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Si nous étions dans la rue, ça s’appellerait du harcèlement de rue. Sur internet, pas de surprise ça s’appelle le harcèlement en ligne. Personne s’en plaint cependant, et c’est même accepté pour les raisons que j’évoque plus loin.

II.2.4. « COUCOU TU VEUX VOIR MA BITE »

Margaret Cho appelle Grindr « le GPS de la bite », et croyez moi, ça porte très bien son surnom. Honnêtement, il ne se passe pas un seul jour sans qu’on vienne agiter devant moi des photos de verges, pas spécialement mises en valeur, sans âme, insipides, molles, bref… pas nécessaires.

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Détrompez vous, je n’ai rien contre une bonne dick pic. Je trouve d’ailleurs le concept fascinant. Oui mais à condition que ce soit dans un échange consentant. Or… imposer sa teub à l’autre sans qu’il l’ait expressément demandé, c’est aussi une forme de harcèlement. Genre… qui fait ça pour dire bonjour franchement?? (attention image choquante)

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censuré pour des raisons évidentes

Honnêtement, si je voulais voir des (jolies) teubs, j’irais chercher du porno sur le net, comme tout le monde. Pour le coup je l’aurais choisi et ce serait fait selon mes termes.

Ça ne vous viendrait pas à l’esprit de sortir votre chichi pour dire bonjour à quelqu’un dans un bar, ni faire un grand écart pour montrer votre nunuss en disant bonjour. Alors pourquoi le faire sur le monde virtuel ?!

Le problème, c’est d’un côté l’anonymat que procure l’application, car cachés derrière un torse, un paysage ou une paire de lunettes, on perd toute retenue et notion de sociabilisation. Ensuite, tout comme dans la culture du viol, ce type de harcèlement en ligne est normalisé et justifié par beaucoup de gens en évoquant tour à tour les mêmes mécanismes de défense des comportements typiques de prédateurs sexuels:

  • La condition humaine :  « on est des mecs on peut pas aller contre nos pulsions »
  • La fatalité: « c’est grindr c’est comme ça et pas autrement » (CF échanges avec le mec huître)
  • La résilience: « être choqué une fois, deux fois, puis trouver ça habituel et ne rien dire »
  • La tradition: car certes, dans les zones de cruising ou autres lieux dédiés au sexe, et dans certaines circonstances, montrer ses attributs font partie du jeu de la séduction.
  • Le blâme de la victime: car oui, puisque Grindr est fait pour ça, c’est TA faute si t’es offensé par les bites qu’on t’envoie. (CF échanges avec le mec huître)

Toutes ces justifications contribuent à rendre le geste acceptable, or c’est tout de même assez problématique d’arriver dans un endroit (que ce soit virtuel ou IRL) et se sentir mal à l’aise car certains ont des comportements gênants.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne dis pas qu’envoyer une dick pic non sollicitée constitue un viol comme on l’entend traditionnellement (même si la définition évolue au fil des années), mais certains mécanismes pour accepter et banaliser ce type de harcèlement sexuel se retrouvent dans les deux situations et ne sont pas complètement dissociés.

Alors la dick pic, OUI BIEN SUR, mais toujours sur demande et avec consentement! Je vous mets ici un récap pour savoir quand il est acceptable d’envoyer une photo de votre pénis:

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College humor

III. LE PARADOXE GRINDR

En vérité, les applications de rencontre comme grindr ne sont pas intrinsèquement bonnes ou mauvaises. Elles sont juste de nouveaux outils que nous avons appris à maîtriser et dont on arrive à tirer plus ou moins profit selon nos envies, profils, attentes, etc.  Une nouvelle interface pour les interactions humaines qui… malheureusement… font ressortir le Demogorgon qui sommeille en nous de temps à autres. Entre rejet violent de l’autre, harcèlement en ligne et autres messages corrosifs et agressifs… l’ambiance sur grindr peut vite devenir très toxique et oppressante.

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Ceci est un Demogorgon et non pas une photo d’anus sur grindr

Cependant, dire que les app ont ruiné les façons de séduire et construire des relations durables, c’est un peu hypocrite si on n’a pas conscience des comportements et attitudes dont nous sommes les seuls responsables. Ce ne sont pas les app qui dictent les comportements que nous devons avoir et ce qu’on doit projeter envers les autres. Elles devraient au contraire nous pousser à nous montrer sous notre meilleur jour pour plaire et attirer l’autre.

Ce qui est paradoxal, c’est que pour une application qui est considérée par beaucoup comme LE moyen pour avoir des relations sexuelles sans complications, il soit en fait quasi impossible pour chacun de trouver son plaisir tellement les décalages entre les attentes et les attitudes des gens sont marqués.

Des critères comme l’âge, la couleur de peau, le statut social, la taille du sexe, le poids, etc etc… tous les paramètres qui en fait viennent contredire le fameux « on est là pour ça ». Car au final, libération et épanouissement sexuel oui, mais archi conditionné par tout un tas de paramètres sociaux dont on n’arrive pas à se détacher.

Bien sûr, Grindr a ramassé depuis le temps son tout plein de controverses pour pas mal de raisons, notamment l’insupportable normalisation de comportements oppressifs dont j’ai déjà parlé précédemment… mais comme Joel Simkhai l’a dit à plusieurs reprises… il n’est pas maîtresse d’école et ce n’est pas son job de nous obliger à nous comporter comme des êtres humains. A nous de prendre les choses en main comme des grands garçons.

Des grands garçons hyper coquins mais conscients.

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Links:

Should you send a dick pic ? a guide for men

11 annoying things guys need to stop doing on grindr

How grindr turned me into an asshole

Drague et cruising – Géométaphores d’un mouvement exploratoire 

The sex education of Grindr’s Joel Simkhai

Are you obligated to respond to a grindr message?

Grindr: everything thats wrong in the gay world?

#14 GAY KIWI

Wesh mes petits fruits exotiques,

2d70Rwr.jpgAujourd’hui on va parler panier de fruits, car OUI c’est important de manger des fruits et des légumes tous les jours (OUI c’est moi qui dis ça). C’est bon, c’est plein de vitamines et avec cette chaleur ça s’apprécie énormément. Je sais de source sûre que beaucoup d’entre vous adorent les bananes, je comprends c’est plein de magnésium. Mais il y a des gens qui préfèrent eux manger des pommes, c’est très bon aussi les pommes, et il y en a qui vont préférer plutôt les poires, des goûts pour les fruits tout à fait classiques. Cependant il y a des tas des gens, qui en fait préfèrent manger des choses plus « exotiques », et adorent manger des kiwis, des mangues, des kumquats, des litchis et j’en passe…

Pourquoi pas ! il en faut pour satisfaire tout le monde.

Alors, quand on parle de fruits… pas de souci, on parle de goûts alimentaires et personne revient là dessus. Mais peut on faire le même parallèle quand il s’agit de personnes ? Est ce que « préférer » un certain type  de « race » plutôt qu’un autre par exemple, lorsqu’il s’agit de se créer des partenaires de jeu (sexuels j’entends) est acceptable ? Est ce que nos « goûts » en matière de sexe sont vraiment indiscutables et intrinsèques, ou sont ils en fait le résultat d’une construction sociale de laquelle nous serions tous plus ou moins victimes?

  1. OPPRESSION ET SEGREGATION: LE MENU GRINDR

A force de trainer sur les applications de rencontre (grindr, hornet, scruff, etc.) (oui j’y passe beaucoup de temps chut) on finit, et de manière assez gênante, par s’apercevoir que les mecs ont une grande tendance à afficher de manière tout à fait décomplexée, des « préférences » pour certaines « races », origines ethniques, types de corps, classes sociales, ages, etc.

Sans la moindre surprise, ces préférences pointent en général vers le male cis, blanc, viril ET masculin, de classe moyenne sup et à la plastique de rêve. Autrement dit, la quasi totalité des pédés sur internet cherchent à se taper Zac Efron.

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CALMEZ VOUS

« Et alors ? on a bien le droit d’avoir des préférences » me diront certains.

Le hic, c’est que ces « préférences » sont en général affichées de manière très violente, notamment par des propos racistes, grossophobes, follophobes, et j’en passe. Et qui du coup, ont tendance à renforcer la segregation crasse et intériorisée qui existe dans la communauté LGBT+. Le tumblr douchebagsofgrindr.com  illustre assez bien ce que je raconte en compilant des profils de mecs qui, l’air de rien, se permettent de balancer des trucs hyper agressifs et oppressifs sous prétexte que « ce sont nos goûts, ça se discute pas ».

Des profils comme ça, j’en vois TOUS LES JOURS. Exemple, le profil de ce charmant jeune homme qui, il y a quelques temps, a eu l’audace de me gratifier avec un « slt tu ch » auquel je n’ai pas répondu.

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Ce charmant jeune homme de 19 ans,  plein de douceur et de malice, ne cherchait pas à l’époque de mec « vieux » puisque 28 ans c’est son age max. Il ne voulait pas non plus d’une personne pratiquant l’hindouisme visiblement (je pense qu’il a des problèmes avec la religion, mais en France c’est assez courant n’est ce pas?), et il ne cherche pas non plus de black, de métisse, d’asiat. Cependant, Alain maintient qu’il n’est pas raciste car il a des amis de couleur…

Ca ne vous rappelle pas quelqu’un ?

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Dans le cas d’Alain, et de beaucoup beaucoup d’autres mecs sur ces applications, je pense  qu’effectivement il ne s’agit pas vraiment d’un racisme conscient, mais plutôt d’une forme inconsciente  et virulente qui, déjà bien ancrée  dans leurs esprits, vient se manifester ici sous de faux airs innocents couverts de drague et de quelques dick pics. Encore une fois, si vous regroupez tous les critères d’Alain, félicitations: vous êtes un jeune male cis blanc et avez donc le privilège de ne pas être rejeté d’officie comme des fruits pas murs. Quelqu’un a parlé d’oppression?

Seulement voilà, si comme Alain vos « goûts » se réduisent exclusivement à cette catégorie de personnes et que vous les affichez de manière aussi excluante, vous faites partie de ces personnes qui renforcent les systèmes de domination et d’oppression actuels, par une forme de micro-agression à laquelle nous sommes confrontés tous les jours avec plus ou moins d’intensité selon les profils. Or, comme l’a dit quelqu’un de très intelligent dans mon entourage sur son profil gayromeo (mon mec <3) « oppression is not just a sexual preference » elle n’a donc pas sa place au menu des app de rencontre…

Alors bien sûr, nous avons le droit d’avoir des préférences, personne ne dit le contraire, mais nous avons aussi la responsabilité de la façon dont ces préférences sont exprimées et projetées vers les autres, et donc de l’impact que ça peut avoir. Dans une société et une culture où les inégalités n’existeraient pas, on ne se poserait pas ce type de question.

L’autre jour quelqu’un sur internet faisait la comparaison avec les menus qu’on prend au restaurant en disant que si quelqu’un veut manger des steaks frites et uniquement des steaks frites tout le reste de sa vie, c’est son droit/choix. Effectivement. On ne parle (et on ne veut) en aucun cas d’un monde où tous les goûts seraient indifférenciés et où on aimerait tous les mêmes choses, mettant en péril la production de steaks frites dans le monde (sacrilège). Mais dans cette métaphore trois points:

  1. Bonjour ton cholestérol
  2. Même si tu préfères manger des steaks frites et uniquement des steak frites, est ce que tu vas aller hurler au serveur qu’il n’a pas intérêt à te mettre du blanc de dinde dans ton assiette sinon ça va mal se passer?
  3. Est ce que dans le cas où le serveur te ramène du blanc de dinde  par erreur tu vas pas quand même l’envisager s’il a l’air bon?

Bon…. j’ai faim.

The point is,  nos goûts ne sont pas vraiment ancrés en nous comme certains peuvent le penser, les mécanismes de l’attirance sont très complexes mais sont surtout très influencées par des facteurs tels que le statut social et la « race ». Bah ouais, on ne nait pas en aimant les blancs. La société nous l’apprend. C’est donc à nous de travailler pour éradiquer ce type de messages haineux et questionner un peu ces soit disant « préférences ». On sait bien que vous ne faites pas ça méchamment, mais pensez que l’impact est REEL ! En exemple, une jolie vidéo sur comment certaines personnes réagissent aux « no black » sur les app de rencontre:

How Black Guys React to « No Blacks » on dating apps

 » Taste the raibow, the full extent of it » (cet article n’est pas sponsorisé par skittles)

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2.  EXOTISATION : DU FRUIT A L’EPICE EN PASSANT PAR LA PLAQUE CHAUFFANTE

A l’inverse des messages oppressifs qu’on a pu voir précédemment, il m’arrive souvent de tomber sur des mecs qui sont à l’exact opposé de ce que je viens de dire. C’est à dire qu’ils vont afficher sur leurs profils des préférences pour des profils plus « exotiques », plus « caliente », plus « passionnés ». Des trucs qui puent bien le colonialisme d’avant et d’aujourd’hui donc.

En tant que LatinX, j’ai ce privilège qui, même en tant que minorité raciale, me projette dans certains cas au dessus de la pile de fruits dans le grand panier Grindr. Je ne suis pas rejetté, je suis exotisé. Je suis un kiwi, une mangue, ce que vous voulez. Je suis là pour votre consommation.

L’image ci dessous, décrit ce que je viens de dire de façon imagée et gourmande:

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Selon ‘P’, Je ne suis donc pas un kiwi je suis une épice.

« Et alors c’est quoi le problème ? t’as de la chance tout le monde te veut »

Alors déjà, c’est faux. Seulement quelques collectionneurs de pokemon rares veulent me balancer leur pokeballs à la figure. Comme on l’a dit tout à l’heure, je suis loin d’être l’image idéale du pédé que tout le monde aimerait avoir, plus proche d’un John Leguizamo que d’un Zac Efron. Mais la question n’est pas là.

Comme dit tout à ‘l’heure, je suis bien conscient de ce privilège qui peut me rendre dans certains cas désirable pour certains. Mais à quel prix?

Pour commencer, définissons ce qu’est l’exotisation. Pour cela, un petit extrait de ce joli travail de Manuel Billi:

 » L’utilisation du terme “exotisation”, à la place du couple traditionnel exotique/exotisme, permet de souligner la nature processuelle de ce travail de réduction, un processus de “réinvention” de l’Autre issu d’un synthèse: celle entre réalité (prises de vue réelles et in situ) et imaginaire colonial (la tradition littéraire et iconographique). L’exotisation opère une sorte de dressage de l’indigène, dont l’altérité est rendue conforme à une représentation logique. La différence est en effet reconduite à quelque chose de connu, c’est-à-dire à l’ensemble d’images et de pensées sur l’Autre ayant contribué à figer son altérité au long des siècles. Cette altérité “spectaculaire” étonne et amuse, elle devient une douce attraction de foire destinée à susciter deux réactions opposées chez le spectateur occidental: un sentiment de supériorité et une certaine fascination. Cette dernière nait d’un éloge de façade de la différence, un éloge, pour le dire avec Todorov, “dans la méconnaissance” « 

Dans le fond, même si cela sous entend une certaine forme d’éloge et de curiosité, vous comprendrez que dans les faits, cela passe plutôt par une mise en zoo ou en cirque, comme si le fait d’être LatinX, m’affectait automatiquement de talents étrangers et qui seraient mis à disposition du premier venu.

L’exotisation, ou la fétichisation dans certains cas, est en fait un phénomène hyper réducteur par lequel la personne racisée, se voit affligée et accaparée de tout un tas de stéréotypes coloniaux dont elle doit répondre et qu’elle n’a pas choisi.

Quand un mec me répond « ah j’adore » lorsque je dis que je suis Vénézuélien, j’ai tendance à demander pourquoi… Et c’est vrai, pourquoi il adore le fait que je sois vénézuélien ? Les réponses sont en général une succession de stéréotypes dont je ne suis aucunement responsable mais auxquels je suis réduit. Voici le top 5.

  1. Vous êtes sexy et passionés
  2. Vous savez faire la fête
  3. Vous êtes de super bons coups au lit
  4. Votre accent est sexy
  5. Vous avez le rythme dans la peau

C’est du stéréotype positif, mais du stéréotype tout de même et qui prennent leur fondement sur des faits historiques pas très glamour. N3 par exemple, vient tout droit de l’époque coloniale où les femmes indigènes (mais valables aussi pour les noires) étaient considérées comme des sauvages hypersexualisées, justifiant ainsi l’incalculable nombre de viols et autres sauvageries commises par les hommes blancs. Pas très cool.

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Je refuse donc d’être réduit à ce type de stéréotypes et d’être « choisi » sur la base de ces critères car, en tant que personne, j’ai  également tout un tas de qualités et de défauts (plein) à proposer. Je ne suis pas responsable de votre méconnaissance et vos à priori.

3.  A LA DIETE ?

Pour résumer:

  • Proclamer que vous n’êtes pas attirés par un groupe entier de personnes, basés sur leur race, leur age, leur classe, etc: c’est du préjudice sexuel.
  • Proclamer que vous êtes exclusivement attirés par un groupe entier de personnes, basés sur leur race, leur age, leur classe, etc: c’est de l’exotisation ou du fétichisme.

L’un ou l’autre, ne font pas de jolis profils à regarder sur l’impitoyable monde des rencontres internet. Il faut donc trouver le bon équilibre entre tout ça. Pour moi, pas besoin de se mettre à la diète au contraire. Il faut apprendre à manger de tout.

Cela passe par une déconstruction des standards de beauté qui nous ont été greffés dans le cerveau, par un effacement radical des stéréotypes en se rendant compte une bonne fois pour toutes que, tous les types de stéréotypes sont faux et préjudiciables, pas uniquement pour les minorités mais pour tous, et pour une prise de conscience des messages qu’on renvoie au monde, même lorsqu’on se sent en sécurité derrière son écran sur une app de rencontre telle que grindr.

La communauté LGBT+ se bat en force depuis les années 60 pour l’égalité, comment l’atteindre si nous sommes profondément ségrégationnistes dans le cul et autres types de rencontres ?

Sur ce… au plaisir de vous croiser sur Grindr

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Links:

MTV Decoded : The Weird history of asian sex stereotypes

MTV Decoded: Does RACE affect your dating life?

‘No Blacks No Asians’ on Grindr shows how racist gay men actually are

Douchebags of Grindr: prejudice or preference?

Exotisation et marginalisation. L’Autre-indigène et “son” Ailleurs dans le cinéma colonial européen des Années 20 aux Années 40 di Manuel Billi

Im Not your Spicy Latina

#13 HOMOPHOBIOL

Wesh mes bébés,

Le 17 mai dernier c’était la journée internationale contre l’Homophobie et les Transphobies et je m’étais promis d’écrire quelque chose sur le sujet… mais comme toujours je me suis laissé déborder par des choses beaucoup moins importantes et complètement chiantes.

Du coup, je fais un rattrapage car il n’est jamais trop tard pour sensibiliser sur ces problématiques.

Avant d’aller plus loin j’annonce que cet article est plutôt axé Homophobie que Transphobie. Je n’exclus pas pour autant les réalités trans du tout, mais j’estime que le sujet mérite d’être abordé séparément pour être le plus clair possible.

I. HERSTORY

Petit rappel historique: La première journée de lutte contre l’homophobie  (IDAHO : « International Day Against Homophobia ») a été célébrée le 17 mai 2005, soit 15 ans jour pour jour après la suppression de l’homosexualité de la liste des maladies mentales de la classification internationale des maladies publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Souvenez vous, l’homosexualité était encore considérée jusque là comme une paraphilie, c’est à dire une déviation de l’excitation sexuelle, d’où le terme déviant employé fréquemment de manière assez péjorative, pour désigner quelqu’un dont les intérêts sexuels sont « inhabituels ». Un peu comme cette nana :

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Depuis 2005 donc cette journée est l’occasion de se mobiliser sur les problèmes liés à l’homophobie et à la transphobie par le biais de colloques, de manifestations de rue ou d’événements artistiques qui se déroulent un peu partout dans le monde.

Sur Paris notamment, nous avons eu droit à des mobilisations assez animées de plusieurs associations militantes pour défendre les droits de la communauté LGBT+ (AIDES, Inter-LGBT, Fières, etc.), des conférences, des projections de films et autres soirées organisées un peu partout, dans le but de mettre en lumière les nombreuses inégalités et violences dont on peut être encore victime en France.

II. HOMOPHOBIA OR NOT HOMOPHOBIA ?

Telle est la question… en discutant récemment avec quelques amis hétérosexuels, je me suis aperçu que l’homophobie (comme toutes les autres formes de rejet de la différence d’ailleurs), est présente constamment dans notre quotidien, même dans nos cercles proches de personnes qu’on considère pourtant éveillées à ces problématiques.

Le problème, c’est qu’elle se présente sous un nombre incalculable de formes, plus ou moins visibles, plus ou moins avouées, mais qui aujourd’hui sont complètement admises et acceptées en société. On va donc faire un petit tour plus loin dans cet article,  d’un certain nombre de petites choses qu’il faut arrêter de faire et/ou dire pour ne pas passer pour un gros homophobe tout méchant, et essayer de casser pas mal d’idées préconstruites.

Mais avant, définissons ce qu’est l’homophobie. Selon SOS-Homophobie, elle « désigne les manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l’être« . La dernière partie est intéressante SOS-HOMOPHOBIEpuisque effectivement, beaucoup de personnes se retrouvent confrontées à des attaques homophobes, liées directement à toute une flopée de préjugés  absurdes sur les apparences et les comportements du type « le mec est maniéré –> il suce », « cette fille ne se maquille jamais –> c’est une grosse gouine ». Au nom  de la liberté de ressembler à ce que vous voulez, même à rien, il faut arrêter ça.

Je rajouterai à cette définition, tout autre sentiment négatif à l’encontre d’une personne identifiée ou perçue comme homosexuelle. Que ce soit de l’antipathie, des préjugés, le dégoût, la commisération et surtout la peur qu’elle soit rationnelle ou non.

Cette dernière étant d’ailleurs en général la source d’éclats de violence et de maltraitance assez disproportionnés envers les personnes LGBT+.

Mais peur de quoi au juste ? Est ce en fait une peur de se retrouver face à un pénis lorsqu’on est un homme hétérosexuel ? Auquel cas il existe déjà l’ithyphallophobie qui est la peur de voir des pénis en érection (gâchis…).

Ou encore la peur que l’homo en question soit plus attirant et mieux habillé que vous? (clichés… mais ça peut arriver). En réalité, rien ne justifie qu’on puisse avoir peur d’une autre personne à cause de son orientation sexuelle. Rien si ce n’est les institutions et les codes de la société dans laquelle on évolue.

La vérité c’est que la peur n’est pas  réellement (ni consciemment) dirigée envers l’homosexualité à proprement parler, mais repose plutôt sur la fragilité de l’hétérosexualité et son hégémonie sur le prisme des sexualités  qui existent aujourd’hui, et le risque de voir tout partir en éclats. En effet, l’homophobie est en fait une réponse « naturelle » face à ces femmes et hommes qui viennent remettre en question le modèle hétéronormé basé sur la suprématie masculine (et blanche) dans tous les milieux. Les hommes homosexuels d’un côté, en mettant en cause les concepts de masculinité et en intégrant sans honte ni rejet des caractéristiques typiquement associées aux femmes comme la sensibilité ou la chaleur, et les femmes homosexuelles d’un autre en rejetant l’idée que leur statut est et/ou doit être défini par un homme auquel elles devraient être attachées. Tout ça vient remettre en question le système renforcé par les écoles, la famille, l’église, le gouvernement, les entreprises etc etc… et incite donc certains à répondre avec des réactions plus ou moins violentes.

On reconnaît d’ailleurs deux types d’homophobie qui sont :

L’homophobie institutionnelle, qui est celle en général relayée par des institutions telles que l’église (religions), les gouvernements et les législations qui pénalisent les actes homosexuels dans certains pays, les médias qui renvoient des images négatives et stéréotypées des homosexuels, et même les professions médicales qui vont jusqu’à rejeter les homos dans certaines situations (pensez don du sang).

Et puis on retrouve l’homophobie interne, celle qu’on voit au sein de la communauté entre homosexuels homonormés et les autres qui assument et/ou s’infligent leurs propres stéréotypes.

III. DOS AND DONTS HENNY

En décrivant l’homophobie ainsi, on s’imagine qu’à notre niveau, lorsqu’on est conscients de la situation, on échappe à ce type de comportement qu’on imagine plutôt chez des personnes non éveillées sur le sujet,  et qu’on peut ainsi aborder le label gay friendly sans aucun problème.

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Pour vous montrer, j’ai listé ci dessous de petites phrases et gestes qu’on a l’habitude d’entendre et vivre nous autres « du milieu », et qui sont en fait complètement homophobes et transpirent le rejet (bien sûr je vous explique pourquoi). Le but ce n’est pas de faire du homophobic shaming, mais de vous faire prendre conscience et vous inciter à arrêter de le faire si jamais vous vous sentez concerné par l’une ou l’autre.

  • « C’est cool tu fais pas du tout pédé/homo/gay »

Alors… je pense que sans aller très loin vous savez pourquoi cette phrase est insupportable. Déjà, faire pédé ça ne veut rien dire. On peut être efféminé, s’habiller n’importe comment, adorer écouter Rihanna et être un bon gros hétérosexuel. TRUST ME !

Ce qui est moche c’est que cette phrase renvoie au fait qu’être gay, ou être assimilé gay, c’est forcément quelque chose de négatif. Or… qui de plus fabuleux que nous ?!

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Désormais on arrêtera d’utiliser le mot gay, homo, pédé, pour décrire tout un tas de choses sans corrélation aucune et qui vous inspire des choses négatives. Soyez tolérant envers tout, sauf envers les homophobes.

  • « Ça devrait te plaire toi t’es gay »

La bible gay n’existe pas encore à ce que je sache, le baby gay jesus n’est pas encore né. Donc, il n’est écrit nulle part ce qu’un homo devrait aimer ou pas, porter ou pas, manger ou pas, etc… Comme pour rejoindre la remarque précédente, un homo ne sera pas forcément content que vous l’emmeniez voir un spectacle de patinage artistique, d’ailleurs…. qui fait ça ?!

  • « C’est quoi comme soirée? »

C’est celle que j’entends le plus souvent quand on propose à des amis hétérosexuels de rejoindre nos petites sauteries pleines de pédés. Une soirée de pédés c’est une soirée où on danse sur de la musique trop cool, on boit tout ce qui est buvable dans la pièce, on se drogue ou pas selon les envies de chacun, on parle pour refaire le monde, on fait claquer un ou deux grands écarts, on twerk à fond quand Rihanna est là, et de temps en temps, on voit des roulages de pelles entre personnes du même sexe. Est ce qu’il y a raison à s’inquiéter à chaque fois ? Encore une fois, d’où vient la méfiance ? d’où vient la peur ?

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HENNY ! There aint no party like a gay gay party

Le prochaine fois dites oui sans hésiter ou prétextez une autre soirée mais évitez vous la gêne mutuelle !

  • « Tu peux pas comprendre t’es pas hétéro »

S’il faut être hétéro pour dire ce genre de phrases… effectivement je ne peux pas comprendre.  La vérité c’est que cette phrase  renvoie automatiquement au fait qu’un homosexuel a tout de suite moins de valeur, et est moins apte à faire des choses qu’une personne hétérosexuelle, ce qui aujourd’hui est un préjugé communément admis.

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  • Faire ou Continuer à rire des blagues sur les pédés

Pitié arrêtez. Je suis pas du tout un partisan du politiquement correct, et j’estime qu’on est capables de rire de tout, OUI MAIS pas n’importe comment. Il n’y a aucune raison qui me force à  rigoler sur des blagues qui continuent à renforcer les stéréotypes et qui rappellent des systèmes d’oppression encore d’actualité, et vous non plus! C’est également valable pour les blagues racistes, sexistes, xénophobes, etc…

Si vous voulez faire une blague sur les pédés, faites une blague intelligente, montrez donc que vous avez compris et cassez moi donc ces préjugés! Comme dirait Franchesca Chescaleigh, on construit un monde meilleur donc faites des meilleurs blagues!!

IV. HOMOPHOBIOL

AIDES a lancé récemment Homophobiol pour aider à lutter contre l’homophobie. Je ne vais pas m’étaler sur le sujet qu’on a déjà assez vu dans les médias (vous avez un lien vers un article konbini plus bas).maxresdefault (1) Mais cette campagne me fait penser qu’effectivement, une cure contre l’homophobie ne serait pas de trop pour aider à construire ce monde meilleur dont je parlais juste au dessus. Vous imaginez si à la place de dire: « on peut te guérir de ton homosexualité » on pouvait dire « on peut te guérir de ton homophobie » ? LE PIED !

L’homophobie n’est pas innée, elle nous est apprise par la société dans laquelle on évolue, mais à la différence de l’homosexualité on peut choisir de s’en défaire 😉 et ce n’est pas plus mal. Mon conseil pour éviter de se retrouver dans des situations gênantes: avant de dire des choses qui pourraient vexer certaines personnes, essayez donc de remplacer le mot gay par noir ou juif, je vous promets que ça évite de dire des conneries.

Car oui, n’oubliez pas que l’intention n’efface pas l’impact, et que même si vous êtes une personne pleine de bonne volonté, vous n’êtes pas à l’abri de dire ou avoir des gestes homophobes, et on vous le pardonnera du moment que vous vous en rendez compte que vous vous en excusez.

Links:

Why straight men are right to be afraid of homosexuality

Homophobia – What is homophobia?

Homophobia – Wiki

25 things you souldnt say if you dont want to sound homophobic

Homophobiol

#12 HOMONORMATIVITE

Wesh héterosexuels wannabe (et tous les autres bien sûr),

Aujourd’hui j’ai appris un nouveau mot, et je me devais de rédiger quelque chose sur le sujet. Il s’agit en fait du mot qui décrit un phénomène tout à fait réel, présent et encastré dont j’ai déjà parlé à quelques occasions sur ce blog, sans forcément savoir le nommer, et qui crée des divergences au sein de la communaité LGBTQ+, il s’agit de l’homonormativité.

Pas de panique, je vais vous expliquer (c’est tout le but de cet article).

Avant de parler d’homonormativité, rappelons ce qu’est l’hétéronormativité, notion que j’avais déjà abordé à quelques reprises dans ce blog, notamment dans cet article sur les gays dans le monde sportif (ici). Je rappelle donc pour ceux qui ne l’ont pas en tête, que l’hétéronormativité consiste à définir l’hétérosexualité comme étant la seule et unique sexualité admise dans les normes, et à considérer que les sexes biologiques définissent les genres et donc les places de chacun dans la société.

L’homonormativité pour le coup, ne se définit pas tout à fait de la même façon, on ne dira donc pas qu’il s’agit de considérer que tout le monde est homo et que cela définit votre place dans la société. Pourtant, il y a un peu de ça, et les deux termes sont indubitablement liés.

L’homonormativité c’est en fait cette envie (besoin?) d’adhérer au modèle hétéronormé, sans le remettre en cause et au contraire, renforçant au passage ce système de hiérarchies sociales injuste et oppressant pour les « hors norme ».

L’homonormativité on la retrouve partout, on la retrouve chez ces pédés qui ne sentent pas identifiés avec le reste de la communauté qu’ils trouvent trop efféminée, trop voyante, trop dépravée. On la retrouve dans ces profils grindr qui disent respecter les noirs, les asiats, les arabaes et tous les autres, mais qui ne sont pas attirés par eux car c’est « une question de goût ». On la retrouve à la télé, dans de nombreuses séries où les seuls homosexuels sont représentés par des couples d’hommes cisgenre blancs, qui collent parfaitement au modèle « mariage-chiens-enfants-eglise le dimanche » (pensez Modern Family, Queer as Folk, Glee, etc.). On la retrouve dans ce culte du corps qui dicte que pour plaire, un mec homo doit avoir un gros pack d’abdos et un énorme bulge dans le pantalon, et souvent, être blanc. On la retrouve dans cette discrimination envers les personnes trans. On la retrouve aussi dans le dénigrement des personnes queer, des hommes efféminés, des femmes trop « masculines », etc.

Bref… on la retrouve dans toutes ces petites choses qui contribuent à créer une image standardisé du monde LGBTQ+, et surtout, acceptable pour le reste de la société (faites l’exercice, tapez « gay dad » sur google images et comptez le nombre de couples de couleur…)

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HELP

A cause de cette image à laquelle nous sommes censés correspondre, des hiérarchies se créent tout naturellement, puisqu’en fonction de votre rapprochement avec le modèle hétérosexuel, vous serez mieux accepté (ou toléré) dans la société dans laquelle on évolue. Un homo très masculin se fera en effet beaucoup moins emmerder dans la rue (et dans la vie en général), qu’un petit mec efféminé qui parle avec une voix haut perchée. C’est donc un système qui permet à certains d’accéder à un certain nombre de privilèges que d’autres n’ont, et n’auront certainement, pas.

Le problème avec cette homonormativité, c’est qu’elle contribue à renforcer beaucoup trop de points négatifs de la société, et marginaliser certains d’autres qui devraient avoir de l’importance. En effet, sans parler du fait que l’homonormativité, balaye et éclipse tout le prisme d’identités et sexualités possibles sur cette terre, elle permet de maintenir ce système classiste et raciste de la société, en ignorant la lutte de communautés LGBTQ+ moins visibles (les personnes trans pour ne citer qu’elles).

Pourtant, je ne dis pas que ressembler au modèle hétérosexuel soit une mauvaise chose sur certains points: avoir un mariage stable, adopter un chien, adopter des enfants, et prendre soin de son corps par exemple, ne sont pas du tout des choses négatives (selon moi). Ce qui l’est, c’est d’oppresser tous les autres styles de vie qui ne vont pas se fondre dans ce moule. Et c’est en ça que l’homonormativité est dangereuse.

Après avoir pris conscience de ce phénomène, il est donc important  à notre niveau de casser la dynamique actuelle des choses et rendre l’homonormativité impuissante.  Encore une fois, cela doit passer par l’acceptation de qui vous êtes et des autres. Il est plus que nécessaire de réussir à construire une communauté LGBTQ+ solidaire et inclusive, capable de normaliser et en même temps, différencier tous ses individus. Cela doit passer bien sûr par donner plus de visibilité et de crédit à l’ensemble de la communauté (à toutes les couleurs, formes de corps, sexualités et identités.) et non seulement à une petite partie privilégiée. Après ça, l’acceptation des hétérosexuels devrait suivre, je vous assure qu’ils ne sont pas tous méchants.

Links:

Dismantling homonormativity

Combattre l’homonormativité 

What is homonormativity

#11 SHOW GIRLS

Wesh ratchet, campy, beauty, funny, pageant, cheap, hairy, femme queens (et les autres),

Il fut un temps où j’avais le temps d’écrire des articles pour ce blog… mais ça… c’était avant.

Cela dit, la saison 8 de Rupaul’s Drag Race vient de commencer, et nous sommes toutes hystériques après avoir regardé le premier épisode n’est ce pas?

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Ce qui me donne un prétexte facile pour écrire sur un sujet que j’affectionne tout particulièrement: Les Drag Queens (YAS MAMA).

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Alors avant de commencer, puisque ce blog se veut éducatif, instructif et formateur, éclaircissons quelques points.

Tout d’abord, qu’est ce qu’une Drag Queen ? Si vous me posez la question, je vous dirai que ce sont des créatures enchanteresses qui hantent/émerveillent vos nuits et vous entraînent, si vous les laissez faire, dans une glissade pailletée et colorée vers la joie et le bonheur (et plus si affinités).

Mais ici on parle technique, on parle carré, on parle aussi pour les hétéros.

1) ETYHOMOLOGIE:

Une Drag Queen ce n’est pas:

  • Un travelo
  • Une travelotte
  • Un vélo

Le mot Drag Queen, est composé de Drag, dont l’origine est débattue (19e siècle), et fait allusion aux vêtements/habits associés à un genre, lorsqu’ils sont portés par le genre opposé. Dans ce sens, toute personne (genres et orientations sexuelles confondues) peut donc faire du drag. On trouvait à cette époque, et c’est encore le cas aujourd’hui, beaucoup de drag dans le monde du théâtre, de l’opéra, du cinéma et des arts en général.

fm46En ce qui concerne le mot Queen (on parlera ailleurs sur ce blog de l’étymologie un peu péjorative du terme)  il désigne en général un homo efféminé.

Drag Queen est donc un terme utilisé couramment aujourd’hui pour désigner une personne (en général un homme), qui se travestit dans le but de faire du spectacle, de divertir, d’épater, d’être vu etc. par des performances alliant l’humour, le lip sync, la danse, l’imitation,  etc etc en fonction de ses talents et capacités, sans forcément tout mélanger à la fois. Beaucoup de Drag Queens se servent par ailleurs de leurs alter-égo féminins comme des moyens d’auto expression d’une partie (ou l’ensemble) de leurs personnalités.

ON NE DIT DONC PAS à une Drag Queen, que c’est un simple travelo ou une travelotte. Non seulement parce que le terme a une connotation très péjorative et peut donc vite être offensant, mais surtout parce que, même s’il est vrai que techniquement, une Drag Queen est travestie (le terme drag), l’inverse n’est absolument pas vrai. Un homme qui aime s’habiller avec des vêtements « féminins », considéré comme travesti, n’a pas forcément vocation à faire des grands écarts sur une scène avec un fond de Beyoncé. Vous voyez la nuance?

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SLAY THAT SPLIT GUUURL

2) HERSTORY

Pour le côté historique, si on considère que les types qui faisaient du drag au théâtre, à l’époque où c’était interdit aux femmes (vive la journée de la femme au passage…) étaient des Drag Queens, alors elles existent depuis très très très longtemps. 19eme siècle donc, dès l’apparition du terme drag, qui viendrait selon la rumeur, de la façon dont les hommes laissaient traîner leurs jupes derrière eux. On les voyait apparaître dans le théâtre Shakespearien ou dans le théâtre classique chinois par exemple.

En fait, les drag queens comme on l’entend aujourd’hui, ont toujours existé au sein de la communauté LGBTQ, elles étaient juste moins visibles car, même au sein de la communauté elles étaient très discriminées, voire maltraitées (souvenez vous, homo à l’époque = groupe subversif = dangereux –> prison + bastonnage, c’était encore pire pour nos ami(e)s travesti(e)s et queens).

Les drag queens contemporaines, ont commencé à devenir de plus en plus visibles dans les années 80, époque où la culture gay a commencé à surgir et rentrer dans le mainstream. Mais en réalité, c’est à la fin des années 60, suite aux événements de Stonewall (j’en parlais ici) que celles ci ont commencé à s’assumer et à avoir plus d’estime et de reconnaissance de la part du gay world, notamment grâce à leur rôle très important dans le déclenchement des émeutes. Pas de Drag Queens, pas de droits pour les homos aujourd’hui en somme.

3) DRAG PERFORMERS

Il y a eu beaucoup de Drag Queens célèbres tout au long de la courte histoire des queens contemporaines. Ce n’est pas le but de cet article de faire leur biographie, mais pour la culture de nos amis homos et hétéros, les deux à connaître à minima selon moi:

Divine

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Divine – Pink Flamingos 1972

L’une des Drag Queens les plus connues dans la culture occidentale, même si à la base venant d’une culture complètement underground, c’est Divine (Harris Glenn Mistead), et elle doit tout à CES SOURCILS !!!! non, en vrai, Divine est très connue pour être une grande amie de John Waters, pour qui elle a joué dans de nombreux films, Pink Flamingos pour n’en citer qu’un, et qui a encore aujourd’hui des fans qui y vouent un véritable culte. Elle a également incarné le personnage de Edna Turnblad, la mère de Tracy dans Hairspray (la version de 88 pas celle avec Travolta), réalisé également par Waters.

Divine était trash, obscène, étrange, drôle, talentueuse et fabuleuse bien sûr. Bref, tout ce qu’on aime.

La rumeur dit, que le personnage d’Ursula dans la petite sirène aurait été inspiré par Divine. Vous voyez pourquoi? Ces drag queens sont vraiment partout.

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Rupaul

Bien sûr que je vais parler de Rupaul, tout cet article n’est d’ailleurs qu’une suite logique d’informations pour en arriver là.

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Celle par qui ma passion pour les drag queens est née.

Rupaul (Rupaul André Charles de son vrai nom), est certainement la Drag Queen la plus connue et célèbre dans la pop culture d’aujourd’hui. Elle a réussi à terminer ce que nombreuses Queens avant elle ont démarré: introduire la culture Drag dans le monde mainstream, et la faire rester. Rupaul a commencé à être connue dans les années 90 par ses nombreux talents: actrice, chanteuse, écrivaine à ses heures perdues, super model of the world, et aujourd’hui, à la tête d’un des programmes de télé réalité les plus regardés par la communauté LGBT, la fameuse Drag Race.

Drag Race c’est un peu les hungers games des drag queens, une sorte de America’s next top model, version paillettes, humour, et beaucoup de « shade » (je ferai un article sur le langage LGBT+ plus tard). Le programme montre, en plus d’une grande diversité de personnalités et de types de drag, le travail énorme que ça représente pour passer de ça

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à ça

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COUCOU MISS FAME

Bref, l’impact culturel est tel que même les queens parisiennes ont adopté les mimiques, les références et pour certaines, des codes esthétiques de nos copines outre atlantique. Sans parler bien sûr, du langage Queen, qui lui se répand de plus en plus dans le milieu LGBT, voire… hétéro… YAAASSSSS

4) DRAG QUEENS ET OSTRACISME

Alors, disons le franchement, être une drag queen c’est pas facile. Je ne parle pas uniquement du travail que cela représente, ni de la force d’esprit que doit représenter faire un tuck complet…(je vous mets ici un lien illustré sur ce qu’est un tuck et comment le faire pour les curieux). Je parle aussi du contexte social dans lequel elles évoluent.

Parlons homophobie pour commencer… ça facile… on y est confrontés tous les jours. Mais en tant que drag queen, en plus d’être attaquée par le monde hétéro ignorant, vous devez très souvent faire face à l’homophobie latente de votre propre camp. Car oui, on a tendance à oublier un peu d’où on vient et surtout, à respecter les autres pour ce qu’ils sont. Il est très fréquent de voir dans le milieu même LGBT+ des insultes, des discriminations, des moqueries envers ces créatures fabuleuses, parce qu’elles ne rentrent pas dans le moule hétéronormé dans lequel nous sommes contraints de survivre. Moule d’ailleurs, qui pousse certains homos à faire de l’hétérosexualité surjouée, prônant la masculinité et la virilité par dessus tout, sous prétexte que « on est gays on aime les hommes pas les femmes »… je ne vais pas m’étendre sur le sexisme crasseux que ce type de phrase représente à mes yeux… mais le fait de repousser et marginaliser une personne parce que il ou elle, exprime sa personnalité d’une façon différente, va à l’encontre absolue des valeurs pour lesquelles le mouvement gay a été lancé au départ. Pas étonnant puisque les communautés les plus stigmatisées sont les premières à s’affliger leurs propres stéréotypes.

Et puisqu’on parle de stéréotypes, il faut également savoir que la communauté queen est très souvent attaqué par les camps féministes, qui jugent que leurs représentations de la femme sont bien souvent trop stéréotypées et rappellent, renforcent et d’une certaine manière justifient cette société hétéronormée et hétérosexiste dans laquelle on vit. C’est un peu le serpent qui se mord la queue, puisque les Queens vont passer pour des grosses misogynes, ou en être les malheureuses victimes (cf paragraphe juste au dessus).

5) « IF YOU CAN’T LOVE YOURSELF, HOW IN THE HELL ARE YOU GOING TO LOVE SOMEBODY ELSE »

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Cette phrase répétée inlassablement par Rupaul à la fin de chaque épisode devrait résonner dans la tête de tout un chacun. Il est évident que des clivages existent dans notre société, et ce à de niveaux très différents. Nous ne sommes pas tous affectés par ces guerres de la même façon: en fonction de notre classe, race, éducation, etc… nous percevons tous ces mouvements différemment.

*Attention les violons de Titanic se mettent à jouer à ce moment*

Cependant, et là je m’adresse aux membres de la communauté LGBT+ particulièrement, il faut apprendre à respecter et accepter, que les autres ne soient pas le reflet de ce que vous êtes. Chacun est libre de se catégoriser comme il le souhaite, de se sentir plus ou moins proche de tel groupe social, mais il faut apprendre à vivre également avec les autres

Or cela passe avant tout, par l’acceptation de ce que vous êtes, et d’où vous venez. Sortez donc un peu plus dans le milieu, rencontrez de nouvelles personnes, apprenez à vous ouvrir et à connaître de nouvelles choses, à l’occasion vous rencontrerez peut être une de ces créatures fabuleuses de la nuit ! Au lieu de jauger, pensez au travail qu’elle a passé pour arriver à ce résultat (le tuck toujours le tuck) et lancez lui un compliment et laissez le faire son effet… je ne vous garantit pas que vous survivrez à cette soirée… mais si c’est tel est le cas, je vous assure que vous voudrez à tous les coups recommencer.

D’ailleurs… la rumeur dit qu’une petite sauterie aurait lieu le 27 mars aux Souffleurs, en compagnie de quelques copines de la scène Parisienne, puis le 30 mars avec des beautés pailletées au Point Ephemere!! J’en ai déjà plein le slip !! (des paillettes j’entends).

Les events FB par ici:

Les paillettes dans laideur 30 mars Point ephemere

Extravaganza ! Oh my gode!! 27 mars aux Souffleurs

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Now… SASHAY AWAY

Sources:

Fabulous History of Drag

From Ancient Greece to Angry Inch, Take a Look at the History of Drag in Theatre

How Drag Queens Work

Wikipedia:

Drag

Divine

Drag Queen

Theorie de l’auto catégorisation

Théorie de l’identité sociale

#10 HAPPY HOES HOES HOES

Wesh petits et gros paquets (cadeau),

Il y a quelques jours, certains d’entre nous avons fêté l’anniversaire de baby Jesus (Joyeux Noel à vous passage tiens), et si nous sommes ici réunis c’est que vous comme moi avons survécu à l’événement.

Non pas que le réveillon de Noel soit une fête désagréable en soi… Mais pour ceux qui ont le plaisir/courage de participer a l’événement, vous savez parfaitement à quel point ces retrouvailles en famille (la plupart du temps) peuvent être éprouvantes (je ne parle pas uniquement du marathon de la bouffe et de la course aux Kg).

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D’autant plus lorsqu’on a la chance d’être pédé n’est ce pas?

Pour ceux qui n’ont pas la chance de vivre l’expérience, je vais tâcher de vous expliquer en 3 points, pourquoi Noël peut être une source d’angoisse pour un pédé de bientôt 30 ans (presque l’âge de la retraite sexuelle pour un pédé mal conservé rappelons le).

Raison #1: les cadeaux fille / garçon

La tradition veut que pour la période de Noel on se sente obligés de faire exploser son PEL, dans le but de faire des cadeaux (moches) à ses proches, en espérant que Mamie sera assez généreuse pour nous éviter l’interdit bancaire.giphy (10)

Bizarrement, il y a 20 ans cela ne nous posait aucun problème. Il est bien connu que plus on est jeune, plus on s’en fout de tout, mais surtout plus on a de cadeaux pendant la période de Noel! (injustice).

Et quels cadeaux…. cette année à la différence des autres années, et certainement grâce à l’éducation sur les genres et la position des hommes/femmes dans la société, que je suis en train de me faire sur internet et avec mon entourage; je n’ai pas pu m’empêcher d’être un peu affolé par ce que j’ai pu voir ou entendre pendant cette période de l’année.

Cela avait commencé dans les magasins de jouets lorsque je faisais mes achats de Noel : les stéréotypes fille-garçon étaient déjà bien installés et visibles dans leurs rayons respectifs… moi qui avais de l’espoir pour cette fin d’année, je me suis vu contraint comme tous les ans de parcourir les rayons fille-garçon pour essayer de trouver quelque chose de sympa pour mes petits cousins, en entendant des absurdités du type « on ne va pas lui prendre ça c’est rose, c’est pour les filles… »

J’ai déjà évoqué les notions de masculinité et féminité associées au genre biologique dans un article précédent. Vous êtes d’accord (et je l’espère), qu’offrir un Action Man à une fille ou une Barbie à un garçon n’auront aucun impact sur leur sexualité ou sur leur identité ? Bon… c’est un début.

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C’est génial les poupées
C’est donc assez consternant de voir encore des « jeunes » parents aujourd’hui, perpétuer les stéréotypes qui existent depuis toujours, en achetant des jouets « féminins » pour les petites filles et « masculins » pour les petits garçons en pensant que ça va forcément leur faire plaisir… comme si leurs sexes biologiques conditionnaient en quelque sorte leurs goûts et préférences en matière d’amusement.

Pitié, mettons nous d’accord: un jouet c’est un jouet, ça n’a pas de genre, c’est fait pour S’AMUSER et ne devrait être en aucun cas chargé de stigma sociaux, de jugements ou même être un vecteur de notions négatives issues des parents comme l’hétéronormativité. Si votre petit garçon vous demande du maquillage pour Noel, pourquoi ne pas lui acheter le kit complet Drag Queens avec la perruque et les talons qui vont avec? 🙂 Si votre petite fille vous demande un ballon de foot, achetez lui les crampons qui vont avec et payez lui un abonnement à un club par la même occasion !

Ma plus petite cousine a eu cette année plein de poupées, des jolies robes et des bijoux (Oui je l’avoue j’étais hyper jaloux). Son frère lui, a eu un avion télécommandé et un Stormtrooper du dernier Star Wars (encore une fois j’étais hyper jaloux). Tout le monde a donc joué le jeu de la société et a opté pour des jouets faciles. Les petits ont apprécié leurs cadeaux, mais leur éducation ne pouvait pas leur permettre d’en être autrement… Je me suis demandé comment ils auraient réagit si cela avait été l’inverse. Auraient ils été contents ou auraient ils eu honte de recevoir quelque chose qui n’est pas supposé leur convenir?

Pour essayer d’échapper au piège cette année je leur ai offert deux Talkie-walkie Star Wars… je suis resté ultra neutre… mais je n’ai pris aucun risque… c’est comme offrir un jeu de monopoly ou un jeu de cartes… mon défi 2016 sera d’être plus créatif pour voir leur réaction, et surtout celle des adultes présents dans la pièce.

Pourquoi cette question du genre au moment des cadeaux de Noel m’affecte en tant que pédé? Et bien nous autres déviants (filles et garçons) sommes presque toujours assimilés au genre opposé en raison de nos préférences sexuelles (malgré nous), et c’est un énorme problème auquel nous devons faire face tous les jours, spécialement pendant ce type d’événements: t’es pédé donc t’aimes les trucs de femme, t’es goudou donc tu aimes les trucs de garçon. OUI bien sur, mais pas que. Le sujet est complexe, mais ne devrait pas être présent au moment de choisir un jouet, un vêtement, un bijou, etc. D’autant plus quand on sait que ça finira certainement sur Ebay.

Des marques comme Moschino, associée récemment à Barbie pour le lancement d’une pub où l’on peut apercevoir un petit garçon jouer à la poupée, ou même Super U avec leur dernier spot publicitaire, essayent de casser aujourd’hui ces codes bien ancrés dans nos esprits. N’oublions pas que c’est à nous de montrer aux petits d’aujourd’hui que le monde change et qu’il devient un endroit où tout le monde a sa place.

Raison #2: l’éternelle question du « c’est pour quand? »

On redoute TOUS, ce moment qui arrive en général au moment du repas. Quand tout le monde a le ventre bien rempli, que l’alcool coule à flots, que les danseuses arrivent et que les saltimbanques se mettent à cracher du feu: il arrive qu’un membre de votre famille vous pose (de façon bienveillante ou non…) la fameuse question du « c’est pour quand? ». Celle qui vous écorche la peau et qui vous fait avaler de travers votre part de bûche… Si celle-ci peut être posée de différentes façons (certaines plus subtiles que d’autres) la sensation reste toujours la même…

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Alors c’est quand que tu nous ramènes quelqu’un ?

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Alors c’est pour quand le mariage?

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Alors il est pour quand le bébé?
En général, il faut dire qu’on n’embête pas souvent les garçons hétérosexuels avec ce genre de questions. Il est tout à fait admissible pour un homme hétéro de bientôt 30 ans qu’il soit célibataire, parce qu’il se consacre à sa carrière, parce qu’il a encore envie de coucher avec les 47 match Tinder qui lui restent, ou tout simplement parce qu’il n’en a pas envie… bref c’est pas très important.

Par contre, lorsque vous êtes une femme ou un pédé… la question prend toute une autre tournure ressemblant même dans certains cas à une accusation.

Dans la plupart des familles héteronormées, la question de l’homosexualité n’est pas un sujet dont il est facile de discuter librement… en général, comme on le fait en société, on se sent contraints à garder pour nous tout ce qui gravite autour des relations amoureuses / sexuelles entre homosexuels… ET TANT MIEUX !!!

Vous imaginez répondre à votre grand mère que si la raison pour laquelle vous n’êtes pas encore marié aujourd’hui c’est que « vous préférez faire des partouzes sous chems plutôt que vouloir rentrer dans le moule du schéma patriarcal ? » ou dire tout simplement à votre oncle que « non je n’ai pas ramené personne cette année car j’ai pas envie de me sentir observé, espionné, jugé à chaque fois que j’ose poser la main sur la cuisse de mon/ma partenaire ».

Et c’est là la grande différence avec nos amis hétérosexuels (qui souffrent néanmoins de cette question très chargée de  pression sociale également), c’est que chez la plupart des foyers (en tout cas c’est mon cas), même si l’on est avec quelqu’un, que tout se passe bien, que l’on a envie de l’afficher partout… on ne peut pas le faire. Ce serait mal vu tout simplement. Ce qui est assez démoralisant quand vous savez qu’il s’agit de votre propre famille…

Il faut savoir relativiser…. ils pourraient être racistes en plus de ça. Ça ira mieux en 2016  et encore mieux en 2017.

Raison #3: Le Fat Shaming

Pour le coup, ce n’est pas une question spécifique à la période de Noel. Mais il est bien connu que pendant cette période on a tendance tout de même a bien multiplier son apport calorique journalier par 3 (je viens d’inventer cette statistique).

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Le Fat Shaming c’est quoi? c’est en gros (oops), insinuer que MINCE > GROS. Je prends le symbole mathématique car dans la réalité c’est exactement ça. Faire du Fat Shaming implique qu’une personne en surpoids, grosse, est inférieure à une personne mince, tant au niveau physique que moral… c’est une chose très dangereuse qui rejoint toutes les autres formes d’oppression qu’on retrouve dans notre belle société aujourd’hui.

Alors bien sur, comme toute forme d’oppression il faut s’encourager a changer sa façon de penser et d’agir, et cela commence déjà par arrêter de considérer le mot « gros » comme une insulte, et comme étant complètement dissociable de la beauté. On peut être gros ET beau, l’un n’empêche pas l’autre.

Cela étant dit… nous n’en sommes pas là… encore moins dans le milieu homosexuel. On a beau être une communauté stygmatisée, on trouve quand même moyen de critiquer et juger les autres… on est les PIRES.

Du coup… vous comprendrez bien qu’être gros et gay… c’est pas vraiment compatible. Dans un monde où toutes les relations passent par le virtuel, où les mecs se sentent obligés d’être torse nus sur leurs photos de profil,  pour afficher des corps ultra dessinés travaillés sans relâche dans des salles de sport, dans l’espoir d’avoir quelqu’un à présenter au prochain repas de Noel… être gros ça vous renvoie directement dans le fond du panier avec les autres fruits qui ne rentrent pas dans les critères de beauté conventionnels. En exemple des profils de « Douche bags de Grindr », typiques de ce qu’on peut voir tous les jours

Attention, quand je parle des gros je ne parle pas ici des « Bears »… sujet que j’aborderai dans un autre article certainement, petite (grosse?) sous partie de la communauté qui a ses propres codes et standards de beauté. Je parle du mec lambda, rondouillet, sans forcément être obèse, mais qui aura plus de mal à décrocher un plan cul que toute autre espèce répertoriée sur Grindr.

 

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Moi en 2016

 

Le fait est que cette période de l’année peut être hautement démoralisante lorsque l’on voit la bidoche de Noël apparaître au bout de la deuxième bouchée de foie gras, après avoir fait tout un tas d’efforts tout le reste de l’année à la salle de sport…

Résolution 2016: Arrêter de chercher à se valoriser physiquement aux yeux de mecs qui finalement ne méritent pas d’attention. Et puis trouver l’équilibre entre la bonne dose de sport et de nuggets ❤

Quoiqu’il en soit, cette année j’ai eu de jolis cadeaux, j’ai très très bien mangé, je me suis tout de même bien amusé et profité des gens que j’aime. Les fêtes de fin d’année c’est certes éprouvant, mais c’est aussi rempli de moments agréables. En attendant le réveillon pour nous achever…

VIVEMENT 2016 ET LES GALETTES DE ROI

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#9 SPORTS HUNKS AND FUN

Wesh mes petits athlètes,

Aujourd’hui nous allons parler testostérone, vestiaires et jockstraps.

Il y a quelques temps, j’ai eu la chance de partir avec quelques copains rugbyman à Edimbourg pour assister au Rugby Clinc organisé par l’équipe de rugby Gay Friendly: les Caledonian Thebans RFC. Le but du week-end: participer à des rencontres sportives (ou autres pour certains) autour du ballon ovale, entre équipes de rugby gay friendly de toute l’Europe.

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What happens in Edinburgh stays in Edinburgh

Au programme:

Visite d'une des plus jolies villes d'écosse <3
Visite de l’une des plus jolies villes d’écosse ❤
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De la gastronomie
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Encore de la gastronomie

Alors je vois déjà venir les questions:

  • Rugby à Edimbourg? Tout le monde joue en kilt ?
  • Une équipe de rugby gay friendly ? pourquoi faire?
  • Tu fais du sport toi?

Je vais essayer de répondre à toutes ces questions (pas forcément dans l’ordre) sans trop me disperser.

Alors avant de rentrer dans les discussions du pourquoi du comment des équipes sportives Gay Friendly, parlons peut être avant du sport qui m’a amené à écrire ce post: le rugby.

Pourquoi aime-t-on le rugby? Raison n1 et n2 :

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Raison n1 et n2

Raison n3: car le rugby, en plus d’être un sport particulièrement beau et percutant visuellement parlant, est l’un des rares sports, où le travail en équipe a une vraie signification. Le rugby, c’est un sport de brutes, de costauds, de bonhommes… en tout cas, c’est l’image que les gens en ont en général. Mais c’est également un sport stratégique, de coopération, et soyez surpris ou non, d’agilité et de précision.

Dans le monde réel, quand les gens conscients de ma condition d’homosexuel apprennent que je « joue » dans une équipe de Rugby (je mets ce mot entre guillemets à cause de mon assiduité aux entraînements quasi inexistante… cela répond sûrement à l’une des questions posées précédemment…) ils ont tendance à avoir ce type de réaction:

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Quand je leur explique que c’est dans une équipe Gay Friendly ça devient plutôt :

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Dans la tête des gens, même dans mon entourage qui est assez éduqué et ouvert sur le monde, un pédé qui fait du rugby c’est assez incompatible. Vous imaginez une tata au milieu d’un terrain de rugby rempli de mecs costauds et balèzes qui lui foncent dessus? qui parie qu’elle hurle ? qui parie qu’elle survit ?

Cependant, dites que les mecs qui lui foncent dessus sont tous pédés et vous obtenez une grosse partouze. Ce qui, parmi les fantasmes étranges des gens dans la société, devient tout à fait envisageable.

C’est aussi basique que ça dans la tête de certains.

Ce qui nous amène à répondre à la première question: Pourquoi une équipe de rugby gay friendly?

NON ce n’est pas pour mater des mecs sous la douche ni pour remplir son carnet de drague, encore moins pour jouer au jeu de la biscotte (jusque là ce jeu reste un mythe pour moi… mais la rumeur dit que ce ne serait pas seulement un jeu de pédés).

Le monde des sports comme vous pouvez vous en douter est aujourd’hui extrêmement homophobe. Non seulement dans des sports super hétéronormés et « virils » comme le foot ou le rugby, mais également dans d’autres sports à caractère plus artistique comme le patinage artistique justement ou la gymnastique, où malgré ce que vous pensez tous, il n’est pas tout à fait bien vu de faire son coming out. On ne dit pas qu’il n’y a pas un grand pourcentage d’homosexuels dans les sports, mais plutôt qu’ils ne sont pas assez visibles. Pourquoi?

Le problème vient surtout de l’hétéronormativité avec laquelle les sports sont enseignés au collège, au lycée et au délà partout dans le monde. Pour rappel l’hétéronormativité consiste à définir l’hétérosexualité comme étant la seule et unique sexualité admise dans les normes, et considérer que les sexes biologiques définissent les genres et donc les places de chacun dans la société (une femme en cuisine un homme au bar en bref).

Cette façon de penser est poussée à l’extrême dans le monde des sports où l’hégémonie masculine est indiscutable. Exit donc les femmes et les homosexuels (qui ne sont pas de vrais hommes), considérés moins capables, moins physiques, moins aptes à être des leaders, etc. Il suffit de regarder la place accordée au rugby féminin par rapport au rugby masculin ou au foot à la télé pour s’apercevoir du sexisme latent, ou d’assister à un match de foot ou basket pour écouter des enchaînements de remarques homophobes entre deux insultes et coups de vuvuzela (bonne ambiance). Cette pensée hétéronormative date depuis la naissance des sports dans l’antiquité, et a conduit à une culture sportive hautement intolérante aujourd’hui.

Pour exemple, le coming out de Micahel Sam, premier footballeur de la NFL (National Football League) aux USA, qui a ramassé son tas de remarques homophobes au passage et s’est vu déclassé de la NFL comme annoncé par des de nombreux exécutifs anonymes… Ou encore la récente interview désastreuse à la télé française de Gareth Thomas, premier rugbyman homosexuel à faire son coming, où le journaliste a osé demander: « comment vous vous débrouillez justement avec vos pulsions homosexuelles et ce rapport très intime que vous aviez avec vos joueurs, vous étiez capitaine en plus? »…

Cette stigmatisation et cette intolérance sont vraies à notre niveau de sportifs du dimanche, mais aussi au niveau professionnel où le nombre d’athlètes ayant osé faire leur coming out, peut se compter sur les doigts d’une main dans chaque discipline. De plus, le sexisme est tel que même les sportifs masculins sont beaucoup plus mis sous le feu des projecteurs lorsqu’ils font leur coming out, que nos amies sportives et goudous… BOOO you sport people !

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C’est donc pour répondre à cette homophobie dans les sports, et au manque de représentants LGBTQI que de nombreuses associations sportives Gay Friendly commencent à voir le jour depuis la fin des années 70. Parmi les plus connues on trouve la Federation of Gay Games (fondatrice des premiers Gay Games en 1982) et la European Gay and Lesbian Sport Federation pour le lancement des EuroGames pour les ahtlètes LGBTQI en Europe.

Pour info, les Gay Games sont un peu les jeux Olympiques de nous autres pédales et goudous amoureux des sports en tout genre. Nés en 1982, ils ont lieu tous les 4 ans et les prochains, en 2018 auront lieu à Paris !! Prenez vos places ;).

Mon club de Rugby à Paris s’appelle Les Coqs Festifs et c’est le groupe de personnes les plus sympa sur terre. Indépendamment du fait que la plupart des membres sont gay et que plus que le sport les mecs aiment la bière, le fait de pouvoir découvrir un sport duquel les personnes LGBTQI sont habituellement exclues, avec des coachs tolérants et dans un vrai esprit sportif c’est très appréciable. Cela nous permet de faire du sport comme n’importe qui, sans peur d’être jugés ou stigmatisés pour quelque raison… sauf si vous êtes nuls mais ce n’est pas la question de cet article.

Certains diront que c’est un peu sectaire, que ça renforce les clivages… mais nous on ne vous exclue pas amis hétéros ! Au contraire ! on vous attend sous les douches pour jouer au jeu de la biscotte ❤

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PS: je n’ai pas oublié l’autre question… non les écossais ne jouent pas au rugby en kilt… par contre les français touristes eux OUI.

Links:

OUT sports

Huffington post: Gays in Sports

Huffington post: Reactions to Michael Sam

Wikipedia: Homosexuality in sports

Wikipedia: Gay Games